CNRI – Deux filles, dont le père a été exécuté mardi 28 décembre, ont écrit des lettres bouleversantes à la mémoire de leur père. M. Ali Saremi, 62 ans, a été emprisonné par le régime des mollahs pour avoir rendu visite à son fils, Akbar, au camp d’Achraf en Irak qui abrite 3.400 membres de l’opposition iranienne. Dans un acte barbare, mardi 28 décembre, les mollahs ont pendu M. Saremi, qui avait passé un total de 24 années en prison.
Selon Amnesty International, six autres personnes sont condamnées à mort par le régime iranien pour avoir rendu visite à des proches au camp d’Achraf des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), principal mouvement d’opposition aux mollahs.
Dans des lettres bouleversantes rédigées après l’exécution de leur père, Leila et Zeinab Saremi, dénoncent cette mise à mort. En voici des extraits :
Lettre de Zeinab Saremi :
J’écris ces mots pour le noble esprit de mon père dans l’espoir qu’il puisse les entendre !
Mon cher père,
J’espère que tu as pu sentir notre présence devant les murs d’Evine [le jour de l’exécution]! On grelottait en cette journée glacée d’hiver pendant que les agents des forces de sécurité se réchauffaient dans leur voiture.
Papa, j’étais venue voir ton beau visage. J’étais venue dans l’espoir qu’ils nous fassent souffrir à ta place, maman, mes sœurs et moi, pour que tu puisses rester afin de défendre notre patrie!
Environ vingt minutes plus tard, deux ambulances sont arrivées juste avant la prière de l’aube. Elles voulaient passer par la porte d’acier d’Evine. L’une d’elle portait le mot « inspection ». Pendant qu’elles attendaient devant la porte, les cris de « Hossein, Hossein, Hossein » [le troisième Imam des chiites] ont rompu le silence d’hiver à Evine, se mêlant à l’appel de la prière de l’aube. Le ciel débordait d’étoiles et la lune resplendissait.
J’étais figée dans le temps, envahie d’une émotion indescriptible. Nous avons tous ressenti un frisson nous parcourir le dos et le cou. Après l’appel à la prière du matin, les agents sont partis et nous sommes restés.
Papa, j’ai senti que tu t’étais envolé et que tu nous laissais derrière! Mais, nous ne sommes pas simplement restées là. Regarde comment nous mettons nos pas dans les tiens ! Le monde est venu et suit tes traces, même avec des têtes brisées !
Papa, je t’aime de tout mon cœur. Je t’aime. Je t’aime.
Lettre de Leila Saremi :
Mon Dieu, quand le jour où je me présenterai devant Toi viendra, je Te confierai toutes les réalités amères de la vie sur Terre. Et je Te ferai savoir comme il est douloureux d’être privée d’un père dont l’existence était mon bien le plus précieux.
Je Te dirai combien il est épuisant, douloureux et insupportable de vivre dans un pays dépourvu de liberté. Et, si Tu décides de croire dans la vérité de ce que je Te dis, alors puisses-Tu me donner la force d’éliminer toute cette cruauté de la Terre et de poursuivre le meilleur de ce que la vie a à offrir.
Mon Dieu, quand la nuit a jeté son ombre sur un pays, comment peux-Tu, en tant que source de toute existence, ramener la lumière sur cette terre? Et comment vas-Tu soulager le peuple de la douleur de devoir vivre dans de telles conditions ?
Seras- Tu toujours en mesure de ramener une vie qui a été brisée ?
J’espère que l’exécution de mon cher père servira d’alarme pour ceux qui dorment encore, ceux qui sont au pouvoir et prennent des décisions pour nous et nos enfants, ceux qui ont fait taire leur conscience. Sans oppresseurs, il n’y aurait pas de peuple opprimé!
Farzad [le fils de Leila qui était avec elle en ce jour fatidique] pleurait et criait. Je voulais le prendre dans mes bras et le réconforter, mais j’ai senti que je perdais tout contrôle sur lui, et il voulait épancher sa douleur intime de toutes ses forces. Puis, dans les moindres silences, Farzad fixait un point éloigné. Je lui ai tenu la main pour le réconforter et partager sa douleur. Soudain, j’ai senti à quel point il avait grandi. Ses mains étaient devenues plus grandes et plus puissantes !

