mardi, février 7, 2023
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Comment les sanctions américaines étranglent l’Iran financièrement

Par Alireza Jafarzadeh

Fox News, 25 octobre – Les Etats-Unis ont imposé des sanctions sévères au régime iranien, visant sa structure militaire et un certain nombre de banques et d’individus qu’ils accusent de soutenir la prolifération nucléaire et des activités liées au terrorisme.

Le corps des gardiens de la révolution (le CGR), son unité d’élite engagée dans le terrorisme connue sous le nom de force Qods et neuf autres entités affiliées au CGR, le ministère de la Défense, trois des plus grandes banques publiques d’Iran, cinq individus affiliés au CGR et trois individus affiliés à l’Organisation des Industries Aéronautiques de l’Iran (OIAI) sont maintenant visés par les décrets exécutifs 13382 et 13224.

"Ce que cela signifie, c’est que l’on ne permettra à aucun citoyen américain ni organisation privée de s’engager dans des transactions financières avec ces personnes ou ces entités", a dit la secrétaire d’Etat dans une déclaration commune avec le secrétaire au Trésor Henry Paulson. "De plus, les avoirs que ces individus possèdent sous la juridiction américaine seront immédiatement gelés", a-t-elle ajouté.

"L’Iran fait transiter des centaines de millions de dollars chaque année par le système financier international aux terroristes", a dit le secrétaire au Trésor Henry Paulson. "Les banques d’Iran facilitent cette conduite en utilisant une gamme de pratiques financières trompeuses visant à échapper aux risques de contrôles de gestion les plus rigoureux."

Le mois dernier, les représentants des grandes puissances ont annoncé qu’à défaut d’un rapport en novembre montrant "un résultat positif" des négociation avec l’Iran sur son programme d’enrichissement d’uranium, ils avanceront avec des plans pour une résolution imposant des sanctions complémentaires.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé à plusieurs reprises à l’Iran de suspendre l’enrichissement d’uranium et a imposé des sanctions limitées à Téhéran qui refuse de se soumettre. L’Union européenne fait peser ses propres sanctions unilatérales.

La disgrâce soudaine d’Ali Larijani, le négociateur nucléaire en chef de l’Iran, aux yeux du Guide suprême Ali Khamenei et son remplacement par un autre ancien commandant du CGR proche d’Ahmadinejad, règle une question fondamentale de l’impasse nucléaire avec Téhéran : les négociations sont dans une impasse.

La question clef, cependant, reste l’efficacité des sanctions internationales pour arrêter la course de Téhéran à la bombe atomique.

Une réponse brève serait que, même si elles sont insuffisantes en soi, un éventail de mesures financières punitives multilatérales dans et à l’extérieur du Conseil de Sécurité des Nations Unies a exercé une pression mesurable sur le carcan financier de Téhéran. Elles ont aussi contribué à attiser un plus grand désarroi politique au sein du régime. La nouvelle marque collée au CGR et à ses organisations affiliées va rendre la vie encore plus difficile au régime.

La banque Sepah, la cinquième banque publique en Iran avec 1700 succursales, et qualifiée par un responsable du Trésor américain de « la cheville ouvrière financière du réseau d’acquisition de missiles de l’Iran », a été sérieusement touchée par l’action de l’ONU. La banque a perdu environ  4 milliards de $ en étant poussée hors d’Europe.

Le dernier rapport annuel de Banque Sepah International Plc (BSIP), la filiale de la société à Londres, se plaint de ce que “l’environnement opérationnel de la banque est devenu de plus en plus difficile” en 2007.

D’autres banques d’Etat ont aussi senti la pression. La banque centrale de l’Iran a essayé de protéger la Banque Sepah des sanctions en cachant son identité lors d’accords pour des projets liés à la prolifération. Ce stratagème mine maintenant la Banque centrale et d’autres institutions financières iraniennes, car les informations sur ces pratiques abusives éloignent les banques étrangères.

Le 25 octobre l’inscription sur la liste noire des banques Melli, Mellat et Saderat d’Iran par le département du Trésor américain, résultant de leur implication dans des activités de prolifération de l’Iran ou de soutien au terrorisme, étrangleront financièrement un peu plus Téhéran.

Depuis 1980, les Etats-Unis ont imposé un éventail de diverses sanctions visant une variété de comportements hors-la-loi de Téhéran, allant du soutien au terrorisme et la production de missiles de longue portée, aux ADM et la prolifération nucléaire. Les mesures mises en place par le Réseau d’application des délits financiers du département du Trésor (le FinCen) qui visent les secteurs bancaires et d’affaires de l’Iran sont parmi les sanctions les plus efficaces.

FinCen a averti les banques américaines que l’Iran intensifie sa tactique "trompeuse" pour échapper aux sanctions en faisant passer ses transactions par des sociétés écrans. Stuart Levey, le sous-secrétaire chargé du terrorisme et du renseignement financier au Département du Trésor, a déjà convaincu 40 banques de cesser les affaires avec l’Iran.

En attendant, de l’autre côté de l’Atlantique, avec un quasi tournant à 180°dans l’approche de la France vis-à-vis du programme nucléaire de Téhéran après l’élection du nouveau président Nicolas Sarkozy, il y a une énergie nouvelle et particulièrement nécessaire pour les efforts visant à renforcer les sanctions punitives existantes.

La France a récemment appelé l’Union européenne à mettre en oeuvre ses propres sanctions indépendamment de l’ONU. Malgré la réticence de l’UE à suivre l’appel de la France, il y a de plus en plus de sanctions européennes contre Téhéran. Le secteur bancaire français quitte l’Iran; 50% de ses banques ont fermé en Iran, y compris la BNP Paribas, la deuxième plus grande banque française. D’autres incluent le Crédit Lyonnais, la Société Générale SA et la Banque française de Développement Général. Cette dernière, sous la pression des Etats-Unis, s’est retirée de son engagement d’investir environ 1,8 milliards de $ pour deux phases de développement critiques du champ pétrolier et gazier de Pars Sud.

La Suisse ABN  Amro Holding NV, le Groupe du Crédit Suisse et UBS AG et les britanniques Barclays PLC et HSBC Holdings PLC ont aussi réduit ou mis fin à leurs affaires en Iran.

Bien que le gouvernement allemand traîne des pieds pour suivre la France et les Etats-Unis afin d’adopter des mesures plus dures, trois des principales banques allemandes, la Deutsche Bank AG, la plus grande du pays, la Commerzbank AG, la seconde en taille, et la Dresdner Bank, ont cessé la plupart de leurs transactions avec Téhéran.

Comment le président Mahmoud Ahmadinejad, qui a affirmé que le dossier nucléaire de Téhéran “est désormais clos” et a écarté les résolutions de l’ONU comme “un papier sans valeur”, traitent les mauvaises nouvelles sur l’isolement financier en forte croissance de l’Iran et son impact sur l’économie iranienne? Simple : avec le plein soutien du Guide suprême Ali Khamenei, il purge ses hauts responsables et a recours à des mesures répressives désespérées pour contenir la population mécontente.

Juste ces derniers mois, Ahmadinejad a révoqué le gouverneur de la Banque centrale et le ministre du pétrole – deux postes clés, sur les rapports corrosifs de Téhéran avec des banques étrangères et l’échec de trouver des investisseurs pour les projets pétroliers. L’annonce soudaine du rationnement de carburant l’été dernier, a transformé Téhéran et les principales villes en théâtre de protestations massives – bien au-delà de la politique énergétique – visant la totalité du régime des ayatollahs. La population réprimée  politiquement, étouffant socialement et dépourvue économiquement a entièrement brûlé des centaines de stations-service de l’Etat, aux cris de "Mort au Dictateur".

Après ces émeutes, un quotidien gouvernemental en Iran, Etemad, a reconnu que les questions économiques du jour étaient devenues des questions de sécurité nationale pour le régime. “L’événement en soi n’est pas important ; ce pourrait être la défaite de l’équipe nationale de football, une panne soudaine d’électricité, une coupure d’eau potable, ou le rationnement soudain et inattendu du carburant… Tout peut déclencher une émeute… Bien que la plupart de ces émeutes soient réprimées par l’intervention des organes de sécurité et l’armée, chaque émeute s’ajoute à la mémoire collective du peuple qui l’utilisera comme un capital ou une expérience acquise pour le soulèvement suivant”, dit le journal.

Il est donc très clair que les sanctions ont un impact unique sur les capacités politiques et financières de Téhéran. Mais la question clé, beaucoup plus importante que celle de l’efficacité des sanctions, c’est de savoir si les sanctions seules forceront Téhéran à cesser d’enrichir l’uranium, à être transparent sur l’ensemble de son programme nucléaire et à changer son comportement de hors-la-loi ? Pas vraiment.

Cependant, affaibli par une série de révocations et de rivalités factionnelles, tourmenté par un disfonctionnement intrinsèque à ce système théocratique, confronté à un population de plus en plus provocante et résistante à la répression, et à une opposition organisée menée par les Moudjahidine du peuple (OMPI), Téhéran est extrêmement vulnérable. Un correspondant permanent à l’étranger a annoncé l’été dernier depuis Téhéran que “les slogans sur les murs des grandes villes en faveur de l’OMPI ravive des souvenirs amers dans l’esprit des mollahs … Les dirigeants iraniens sont très inquiets. Pas à cause d’une impossible attaque militaire étrangère mais à cause du soutien de la population aux Moudjahidine du peuple. Aujourd’hui, l’OMPI est fortement capable d’attirer les jeunes nés et a élevés après la révolution.”

Grâce aux informations obtenues par son vaste réseau à l’intérieur du pays, ce groupe a révélé des sites nucléaires secrets du régime et a découvert des camps terroristes secret d’entraînement et des usines de fabrication de bombe qui continuent d’enflammer la violence en Irak.

La veine jugulaire financière endommagée de Téhéran affaiblira davantage sa machine de terreur interne, démoralisera le CGR financièrement vulnérable et intensifiera les conflits internes entre les factions au pouvoir. En même temps, retirer les restrictions de la principale opposition iranienne agira comme un signal disant que l’occident reconnaît le droit légitime du peuple iranien à l’auto détermination, qui est un Iran libre de la tyrannie, du terrorisme et des armes nucléaires.