mardi, janvier 31, 2023
AccueilActualitésActualités: NucléaireComment la CIA s'est trompée sur le nucléaire de l'Iran

Comment la CIA s’est trompée sur le nucléaire de l’Iran

WSJEn 2007, le renseignement américain a dit que l’Iran avait arrêté son programme d’armes nucléaires. La politique biaisée des analystes et la désinformation d’agents double de l’Iran pourraient expliquer l’erreur.

Wall Street Journal – Dans une rupture étonnante d’avec une décennie d’évaluation, le National Intelligence Estimate (NIE) de 2007 sur l’Iran déclarait : «Nous jugeons avec une grande confiance qu’à l’automne 2003, Téhéran a arrêté son programme d’armes nucléaires », y compris « la conception d’armes nucléaires et le travail de militarisation » et d’enrichissement secret d’uranium.

Plus surprenant encore, il attribuait ce changement à « la montée de la surveillance internationale et des pressions résultant de la révélation des travaux antérieurs nucléaires non déclarés de l’Iran. » En d’autres termes, la menace de sanctions avait mis fin aux efforts clandestins de ce pays pour se doter d’armes nucléaires.

Cette évaluation suggérait que des mesures supplémentaires contre l’Iran n’étaient pas nécessaires. Malheureusement, comme l’administration Obama l’a reconnu, la conclusion du NIE était tout à fait erronée, coûtant un temps précieux dans le traitement d’une menace sérieuse.

La question demeure, qu’est-ce qui a causé une erreur aussi désastreuse ?

En 2007, il y avait toujours la même montagne de preuves qui avait mené le renseignement américain à conclure dans le NIE de 2006 avec le même « degré élevé de confiance » que l’Iran était secrètement engagé dans un programme d’armes nucléaires. Ces preuves comprenaient des rapports vérifiés comme quoi l’Iran avait expérimenté du polonium 210, un ingrédient clé dans le déclenchement des premières générations de bombes nucléaires. Et les documents récupérés à partir d’un ordinateur portable iranien volé décrivaient ses efforts pour adapter à une ogive dans le nez conique de son missile Shahab 3 qui exploserait à 600 mètres d’altitude, ce qui est trop élevé pour avoir des effets, mais suffisant pour qu’une ogive nucléaire soit efficace.

La CIA avait appris que l’Iran avait probablement acquis une copie numérique d’une ogive nucléaire chinoise du réseau d’AQ Khan. Elle avait également surveillé un programme intensif de l’Iran à Natanz pour construire une installation d’enrichissement nucléaire pouvant abriter jusqu’à 50.000 centrifugeuses.

Prises individuellement, ces activités secrètes pouvaient avoir une explication non nucléaire. Par exemple, l’Iran a prétendu que ses expériences de Polonium 210 visaient simplement à trouver une source d’énergie pour un vaisseau spatial iranien (or l’Iran n’avait pas de programme spatial connu à l’époque). Dans l’ensemble, toutefois, ces efforts mènent à une conclusion inéluctable : l’Iran devenait nucléaire.

Ce qui a contribué à changer cette conclusion, outre la réorganisation des services de renseignement américains suite au rapport de la Commission 9 / 11, a été la réception de nouvelles informations secrètes d’Iran. Elles comprenaient des preuves convaincantes comme quoi les installations du programme de conception d’armes (codé «Projet 111») révélées sur l’ordinateur portable volé, avaient été fermées en 2003. Des photographies satellites montraient que les bâtiments impliqués dans le programme avaient été détruits au bulldozer, des communications interceptées indiquaient que les scientifiques ne s’y trouvaient plus, et un transfuge de haut niveau des Gardiens de la révolution iraniens, Ali-Reza Asgari, indiquaient que le projet 111 avait cessé de fonctionner.

Étant donné que les Iraniens savaient que nous connaissions le projet 111 en 2004 – la
CIA en avait fourni des croquis techniques à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – il n’était pas surprenant que les gardiens de la révolution, qui organisent les activités nucléaires de l’Iran, y mettent fin. La question était de savoir comment interpréter la fermeture. Est-ce que les travaux de conception d’armes avaient été discrètement déplacés afin d’éviter un examen plus approfondi ? Est-ce qu’ils avaient été arrêtés parce que la conception d’ogives avait été résolue avec l’acquisition de plans numériques de l’arme nucléaire chinoise ? Ou bien l’Iran avait-il abandonné sa quête de l’arme nucléaire ?

Décrypter les intentions d’un gouvernement n’est pas une tâche facile. Elle est particulièrement difficile dans une société fermée et terrorisée avec laquelle les États-Unis n’ont pas de relations diplomatiques et peu d’accès direct. Il a ainsi fallu avoir recours à l’espionnage pour éclairer les intentions se cachant derrière l’arrêt du projet 111.

Au fil des ans, la CIA avait recruté un réseau d’agents iraniens qui avaient, ou prétendaient avoir, accès à la pensée de l’élite dirigeante de l’Iran. Ces agents étaient en position de faire la lumière sur les intentions iraniennes nucléaires, et, on présume, qu’ils ont fourni des rapports soutenant la thèse selon laquelle Téhéran avait décidé de mettre fin à son programme d’armes nucléaires. En tout état de cause, les auteurs du NIE 2007 citaient des éléments de preuve secrets pour appuyer la conclusion de leur document de synthèse rendu public comme quoi «la décision de Téhéran de suspendre son programme d’armes nucléaires suggère qu’il est moins déterminé à développer des armes nucléaires que nous l’avions [préalablement] jugé ».

Comme nous le savons maintenant, les Gardiens de la Révolution ont complété secrètement la construction de nouvelles installations en 2007. Par exemple, à Fordo, à 20 miles au nord de la ville sainte de Qom, ils ont renforcé des tunnels menant à l’intérieur d’une caverne dans la montagne conçue pour abriter une nouvelle installation d’enrichissement d’uranium. Cette installation souterraine a été seulement divulguée par l’Iran à l’AIEA fin 2009. De toute évidence, Téhéran n’avait pas renoncé à son programme d’armes nucléaires.

Ce qui peut avoir induit en erreur la CIA a été une faille dans son système d’espionnage. James Risen, reporter du New York Times à la sécurité nationale, explique dans son livre «Etat de guerre» que puisque la CIA n’avait aucune base d’ambassade en Iran, elle a communiqué avec ses agents par des transmissions de satellite de pointe, qu’elle présumait invisibles pour les services de sécurité iraniens.

Puis, en 2004, un officier des communications de la CIA a accidentellement introduit des données dans une transmission par satellite à un agent qui pouvaient être utilisées pour identifier « pratiquement tous les espions de la CIA avait en Iran ». Cette erreur catastrophique a été aggravée, selon M. Risen, quand le destinataire de la transmission s’est avéré être un agent double contrôlé par les services de sécurité iraniens.

Ainsi, les Iraniens connaissaient l’identité de tous les agents que la CIA avait manœuvré avec ardeur à des postes d’accès, et les moyens techniques par lesquels la CIA communiquait avec eux. Les agents (ou leurs remplaçants) en Iran avaient peu de choix, sauf de permettre au service iranien de sécurité de contrôler l’information qu’ils donnaient à la CIA. Si c’était le cas, la CIA a pu être exposée à recevoir des renseignements secrets trompeurs comme quoi Téhéran avait abandonné les ambitions nucléaires en 2004.

Un agent iranien qui a fourni des informations à la CIA est Shahram Amiri, qui a fait défection aux Etats-Unis l’an dernier et a de nouveau fait défection vers l’Iran ce mois-ci. Il aurait fourni des détails sur la cessation du Projet 111 qui, vraisemblablement, cassaient d’autres informations reçues du réseau compromis de la CIA. L’Iran affirme aujourd’hui que M. Amiri était un agent double depuis le début.

Que l’Iran contrôlait u pas ses rapports secrets rendus à la CIA sera chaudement débattu dans les années à venir. Mais il ne faut pas ignorer l’aveuglement volontaire de notre part. Il y avait des gens de haut niveau dans la communauté du renseignement des États-Unis nouvellement réorganisée qui voulaient croire que l’Iran avait mis fin à sa quête de la bombe, et les messages d’agents de la CIA à l’intérieur du pays comme quoi  la pression diplomatique remplissaient cette tâche sont tombés dans des oreilles attentives.

Que les conclusions erronées du NIE 2007 découlaient de la tromperie des Iraniens ou de l’auto-tromperie des Américains, elles sapaient le terrain à des mesures plus drastiques contre Téhéran. Dans la mesure où d’autres pays croyait que l’Iran avait mis fin à son programme nucléaire, ils n’étaient guère incités à se joindre à nous pour imposer de nouvelles sanctions.

Pour être sûr, l’Iran ne pouvait cacher pour l’éternité la preuve de son augmentation massive de capacités d’enrichissement d’uranium à Natanz, ses essais de missiles, et sa préparation d’autres installations souterraines. Dans l’intervalle, toutefois, l’Iran a réussi à mettre à niveau une grande partie de ses centrifugeuses et à stocker suffisamment de gaz d’uranium faiblement enrichi pour fabriquer, s’il choisissait de continuer à le traiter, le combustible pour une bombe nucléaire.

La morale de cette triste histoire d’espions, c’est que l’espionnage est, par sa nature même, un jeu dans les deux sens. Les espions qui sont considérés comme «actifs» dans un pays fermé peuvent s’avérer des handicaps très risqués.

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe