dimanche, novembre 27, 2022

Changer d’attitude

Opinion – Par  Mohammad Amine

CNRI – Mohammad Amine, spécialiste de l’Iran qui collabore à de nombreux medias internationaux, a fait parvenir la réaction suivante :
 
A la veille de la conférence de Charm El-Cheikh en Egypte, les mollahs iraniens ont appelé à la reconnaissance de leur rôle hégémonique en Irak.

Le journal Keyhan (le seul journal en Iran dont le directeur est le représentant officiel du guide suprême et qui trace la stratégie politique du régime) dans son éditorial du 22 avril notait : “Non seulement les Américains n’ont rien pu faire pour limiter nos opérations en Irak, mais les gouvernements iranien et irakien ont renforcé leurs pactes idéologique, politique et sécuritaire ».

Dans un article publié le 30 avril, Keyhan réaffirmait : “Aucune garantie sur l’avenir de l’Irak ne réussira ou ne fonctionnera si l’Iran n’en accepte les principes.”

De manière inattendue, les journaux  gouvernementaux ont publié le 27 avril un article du Washington Post dans son intégralité. Intitulé “Signes de dégel printanier, les intérêts des deux parties dans les négociations Iran-USA” l’article disait : “La décision que des dirigeants iraniens prendront dans les semaines à venir sur la stratégie diplomatique déterminera le futur de l’Iran, ainsi que celui du Moyen-Orient (…) Mais un processus de  tractation est en route entre l’Iran et les USA. C’est devenu clair cette semaine, par le biais de deux canaux diplomatiques différents »

Pour rassurer les Iraniens, la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a choisi la démarche inhabituelle de désavouer tout plan américain de changement de régime : « Ce n’était pas la politique du gouvernement américain. La politique visait un changement de conduite du régime.”

Il serait bon de savoir quelle information le régime religieux a trouvé intéressante pour avoir publié l’article du Washington Post dans son intégralité le jour suivant sa publication.

Pour Michael Ledeen, un analyste de l’American Enterprise Institute, “l’Iran tue nos gars et la Secrétaire d’Etat le prie de passer un bon marché avec nous. On dirait que nous avons promis aux Irakiens d’expulser l’OMPI si les Iraniens venaient en Egypte et se montraient gentils avec Condi. (Je ne suis pas un fan de l’OMPI, mais cette sorte de sacrifice préventif est épouvantable.” (National Review Online, 26 avril)

Il semble que l’auteur de cet article ait conclu qu’un accord avait été passé entre les USA et l’Iran sur la base des positions prises par les autorités américaines ces derniers jours. 

Le 30 avril, Khalilzad, le nouvel ambassadeur américain aux Nations Unies, mentionnait que “l’Iran joue un rôle significatif dans la stabilisation de l’Irak ». 

Les déclarations de Mme Rice sont encore plus intrigantes. Auparavant, en plusieurs occasions, elle avait assuré que négocier avec l’Iran était conditionné à sa suspension de l’enrichissement de l’uranium. Ces derniers temps, elle s’est montrée intéressée par une discussion avec le ministre des Affaires étrangères des mollahs sans condition préalable. En réalité, au lieu de vouloir un changement d’attitude, les USA font preuve de flexibilité.

Les mollahs de Téhéran ont conclu que “le changement de ton des occidentaux démontre qu’ils ne font preuve de flexibilité que si on utilise le langage de la force et que le langage politique n’a aucun effet sur eux.” (Ressalat, un des trois principaux quotidiens gouvernementaux, 29 avril 2007)

Le journal représentant officiellement les mollahs a énuméré des conditions à  la négociation avec les Etats-Unis et l’un d’entre eux insiste sur l’OMPI.

Le fait est que les mollahs iraniens voient dans l’OMPI la menace la plus importante à leur existence. En réalité, la répression de l’OMPI a toujours été leur première exigence vis-à-vis des gouvernements occidentaux.

En fait, l’Iran a besoin de gagner des points dans ses négociations avec l’Occident afin de contenir la montée du mécontentement dans le pays. 

Néanmoins, les religieux n’abandonneront pas le programme nucléaire, leur ingérence en Irak et la répression interne quoi qu’ils puissent obtenir dans leurs négociations.

Ceux qui font une distinction entre un changement de régime et un changement d’attitude ignorent 28 ans d’histoire du régime iranien ou bien cherchent à rebaptiser la « complaisance » en « changement d’attitude». 

Le changement d’attitude ne signifie pas forcer les mollahs à se brosser les dents, à sourire et à être polis. On parle ici de répression de la population iranienne, de domination de l’Irak, d’ingérence et de terrorisme au Liban et de course obstinée à l’arme nucléaire. Sans ces attitudes-là, le régime de la « suprématie du religieux » (Velayat-e-Faghih) ne serait pas la théocratie que nous connaissons et se serait effondré. 

C’est si clair que les dirigeants de la Résistance iranienne ont continuellement demandé aux parties internationales en présence de bien vouloir poursuivre sur cette voie et de négocier si seulement elles arrivent à pousser les mollahs à franchir un demi pas vers la dénonciation de l’intégrisme, du terrorisme et de la répression interne.

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