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Après la bombe, le plan ultime de l’Iran

Après la bombe, le plan ultime de l'Iran par Raphaël Draï*

«Une fois la bombe acquise, l’Iran est convaincu qu’on le priera poliment de bien vouloir négocier» .

Le Figaro – (Extraits) À quelques jours de la réunion du Conseil de sécurité, Mahmoud Ahmadinejad vient d’inaugurer à Arak une nouvelle usine de fabrication d’eau lourde destinée à remplir le programme nucléaire de la République islamique d’Iran. Le message est clair : en dépit de l’ultimatum de la communauté internationale, le régime iranien poursuivra ses objectifs, arguant de son droit à disposer de l’énergie atomique aux fins qu’il jugera légitimes. Pourquoi redouter qu’il y réussisse ? Les programmes d’un État ne sont pas dissociables de ses intentions avérées. Les intentions de l’Iran nucléarisé, de l’Iranium, sont annoncées depuis longtemps : répandre la doctrine islamique chiite pour lui assurer une hégémonie mondiale.

Mahmoud Ahmadinejad n’éprouve aucun état d’âme à propos du «choc des civilisations». À ses yeux, il s’agit d’une donnée fondamentale et d’un tel choc, si ce n’est d’une telle guerre, il s’agit de sortir définitivement vainqueur. Cette vision du monde actuel et des temps à venir prétend pressentir et hâter le retour apocalyptique du Mahdi. Elle nécessite la disparition préliminaire, politique et religieuse, de l’État d’Israël. Les menaces réitérées proférées à l’encontre de cet État doivent être entendues comme un officiel et permanent casus belli qui ne se limite pourtant pas à ce dernier.
 
À cette fin, deux stratégies se combinent : l’obtention de l’arme nucléaire et, sous ce parapluie, la pratique concomitante du terrorisme. Jusqu’à la réalisation de ce couplage destructeur, le régime de Mahmoud Ahmadinejad et de l’ayatollah Khamenei doit gagner du temps et démontrer son leadership non plus sur le monde arabe du Moyen-Orient mais sur le monde islamique planétaire. Pour gagner du temps il est prêt à prodiguer la fausse monnaie du langage d’apaisement, persuadé que les démocraties «molles» se laisseront duper.
 
À cette fin, l’Iranium protestera de son désir de paix et de culture, de sa volonté de modernisation, de ses efforts vers la tolérance et, s’il le faut, de son désir de coexistence avec l’«entité sioniste». Il espère ainsi fissurer le consensus international qui devrait s’exprimer ce 31 août, conforté en cette vue par les propos déroutants du ministre des Affaires étrangères de la France déclarant récemment à Beyrouth que l’Iran était une grande civilisation et un partenaire incontournable dans la recherche d’une solution au conflit libanais.
 
Quoi qu’il en soit, ses programmes sont sans cesse activés et ses ingénieurs mobilisés encore plus intensément. À supposer que des sanctions soient décidées le 31 août, il en a d’ores et déjà anticipé les effets et il saura faire en sorte que le peuple iranien, ayant connu des épreuves bien plus sanglantes, s’en accommode. Une fois la bombe acquise, il est convaincu que sa situation politique changera du tout au tout : on lui parlera sur un autre ton, on le priera poliment de bien vouloir négocier à sa convenance les points jusqu’alors en litige virulent.

* Professeur à la faculté de droit et de science politique d’Aix-en-Provence et à l’École doctorale de recherches en psychanalyse de Paris-VII.