samedi, février 4, 2023
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Analyse : L’Iran et les Etats-Unis se rencontrent enfin – mais qui écoute ?

Editorial de Claude Salhani

Middle East Times – Les Etats-Unis et des autorités iraniennes se sont rencontrés face à face pour la première fois en 27 ans à Bagdad lundi, quand l’ambassadeur américain à Bagdad a rencontré son  homologue iranien durant quatre heures.

Cependant malgré les multiples questions à traiter – la prolifération nucléaire de l’Iran et le renforcement continu des forces militaires américaines dans la région du Golfe – seul un sujet était à l’ordre du jour; la sécurité de l’Irak, ou plutôt son absence.

Mais comme le dit Alireza Jafarzadeh, un Iranien qui entretient d’étroites relations avec l’opposition aux mollahs, "ne vous attendez pas à un miracle." C’est Jafarzadeh qui a révélé le réseau terroriste de l’Iran en Irak et ses camps d’entraînement terroristes depuis 2003. Jafarzadeh a été le premier à révéler l’existence des installations d’enrichissement d’uranium de Natanz et l’installation d’eau lourde d’Arak en août 2002.

En effet, ne vous attendez pas à un miracle parce que dans le fond, les deux parties font des déclarations plutôt que de se parler.

En entrant dans cette négociation sans précédent, Washington avait un objectif simple : faire cesser l’ingérence de Téhéran dans des affaires irakiennes pour réduire la violence qui déchire l’Irak. Washington veut que Téhéran arrête de fournir aux milices chi’ites en Irak des explosifs, des entraînements, des financements et un passage sûr pour aller et venir en Iran.

Téhéran a d’autre part trois objectifs : Tout d’abord, l’Iran veut voir les Etats-Unis retirer leurs forces militaires de l’Irak, pour lui laisser la main libre afin de poursuivre sa politique visant à faire de l’Irak un Etat islamique dans la ligne de l’Iran et basé sur la théocratie établie par l’ayatollah Rouhollah Khomeiny en 1979.

L’Iran, dit Jafarzadeh, "cherche à établir un état théocratique radical sur son propre modèle". Naturellement les Etats-Unis veulent garder l’Irak laïc. La possibilité que l’Irak se transforme en reflet de l’Iran est quelque peu éloignée mais nous y reviendrons plus tard.

Le deuxième point que souhaite l’Iran, c’est d’obtenir la libération de cinq commandants du corps des gardiens de la révolution actuellement détenu par des forces américaines en Irak, soupçonnés de contribuer à attiser la violence. Jafarzadeh dit en fait que ce sont cinq membres de la force de Qods de triste notoriété, dont la fonction essentielle est d’effectuer des opérations terroristes pour le compte de l’Iran.

Et le troisième point que Téhéran veut voir, c’est que les Etats-Unis cessent de protéger les membres des Moudjahidin-e-Khalq – ou MeK – iraniens qui sont actuellement sous la protection américaine dans un lieu appelé la Cité d’Achraf, à environ 160 kilomètres au nord de la capitale irakienne, où environ 4000 membres et partisans du MeK sont basés.     

La question du MeK est un des plus grands points de contentieux entre Washington et Téhéran. Bien que le MeK continue à figurer sur la liste des organisations terroristes du Département d’Etat des Etats-Unis, c’est en grande partie mais pas entièrement grâce au Mek que Washington a obtenu beaucoup de renseignements, y compris des cartes détaillées, des croquis, des noms et des adresses des scientifiques et des personnes impliqués dans la construction de l’industrie nucléaire de l’Iran.     

Une partie des difficultés que l’équipe américaine va rencontrer en négociant avec Téhéran c’est que les Américains ne sauront pas à coup sûr avec qui ils négocient.

Ce que je veux dire par là c’est de savoir à qui l’ambassadeur iranien en Irak rend-il des comptes ? S’adressera-t-il au président Mahmoud Ahmadinejad ou au guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei ? Ou encore au commandant des gardiens de la révolution ?

On a pu voir percer de ces querelles internes du pouvoir entre les diverses tendances iraniennes avant les pourparlers de lundi. D’abord l’Iran a dit qu’il enverrait le vice ministre des Affaires étrangères participer aux négociations. Peu de temps après, Téhéran a changé d’avis,  disant qu’il enverrait à sa place son ambassadeur à l’ONU. Et peu après, des leaders iraniens ont à nouveau changé d’avis pour désigner Hassan Kazemi Qomi, l’ambassadeur iranien à Bagdad.

Mais voici le gros lot ; Qomi est un ancien commandant de la Brigade Qods, accusé de fomenter la violence en Irak.

Maintenant retournons instant à la question de l’Iran transformant l’Irak en une République islamique. Un grand nombre de religieux chi’ites irakiens avaient trouvé refuge dans l’Iran voisin sous le règne tyrannique de Saddam Hussein. Ces religieux irakiens ont vu de leurs yeux ce que la théocratie a fait pour l’Iran et beaucoup n’en veulent pas pour leur pays, l’Irak.

C’est pourquoi l’Iran a eu une tant de difficultés, jusqu’ici, à faire plus de progrès à cet égard dans le pays voisin où les mollahs pensaient que ce serait simple comme bonjour.

Paradoxalement,  les Américains et les Iraniens peuvent finalement convenir d’une chose; la dure réalité de l’Irak.

Les Américains croyaient que l’expédition irakienne allait être une partie de plaisir et que les G.I. allaient être accueillis à bras ouverts, aspergés d’eau de rose, de riz et de fleurs, comme le veut la tradition. La réalité, nous le savons, fut toute autre. Et les Iraniens qui pensaient également que la conversion de l’Irak en République islamique allait être une tâche beaucoup plus facile, prennent aussi conscience de la difficulté de la tâche. La question est maintenant de savoir qui aura le plus de pouvoir pour rester : Washington ou Téhéran ?

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