lundi, novembre 28, 2022
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Achraf : la chronique annoncée d’un massacre imminent – Me Patrick Baudouin

CNRI – « Il faut vraiment que les autorités françaises, au sein de l’Union européenne fassent le maximum pour intervenir et exiger qu’il y ait une solution humaine à Achraf. Ça sera peut-être une occasion de contribuer à, non pas effacer, parce que le passé ne s’efface pas, mais à faire un peu amende honorable par rapport à ces poursuites qui ont été engagées de manière parfaitement scandaleuse en France », a déclaré Patrick Beaudoin le 26 octobre à Paris.

Le président d’honneur de la FIDH s’exprimait dans une conférence de presse du comité international des juristes en défense des victimes du soulèvement en Iran. A ses côtés Me Gilles Paruelle, membre du comité, de Catherine Legna, sa secrétaire générale, et quatre témoins direct de la révolte en Iran et de la répression sanglante qui a suivi. Mahine Saremi dont l’époux a été exécuté en décembre 2010, et qui a elle-même fui la prison. Sadegh Sistani qui a survécu à 17 années de prison politique et qui a réussi à échapper à ses geôliers. Mahmoud Jochan dont le frère est en prison. Et Yazdan Afcharpour qui a connu six années de prison politique et qui a dû fuir quand deux de ses compagnons ont été arrêtés, Kazem Jafari et Mohammad-Ali Hadj-Aghaï qui seront ensuite pendus.

Voici les moments forts de l’intervention de Me Beaudoin :

Je voudrais juste intervenir sur deux points. D’abord, la situation un peu générale des droits de l’homme en Iran, et ensuite, plus spécifiquement, la situation du camp d’Achraf.

Dégradation des droits de l’homme en Iran

Alors, la situation des droits de l’homme en Iran, malheureusement, loin de s’améliorer, est dans une phase de dégradation constante. Et cette situation est extrêmement alarmante parce que, à la suite du mouvement de protestations sociales, du soulèvement en Iran, s’abat sur le pays une répression féroce, qui se double, comme vous le savez, de luttes de clans au sein du pouvoir des mollahs.  Mais ce qui finalement ne facilite pas les choses, tant la partie dure, pour l’instant, de ce régime est en train de faire prévaloir et ses idées et ses modalités d’action. Donc cela se traduit, on ne va rentrer dans la litanie, hélas, des persécutions, des violations des droits de l’homme que connaît ce pays. Je voudrais insister surtout sur les exécutions.

Il y a actuellement en Iran une recrudescence des exécutions, des exécutions dans des conditions barbares, en public, avec pour seule fin d’effrayer la population. C’est le pays, on le dit aujourd’hui, qui, par rapport au nombre d’habitants, est celui qui exécute le plus. C’est dire la palme, la palme de l’horreur, qui revient à ce pays en matière aujourd’hui d’exécutions. S’ajoutent, cela a été dit tout à l’heure, toutes les arrestations arbitraires, les tortures, les mauvais traitements, les conditions épouvantables de détention dans les prisons.

Alors il y a des tentatives, évidemment, fort heureusement d’ailleurs, de la part d’un certain nombre de défenseurs des droits de l’homme, de militants dans le monde entier pour intervenir et hausser le ton et essayer de faire entendre leurs cris, leurs voix.

La Fédération internationale des droits de l’homme, que je représente, avec l’Organisation mondiale contre la torture, l’OMCT, publient chaque année un rapport sur les violations de droits dont sont victimes les défenseurs des droits de l’homme dans les pays concernés.

Il y a évidemment tout un chapitre cette année sur l’Iran, et l’Iran est un des pays qui pose aujourd’hui le plus de problèmes à travers la planète, lorsque l’on veut exercer, ce qui est quasiment impossible d’ailleurs, l’activité de militant de droits de l’homme.

Il y a quelques voix qui arrivent encore à se faire entendre, comme le Prix Nobel de la Paix qui avait été décernée à Shirine Ebadi, (excusez-moi je ne connais qu’elle … c’est toujours comme ça), à Shirine Ebadi, donc. Et encore, elle y parvient difficilement. Donc la situation est très critique.

Un rapporteur de l’ONU

Il y a également, vous le savez peut-être, de la part des autorités onusiennes, il y a eu à Genève la désignation d’un rapporteur spécial sur l’Iran, au mois de septembre dernier. C’est plutôt encourageant, que cette mesure ait été prise. Sauf que, pour que le rapporteur spécial puisse voir quelque chose, décrire ce qui se passe, encore faut-il qu’il ait l’accès dans le pays, à une certaine liberté pour enquêter. Or, pour l’instant, il n’a pas l’accès, et à plus forte raison, pas la liberté pour enquêter. Mais, enfin, c’est plutôt quand même une bonne nouvelle, parce que c’est une sorte de pression qui se trouve exercée sur les autorités iraniennes.

Le printemps arabe

Il est évident qu’on est dans une période très critique en raison de la violence de la répression d’une part, et puis en raison du contexte international qui assez paradoxalement n’est pas vraiment pour l’instant très favorable. Pourquoi ? Parce qu’il y a eu toutes ces révolutions dans le monde arabe. Donc, on serait porté à penser que l’Iran devrait, bien que n’étant pas un pays du monde arabe mais à proximité de ce monde-là, devrait pouvoir bénéficier de ce mouvement. Mais ce n’est pas tout à fait le cas, parce qu’on a les yeux braqués sur d’autres pays, sur d’autres situations, malgré tout il y a des inquiétudes latentes sur ces mouvements de libération qui existent dans ces pays. On le voit très bien avec la Syrie, on voit la timidité des réactions, même des Occidentaux, hélas, par rapport à ce qui se passe dans ce pays, parce qu’au bout du compte, on a peur d’une déstabilisation des situations régionales, du contexte international. Donc, ce n’est pas évident, et ce qu’il faut, c’est essayer de faire passer le message selon lequel en Iran aussi, ce vent de liberté-là doit passer, et doit être aidé de l’extérieur pour pouvoir enfin libérer la population iranienne de cet abominable régime qui est le sien depuis quelques années.

Le camp d’Achraf : de très lourdes inquiétudes

Alors, le deuxième aspect évidemment très pressant aussi, très urgent et encore plus urgent si l’on peut dire, c’est ce qui se passe à Achraf, donc avec le camp d’Achraf. Vous savez que la fermeture de ce camp est annoncée pour la fin de l’année 2011, donc c’est dans deux mois, c’est demain je dirai, c’est tout de suite. Cette fermeture du camp d’Achraf n’est évidemment pas sans poser de très lourdes inquiétudes.

En parallèle, les autorités américaines ont fait savoir que les militaires américains vont quitter l’Irak. L’Irak semble plus ou moins passer sur le camp d’Achraf et sur le dos des occupants de ce camp des accords avec les autorités iraniennes qui ne lassent pas d’inquiéter. Donc on craint, évidemment, très vivement que cette perspective à la fois de retrait des forces américaines, de pouvoir rendu aux Irakiens, d’ultimatum donné en quelque sorte pour la fermeture du camp d’Achraf, ne se traduisent par la chronique annoncée d’un massacre imminent.

On sait qu’il y a eu, il y a quelques mois, au printemps dernier, cette attaque qui a provoqué de nombreux morts et blessés au camp d’Achraf. Donc, tout est à craindre. Ce n’est pas une crainte, comment dire, d’illusion, c’est hélas une crainte de réalité extrême. Et il serait quand même absolument invraisemblable, inadmissible, que la communauté internationale, faute de meilleur terme, ne fasse rien, reste les bras ballants devant ce qui est en train de se programmer, dont on sait que ça se programme. Ce n’est pas comme si, encore une fois, c’était dans l’imaginaire, on sait que le risque est imminent.

Un statut de réfugié

Alors, je crois qu’il faut multiplier les appels, les actions en faveur d’une solution pour le camp d’Achraf. Le HCR est en train d’étudier la possibilité pour les résidents du camp d’obtenir le statut de réfugié, ce qui constituerait quand même une protection supplémentaire, ils devraient l’avoir, ce statut, d’ailleurs, ça correspond à la situation juridique qui est la leur dans ce camp. Et pour l’instant, il y a encore toute une série de discussions, pour ne pas dire de pinaillages juridiques. Il faut appuyer pour que le HCR puisse accorder ce statut, mais il faut du temps pour ça. Il faut aussi une possibilité d’accès au camp d’Achraf, pour les représentants du HCR, pour les autorités onusiennes. Donc il faut vraiment avoir toute ces exigences avec beaucoup de force.

L’Amérique ne peut se laver les mains

Ce qu’il faudrait, c’est dire qu’il est de la responsabilité, d’abord des autorités américaines, de ne pas laisser faire ce qui peut arriver, dont on espère encore que cela n’arrivera pas, au camp d’Achraf. De la responsabilité des autorités américaines, parce que ce sont elles qui ont envahi, qui ont investi l’Irak, qui doivent leur protection à ces Iraniens qui se trouvent au camp d’Achraf, et qui ne peuvent pas se laver les mains de cette situation, en disant : on s’en va, débrouillez-vous, ce n’est plus notre problème. Ce serait vraiment des fautes, des lâchetés aussi bien politiques que morales tout à fait inadmissibles. Donc il faut se tourner vers les États-Unis.

Au-delà des États-Unis, bien entendu, vers les autorités onusiennes, vers l’ONU qui reste, malgré ses imperfections, la meilleure composante de ce que peut être la communauté internationale et parfois de la volonté du respect du droit et de la cessation des violations des droits de l’homme commises ici ou là.

Un appel à l’Union européenne. Il faut que l’Union européenne intervienne encore beaucoup plus vivement que ça n’a été fait sur cette situation du camp d’Achraf.

La France peut faire amende honorable

Et enfin, je terminerai par un appel à la France dont on sait qu’elle n’a pas eu un comportement grandement honorable jusqu’à présent, ni vis-à-vis de l’Iran où on a préféré, comme dans beaucoup de pays, même si on s’en repent aujourd’hui et même si on fait un virage à 180 degrés vis-à-vis de certains pays comme la Libye ou la Tunisie, la France n’a pas eu un comportement bien honorable, elle a toujours préféré se soucier de son business et de ses contrats plutôt que de la situation des militants des droits de l’homme ou des opposants en Iran.

Alors, il y a un changement de discours, il faudrait que ce changement de discours s’accommode aussi d’un changement de pratique, et en particulier vis-à-vis de l’Iran, on n’a pas vu grand chose pour l’instant de la part des autorités françaises. Donc il faut vraiment que les autorités françaises, là aussi, au sein de l’Union européenne fasse le maximum pour intervenir et exiger qu’il y ait une solution humaine, une solution basée encore une fois sur le statut de réfugié qui puisse être trouvée pour les résidents du camp d’Achraf.

Ça sera aussi une façon, je ne peux pas m’en empêcher, puisque je suis l’un des avocats des personnes qui ont été poursuivies en France, les Moudjahidine qui ont été poursuivis, ça sera peut-être une occasion aussi de contribuer à, disons, non pas effacer, parce que le passé ne s’efface pas, mais à faire un peu amende honorable par rapport à ces poursuites qui ont été engagées de manière parfaitement scandaleuse en France.

Ça s’est terminé, très benoitement, très médiocrement, très lamentablement pour les autorités françaises, par une ordonnance de non-lieu d’un juge enfin courageux, il en existe, pas énormément, malheureusement, mais il y en a quand même encore dans notre pays, le juge Trévidic, et qui a compris, qui a enfin admis et écrit que toutes ces poursuites étaient des poursuites vaines, dénuées de fondement.

Alors, que la France à l’échelle beaucoup plus grave encore du camp d’Achraf, ne récidive pas dans l’erreur et qu’elle veuille bien faire preuve de lucidité et de courage, et intervenir pour les résidents du camp.

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