
Pris entre la perspective humiliante d’une soumission diplomatique à Islamabad et une campagne incessante de frappes militaires extérieures, le régime iranien a retourné sa fureur contre lui-même, abandonnant formellement toute prétention de droit civil. Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, chef du pouvoir judiciaire, a déclaré dimanche 19 avril que le système judiciaire du pays était passé en « état de guerre ». S’adressant à un sommet réunissant de hauts responsables judiciaires, M. Mohseni-Eje’i a explicitement lié la dissidence intérieure aux services de renseignement étrangers, affirmant que toute opposition interne servait désormais les objectifs stratégiques d’Israël et des États-Unis et serait poursuivie pour trahison en temps de guerre.
Cette directive vise à démanteler les garanties procédurales habituelles, déjà fortement compromises par des années de troubles civils. En vertu de ce nouveau mandat, M. Mohseni-Eje’i a ordonné à ses agences subordonnées de traiter en priorité les affaires de dissidence, insistant pour que les délais légaux soient réduits à quelques heures. Il a exigé que si un dossier est confié à un enquêteur le matin, il lui soit renvoyé pour mise en accusation le même après-midi. Selon les médias d’État, le chef du pouvoir judiciaire a même ordonné aux procureurs de se rendre directement dans les prisons pour confronter les accusés sur place, court-circuitant ainsi les tribunaux traditionnels et accélérant la procédure de condamnation.
« Ceux qui s’opposent au système de quelque manière que ce soit – que ce soit par la parole, les tweets, l’envoi de photos, les discours ou même l’assassinat – convergent tous vers le même but », a déclaré M. Mohseni-Eje’i.
Un rideau de fer numérique et des détentions massives
Alors que le pouvoir judiciaire accélère sa machine à exécuter les condamnés, les membres du Parlement du régime intensifient leurs appels à une coupure totale et permanente d’Internet. Plusieurs députés ont demandé des restrictions supplémentaires sur l’accès numérique, arguant que la « guerre informationnelle » menée via des applications cryptées est aussi dangereuse que les frappes cinétiques qui dégradent actuellement les infrastructures du pays. Cette volonté législative d’isolement total intervient alors que des informations font état de consignes données aux forces de sécurité de considérer la possession de certains outils de communication comme une preuve prima facie d’espionnage, réduisant d’autant plus la marge de manœuvre pour le journalisme indépendant et la coordination citoyenne.
La répression numérique s’accompagne de mesures physiques agressives. Ahmad-Reza Radan, commandant des forces de sécurité de l’État, a confirmé lundi, lors d’une interview télévisée, que les autorités avaient arrêté plus de 1 400 personnes lors de récentes opérations de répression. Radan a affirmé que plus de 400 de ces citoyens avaient été interpellés pour avoir « collecté et publié des images » de lieux de frappes, un crime désormais poursuivi sous prétexte d’aide aux services de renseignement étrangers. Par ailleurs, 900 activistes des réseaux sociaux ont été pris pour cible pour « atteinte à l’ordre public », une accusation qui sert souvent de prétexte à des accusations plus graves de « guerre contre Dieu ».
Ce climat de terreur légale vise à masquer une paralysie institutionnelle croissante au cœur de l’État. Depuis la mort du Guide suprême Ali Khamenei, lors des premières vagues de frappes à l’étranger, la hiérarchie cléricale est gangrenée par un réseau de fiefs rivaux. Alors que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) tente de consolider son pouvoir en court-circuitant les rituels de succession traditionnels, les luttes intestines entre les barons du renseignement et l’élite administrative ont plongé le régime dans un chaos permanent. Il en résulte un régime de plus en plus incapable de stabiliser le rial en chute libre, tout en conservant une redoutable capacité de violence intérieure.
Le coût humain d’un pouvoir en déroute
Le coût de cette « mobilité de guerre » est ressenti avec le plus d’acuité par la jeunesse iranienne, qui continue de subir de plein fouet l’instinct de survie de l’État. Les observateurs des droits humains signalent une augmentation alarmante des meurtres de jeunes manifestants et d’étudiants, dont beaucoup ont été pris pour cible dans la rue pour avoir bravé les cordons de sécurité locaux. La stratégie de l’État semble être passée du contrôle des foules à une politique d’élimination, visant à décapiter les pionniers d’un mouvement grandissant avant qu’il ne puisse tirer profit de la fragilité manifeste du régime. Cette campagne de violence cautionnée par l’État est menée par l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution islamique et le ministère du Renseignement, qui ont intensifié leurs raids dans tous les secteurs de la société.
En présentant chaque grief comme un acte d’espionnage commandité par l’étranger, l’État tente de justifier une purge politique. Le discours selon lequel les dissidents sont des « soldats de l’ennemi » sert à réduire au silence les familles des personnes tuées par les forces de sécurité, qui sont souvent menacées d’arrestation.
S’ils tentent d’organiser des funérailles publiques, ils seront eux-mêmes arrêtés. Cette stratégie de répression préventive souligne la crainte du régime que les pressions extérieures en faveur d’une « capitulation sans condition » et le blocus naval en cours n’encouragent la population à achever la révolution interne qui couve depuis des années.
En fin de compte, l’ampleur des arrestations et la rapidité du processus judiciaire suggèrent que la dictature cléricale n’agit plus comme un État, mais comme une force d’occupation à l’intérieur de ses propres frontières. La « mobilisation générale » décrite par M. Mohseni-Eje’i n’est pas une défense contre les chars étrangers, mais une défense contre le peuple iranien. Les analystes estiment que la volonté de raccourcir le délai entre l’arrestation et la condamnation est une tentative désespérée de créer un climat de peur si généralisé qu’il puisse compenser la perte de cohérence de l’État et son contrôle déclinant sur l’avenir de la nation.

