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Des usines fermées aux salles de classe obscures, la ruine économique de l’Iran présage l’avenir du régime

Des usines fermées aux salles de classe obscures, la ruine économique de l'Iran présage l'avenir du régime
Une machine industrielle abandonnée dans l’usine de ciment Ray fermée

La dictature cléricale est confrontée à un double effondrement de ses fondements sociaux et économiques : une coupure d’internet de 52 jours et les ravages de la guerre plongent le pays dans une crise générationnelle. Tandis que le pouvoir judiciaire se maintient en état de guerre pour étouffer toute dissidence, les infrastructures du pays sont incapables de fournir les services les plus élémentaires, laissant des millions d’élèves et d’étudiants dans une situation d’incertitude scolaire et plongeant l’économie dans une profonde récession, exacerbée par la crise d’internet.

Le système éducatif est l’une des victimes les plus visibles de la politique d’isolement du régime. Le ministre de l’Éducation, Alireza Kazemi, a confirmé le 20 avril 2026 qu’aucune réouverture des écoles en présentiel n’était prévue pour le moment, invoquant des « raisons de sécurité » pour les élèves et les enseignants. Le ministère a donc imposé le passage à l’enseignement virtuel via la plateforme d’État « Shad ». Cependant, cette plateforme souffre toujours de problèmes techniques et de fonctionnalités limitées, situation aggravée par les restrictions de bande passante et de connectivité imposées par le régime.

Pour les plus vulnérables, la fracture numérique est devenue un obstacle majeur à leur développement. Rezvan Hakimzadeh, vice-ministre de l’Éducation primaire, a reconnu que de nombreuses familles ne possèdent ni smartphone ni matériel informatique nécessaire à l’enseignement à distance. Pour pallier ce manque, le ministère a eu recours à la télévision éducative et à la distribution de brochures. Malgré ces « méthodes alternatives », Hakimzadeh a souligné que l’enseignement virtuel devrait se poursuivre jusqu’au 9 juin, bien que de nombreux enseignants soient contraints d’organiser des séances en présentiel non autorisées et spontanées pour préparer les élèves au Konkur, l’examen national d’entrée à l’université, un concours crucial.

L’impact du numérique sur une économie en mutation

Le coût humain de cette paralysie du système éducatif se reflète dans une contraction économique vertigineuse. Selon un rapport du Centre de recherche Majlis, la croissance économique iranienne pour le mois de décembre est passée de positive à négative, avec un recul de 0,4 % pour le secteur pétrolier et de 0,6 % pour les autres secteurs. Les experts attribuent ce retournement directement à la coupure prolongée d’Internet, qui a paralysé le secteur des services, principal moteur de l’économie nationale. Ce dernier a enregistré à lui seul une baisse de 0,9 %, témoignant de sa totale dépendance à la connectivité que le régime a coupée.

L’hémorragie financière est désormais quantifiée par le secteur privé et la Chambre de commerce, qui estiment les pertes directes dues à la coupure d’Internet entre 30 et 40 millions de dollars par jour. Si l’on tient compte des dommages indirects, le coût quotidien atteint 80 millions de dollars. L’économie numérique représentant environ 5 à 7 % du produit intérieur brut (PIB) iranien, cette coupure persistante a poussé des millions de petites entreprises au bord de la faillite. L’investissement a chuté de 12,9 %, tandis que la consommation privée et publique a fortement diminué.

Les perspectives macroéconomiques sont tout aussi sombres. Ces chiffres internes concordent avec les avertissements alarmants des instances internationales ; le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une forte contraction du PIB iranien en 2026. Selon les estimations nationales, rapportées par le Wall Street Journal, la reconstruction d’une économie ravagée par le conflit pourrait prendre plus de dix ans. Ces avertissements font suite à une déclaration d’un porte-parole du gouvernement chiffrant les premiers dégâts de guerre à environ 270 milliards de dollars.

Crise du chômage et de l’instabilité sociale

Les répercussions de ce choc économique se manifestent désormais par une crise du travail généralisée. Le journal Ettela’at, proche du pouvoir, a publié un avertissement alarmant, fait rare, concernant le « coup fatal » porté à l’économie par la guerre et les restrictions d’accès à Internet. L’article met en lumière une vague de licenciements et de suspensions de contrats qui déferle sur les pôles industriels des provinces de Qazvin, Fars et Ispahan. Les industries dépendantes de la pétrochimie et des métaux sont confrontées à une réaction en chaîne de fermetures, dues à la pénurie de matières premières et à l’impossibilité de traiter les commandes sans infrastructure numérique.

« Les éclats d’obus de la guerre et la coupure d’Internet frappent de plein fouet l’économie, et le marché est en proie à de graves brèches », rapporte Ettela’at. La publication avertissait que si les tendances actuelles se maintiennent, le « réajustement des forces » — un euphémisme pour licenciements massifs — se transformera en une crise du chômage généralisée. Cette instabilité ne se limite plus à la sphère numérique ; elle fragilise aussi bien l’industrie lourde que les médias traditionnels, créant une volatilité accrue.

L’environnement social, véritable « base de guerre » du régime, ne répond pas aux besoins vitaux de la population.

Alors que la coupure d’internet entre dans sa huitième semaine, la stratégie de contrôle total du régime se heurte aux exigences fondamentales d’une société fonctionnelle. En privilégiant la sécurité au détriment de l’éducation, de l’activité économique et de la vie quotidienne, les dirigeants ont imposé un siège auto-infligé au pays. Avec des classes plongées dans le noir et des marchés paralysés, les conséquences ne sont plus abstraites. Une population à bout de nerfs ne restera pas passive indéfiniment. En cherchant à se préserver à tout prix, le régime prépare le terrain pour récolter ce qu’il a semé : il alimente les conditions mêmes d’une révolte populaire plus large et plus explosive, qui pourrait finalement retourner ses instruments de contrôle contre lui-même.