
Dans une émission provocatrice diffusée à la télévision d’État le 27 juin, le ministre des Affaires étrangères du régime iranien, Abbas Araghchi, a ouvertement menacé l’Europe après que le parlement de Téhéran a voté l’interdiction de la coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et la suspension des inspections suite aux récentes frappes aériennes israélo-américaines sur ses sites nucléaires.
Araqchi a accusé la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne de comploter pour réactiver le mécanisme de « snapback » des sanctions de l’ONU prévu par l’accord nucléaire de 2015, avertissant qu’une telle mesure constituerait « la plus grande erreur historique de l’Europe », éliminant de fait son influence dans le système des sanctions internationales.
Iranian regime's Foreign Minister, Abbas Araghchi, concedes today on state-run television that the damages to the nuclear sites are "extensive and serious." pic.twitter.com/vC6v09rRW5
— Alireza Jafarzadeh (@A_Jafarzadeh) 27 juin 2025
Sous une forte pression intérieure, Téhéran s’oriente vers une nouvelle voie conflictuelle : rompre ses liens volontaires avec l’AIEA et cesser toute surveillance, tout en insistant sur le fait qu’il ne reste ouvert à la diplomatie que si elle respecte les « intérêts nationaux » iraniens. Araqchi a souligné que toute décision relative aux inspections sera prise conformément à la législation récemment adoptée et sur la base des évaluations du Conseil suprême de sécurité nationale du régime.
Principaux développements :
- Le 25 juin 2025, le Majlis (Parlement) a approuvé une loi suspendant la coopération avec l’AIEA. Cette loi exige que toute collaboration future soit approuvée par le Conseil suprême de sécurité nationale, plaçant ainsi tout accès aux inspections sous contrôle politique.
- Le Conseil des gardiens a rapidement ratifié le projet de loi, lui conférant ainsi toute force juridique et constitutionnelle. Cela rend la suspension de la coopération avec l’AIEA juridiquement contraignante.
- Des responsables ont confirmé que toutes les inspections de l’AIEA ont effectivement cessé, invoquant les dommages causés aux installations nucléaires par les frappes aériennes israélo-américaines. Les autorités iraniennes affirment que la demande de l’agence de visiter les sites bombardés vise à évaluer l’étendue des dégâts, ce que Téhéran refuse.
- Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, s’est fait l’écho de la défiance du régime, mettant en garde contre toute nouvelle intervention de l’AIEA et qualifiant de « politiquement coercitives » les tentatives européennes de relancer les inspections. M. Araghchi a également critiqué la demande de Grossi d’inspecter les sites nucléaires endommagés par les bombardements, la qualifiant d’hostile et inacceptable.
Téhéran entre crise et effondrement
Le régime se trouve dans une impasse critique. Les frappes qui ont dévasté des installations nucléaires clés et tué de nombreux hauts commandants du CGRI ont laissé Téhéran à la fois militairement meurtri et politiquement acculé. D’un côté, le régime craint qu’une confrontation ouverte avec la communauté internationale ne resserre l’étau diplomatique et économique, risquant d’aggraver l’instabilité interne et de provoquer un soulèvement national. De l’autre, même envisager de reprendre les négociations avec les États-Unis – un pays directement impliqué dans le bombardement de ses installations nucléaires – risque de donner l’impression d’une capitulation et d’une faiblesse à ses alliés comme à ses adversaires.
Sur le plan interne, le régime est fracturé. Des factions rivales exercent des pressions sur le guide suprême Ali Khamenei de tous côtés : certains préviennent qu’un recul est synonyme de défaite et accélérera le mécontentement populaire, tandis que d’autres affirment que le refus de la diplomatie ne fera qu’aggraver l’isolement et la chute du régime. Les deux camps s’accordent cependant sur un point : une mauvaise décision pourrait précipiter la fin du régime.
Sur le plan interne, la pression monte. Les factions rivales au sein du régime sont dans l’impasse : certains insistent sur le fait que toute concession est synonyme de défaite et pourrait encourager la population à se soulever, tandis que d’autres affirment que le refus d’une désescalade diplomatique ne fera qu’aggraver l’isolement du régime et accélérer son effondrement.
Pourtant, au milieu de ces fractures, une réalité domine les calculs du régime : malgré ses récents revers, il ne peut se permettre de reculer sur la question nucléaire. Le régime considère son projet nucléaire non seulement comme une dissuasion stratégique, mais aussi comme un pilier de sa survie. Ainsi, plutôt que de faire preuve d’une réelle flexibilité, Téhéran a choisi la voie de la défiance, recourant aux menaces, au chantage et à la déstabilisation régionale pour tenter de rétablir l’équilibre des forces antérieur. Ce régime est blessé, mais se prépare à relancer et à reconstruire son programme nucléaire une fois le choc immédiat passé.
Enjeu
Le mécanisme de retour à la normale – permettant à la Grande-Bretagne, à la France ou à l’Allemagne de rétablir les sanctions globales de l’ONU levées en vertu de l’accord nucléaire de 2015 (JCPOA) – offre à l’Europe un choix crucial. Elle peut saisir l’occasion sans précédent d’un régime affaibli et déstabilisé pour neutraliser enfin la menace nucléaire iranienne, ou se laisser séduire par les postures grandiloquentes de Téhéran et offrir une fois de plus une bouée de sauvetage au principal État soutenant le terrorisme.

