
Dans une interview accordée au quotidien italien « Il Riformista », le 13 mai 2026, Mahmoud Hakamian, membre de la Commission des affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), fait la lumière sur l’instabilité interne du régime iranien et sur la dynamique croissante de la résistance organisée.
M. Hakamian décrit un régime dans une « impasse » stratégique, affaibli par l’absence de successeur clair à Ali Khamenei et de plus en plus dépendant des Gardiens de la révolution (IRGC) pour la répression intérieure. À la suite des soulèvements de 2026, il affirme que la revendication d’une république démocratique est devenue irréversible. Le CNRI se positionne comme la principale alternative démocratique, guidée par le plan en dix points de Maryam Rajavi. Cette plateforme met l’accent sur la séparation de la religion et de l’État, l’abolition de la peine de mort et un Iran non nucléaire.
M. Hakamian rejette les accusations de « terrorisme » proférées par le régime, les qualifiant de propagande désespérée visant un mouvement doté de profondes racines nationales. Il réaffirme l’engagement du mouvement en faveur de la liberté, plaidant spécifiquement pour le droit des femmes à choisir leur tenue vestimentaire, et rejetant par là même les impositions tant monarchiques que théocratiques.
Quelles sont les dynamiques de pouvoir au sein de l’Iran aujourd’hui ?
Le régime a subi de sérieux revers, et personne n’est en mesure de remplacer Ali Khamenei. Aucune figure ne semble capable de combler ce vide. Cependant, la nature du régime demeure inchangée dans ses fondements : un système reposant sur le principe du *Velayat-e Faqih* (le « gouvernement du jurisconsulte »), qui constitue une dictature religieuse absolue. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) continue de jouer un rôle de plus en plus décisif dans divers domaines, notamment en matière de répression interne. Ce qui est toutefois absolument évident, c’est que le régime se trouve dans une impasse : il ne dispose d’aucune issue stratégique crédible.
Y aura-t-il un changement de régime ?
Après le soulèvement de janvier 2026, le monde a été témoin de la colère du peuple iranien et de sa revendication claire en faveur d’un changement de régime et de l’instauration d’une république démocratique. La question n’est plus de savoir si le régime changera, mais plutôt quand et comment. Le régime des mollahs est aujourd’hui plus faible que jamais et, en 47 ans d’existence, il ne s’est jamais trouvé dans une position aussi fragile. Parallèlement, la Résistance n’a jamais été aussi forte qu’elle l’est aujourd’hui. Le changement ne s’opérera ni par des politiques d’apaisement à l’égard du régime, ni par une intervention militaire extérieure. Il naîtra de l’intérieur même de l’Iran, grâce à l’action du peuple et d’une résistance organisée qui en constitue le noyau central. C’est précisément la mission accomplie par les « Unités de résistance » de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), actuellement actives dans les 31 provinces du pays.
Quels groupes politiques pourraient se présenter comme une alternative au régime théocratique du CGRI ?
En Iran, il existe une alternative démocratique crédible et fiable, représentée par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI). Il s’agit d’une coalition de forces et de personnalités démocratiques qui rejette aussi bien le système monarchique que le système théocratique, et qui lutte depuis plus de 45 ans pour l’instauration d’une république démocratique. Maryam Rajavi, la Présidente élue pour la période de transition vers la souveraineté populaire, a élaboré un programme en dix points pour cette transition. Ce programme comprend la séparation de la religion et de l’État, la garantie des libertés individuelles, l’égalité des sexes, le droit à l’autonomie pour les différentes ethnies — en particulier pour les Kurdes —, l’abolition de la peine de mort et l’instauration d’un Iran non nucléaire.
As the world struggles to define right policy on #Iran, thousands of Iranians rally & march in support of regime change by the people & the resistance. Rejecting both Shah’s dictatorship & ruling theocracy, they advocate for a democratic republic #ParisFreeIranRally
Paris 8… pic.twitter.com/JNvpsdylC3— mahmoud hakamian (@HakamianMahmoud) 5 février 2025
Ce mouvement de résistance a fait l’objet de nombreuses accusations, allant de l’étiquette de « terrorisme » à un manque perçu de base sociale. Quelle est l’origine de ces accusations ?
Ces accusations s’inscrivent toutes dans le cadre d’une vaste campagne de diabolisation orchestrée par le régime des mollahs et le ministère du Renseignement à l’encontre de leur principal adversaire. Lorsque le régime a réalisé qu’il était incapable d’éliminer cette alternative démocratique — profondément enracinée dans la société — par une répression brutale et inhumaine, il a complété son appareil répressif par une campagne de propagande à grande échelle, financée par des ressources considérables. À cette fin, outre les organes officiels, de nombreux canaux informels et réseaux de lobbying ont été mobilisés.
L’OMPI est-elle favorable à la charia ? Ou bien porte-t-elle une vision sociétale libérale ?
L’un des dix points du programme de Maryam Rajavi est la séparation de la religion et de l’État. Au fil des ans, son slogan a été le suivant : « Non à la religion, non au voile obligatoire et non au gouvernement obligatoire. » Concernant la question du voile, il convient de rappeler un épisode historique marquant. Lorsque Reza Shah Pahlavi (le grand-père de Reza Pahlavi) accéda au pouvoir, il imposa par la force le retrait du voile aux femmes iraniennes ; nombre de celles qui souhaitaient le conserver furent alors exclues du monde du travail. De même, une fois Khomeini arrivé au pouvoir, il imposa par la force l’obligation du voile. C’est pourquoi la Résistance iranienne s’oppose à ces deux modèles et estime que ce choix doit revenir librement aux femmes elles-mêmes.

