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La classe moyenne iranienne laissée derrière

 The Washington Post, 7 novembre – A Téhéran, l’an dernier, des écrivains, des médecins et des propriétaires de petites entreprises de Téhéran ont formé la base du mouvement d’opposition populaire contre le président Mahmoud Ahmadinejad. A présent ces citoyens de classe moyenne pensent qu’ils sont pris pour cible par un plan du gouvernement qui supprimera bientôt les subventions d’Etat et augmentera les prix d’une large gamme de produits de consommation courante.

La classe moyenne iranienne porte déjà tout le poids des sanctions américaines et européennes visant à restreindre le programme d’armes nucléaires du pays. Mais dans les semaines à venir, elle s’attend à être de nouveau affectée, quand le coût de l’essence, du pain, de l’électricité et d’autres aliments de base va commencer à augmenter jusqu’aux niveaux du marché, avec certains prix qui iront peut-être jusqu’à être décuplés. Alors que les pauvres du milieu rural seront en partie dédommagés par des aides directes de l’Etat en espèce, beaucoup dans les zones urbaines iraniennes devront se débrouiller seuls.

La restructuration des subventions dévoile un profond désaccord entre les dirigeants de la République islamique et la classe moyenne influente sur ce que devrait être l’Iran, 30 ans après la révolution de 1979.

« Pour nos dirigeants nous représentons tout ce qui a mal tourné avec la révolution, alors ils nous punissent », dit Mehdi, un négociant de cuivre, qui conduit sa Toyota Corolla 2008 dans la circulation chaotique de Téhéran sur le chemin du bureau.

Le père de Mehdi était un révolutionnaire célèbre et un héros de guerre décédé sur le front de la guerre Iran-Irak en 1980. « Je suis fier de la révolution qu’il a soutenu », a déclaré Mehdi, 30 ans. « Mais pas de ce qu’il en est advenu ».

Ce dont l’Iran a besoin, a-t-il déclaré, c’est d’un gouvernement responsable, de plus grande liberté personnelle et de bonnes relations avec le reste du monde pour avancer. « La classe moyenne s’est mise adaptée aux temps modernes », dit Mehdi. « Désormais je veux que nos dirigeants fassent de même ». Comme la plupart des personnes interrogées pour cet article, il a demandé que son nom complet ne figure par crainte de représailles.

Un plan controversé

Il est prévu que les subventions, qui ont maintenu les prix artificiellement bas, disparaissent ce mois-ci, mais la date exacte est maintenue secrète pour prévenir les troubles et la thésaurisation.

Les autorités gouvernementales ont exhorté le peuple à être prêt à se serrer la ceinture, et des responsables de sécurité ont mis en garde contre toutes formes de protestation.

A la fin du mois dernier, dans une démonstration de force, des centaines de postes de contrôle ont été établis dans des zones de la capitale occupées par la classe moyenne et tenus par des paramilitaires armés de fusils automatiques.

Ahmadinejad a déclaré que le programme est une tentative de redistribution des richesses aux pauvres. Quand il sera mis en oeuvre, quelques 60 millions d’Iraniens, y compris la plupart des habitants pauvres et la classe moyenne inférieure, recevront l’équivalent de 40$ par mois sur leurs comptes en banque pour compenser les fortes hausses de prix. Mais le reste de la population, près de 15 millions selon les estimations du gouvernement, dont un grand nombre dans la classe moyenne urbaine, devra se débrouiller.

« Le plan de subvention conduira la classe moyenne à devenir plus dépendante de l’Etat. Elle sera plus pauvres et perdra de l’influence », a dit Abbas Abdi, un analyste politique critique du gouvernement. « Le gouvernement en sera satisfait ».

Le changement de subvention survient alors que le secteur privé, petit mais dynamique, de l’Iran – un refuge pour la classe moyenne – est frappé par les sanctions de plus en plus sévères conçues par les Etats-Unis. Les prix du transport, de l’assurance et du financement augmentent à cause des mesures et sans le coussin financier que les entreprises publiques peuvent exploiter, les fabricants privés, les importateurs et les patrons d’usine déclarent être forcés de licencier des employés.

Un changement culturel

La classe moyenne iranienne a longtemps été en conflit avec les dirigeants révolutionnaires du pays qui n’aiment pas ses valeurs modérées. A la suite de la révolution, l’Iran s’est urbanisé à grande vitesse. L’illettrisme a presque été anéanti, les universités sont devenues accessibles à toutes les classes sociales et économiques, et les villages les plus isolés ont été connectés au réseau national d’électricité. Mais les changements ont eu un coût pour les dirigeants iraniens.

Alors que les tisserands de tapis, les commerçants et les agriculteurs ont déménagé à Téhéran, acheté des voitures et envoyé leurs enfants dans les universités, leur fougue révolutionnaire s’est lentement éteinte. Un bond dans les revenus, l’éducation et l’accès aux soins médicaux a mené à une croissance explosive de la classe moyenne dans la capitale et d’autres grandes villes iraniennes. Les entrepreneurs, médecins et artistes sont devenus les nouveaux modèles pour beaucoup de ceux qui montent dans l’échelle sociale du pays, échangeant leurs places avec celles des héros révolutionnaires et des religieux influents.

Les agences de voyage se sont tournées vers ce groupe grandissant, proposant des voyages à Dubaï, en Europe et sur les plages de Turquie ; les galeries d’art ont prospéré. Le pays a l’un des plus forts taux d’utilisation internet au Moyen-Orient, avec presque 28 millions d’Iraniens connectés.

Les changements annoncent de plus en plus de revendications politiques fortes pour plus de liberté personnelle, de politique modérée et de meilleures relations avec l’étranger. Dans la dernière décennie, la classe moyenne a formé la base d’un mouvement modéré de religieux et de politiciens tentant de moderniser et de réformer la République islamique de l’intérieur. D’un point de vue social, l’ascension de la classe moyenne a entrainé un boom des divorces, la montée d’une culture axée sur le statut et une forte augmentation des prix des logements.

L’intervention du gouvernement

Beaucoup d’exigences de la classe moyenne et une grande partie du comportement social diffèrent fondamentalement des opinions des dirigeants iraniens, qui déplorent souvent « l’Occidentalisation » de certains dans le pays. Ils ont bloqué avec succès chaque tentative des représentants de la classe moyenne de traduire leur influence sociale croissante dans le pouvoir politique.

Au lieu de cela, les centres d’enseignement fréquentés par la classe moyenne ont été pris de plus en plus pour cible, après que certains dirigeants aient critiqué leurs programmes comme trop occidentaux. L’université Azad, le plus grand établissement d’enseignement du pays, a été placé sous le contrôle du gouvernement la semaine dernière, et une université clé de médecine a été dissoute. Les transmissions par internet et par satellite sont de plus en plus filtrées et les exigences de réformes des partis représentant la classe moyenne ont été déclarées illégales.

« Quand le gouvernement prend des mesures pour contrôler la société, elles visent la classe moyenne », a déclaré Behdad, un journaliste de 42 ans sans emploi depuis que son journal a été fermé il y a deux ans. « Pour le gouvernement, moins nous nous manifestons, mieux c’est ».

Ainsi, lorsque des membres de la classe moyenne ont émergé comme le moteur de manifestations anti-gouvernementales pendant les mois qui ont suivi la victoire d’Ahmadinejad à l’élection contestée de juin en 2009, ils ont été violemment balayés des rues par les forces de sécurité.

« La classe moyenne est la plus grande classe en Iran », a déclaré Amir Mohebbian, un analyste qui dans le passé a soutenu Ahmadinejad. « Et elle est à la pointe de la lutte entre la modernité et la tradition dans notre pays. Elle veut être entendue. »

Dans le discours officiel de la République islamique, après la révolution, tous sont égaux, même si certains méritent plus d’attention que d’autres. « La nation iranienne est faite de 75 millions de personnes qui adorent Dieu, de fidèles et qui soutiennent le système », a déclaré Ahmadinejad dans un discours en mars. «Bien sûr, l’aide aux opprimés et aux démunis est en tête des priorités. »

Mais pour une femme au foyer à l’ouest de Téhéran, la volonté du gouvernement d’aider les pauvres en leur donnant de l’argent semble manquer de prévoyance. «Mon mari est un importateur de produits chimiques, mais en raison des sanctions, il ne peut plus en faire entrer le pays », a déclaré Kazhal, 53 ans, assise à sa table de cuisine.

« Il employait une douzaines de personnes. Je suppose qu’elles sont pauvres aujourd’hui, elles aussi », dit-elle. « Si nous n’avions pas ce gouvernement et ces sanctions, les riches et les pauvres et ceux qui sont au milieu aurait du travail. »

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