mercredi, février 1, 2023
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William Bourdon : La criminalisation des bourreaux de Téhéran est essentielle

William Bourdon : La criminalisation des bourreaux de Téhéran est essentielle

« Les bourreaux de Téhéran se promènent et se promèneront toujours. Ce sont des hommes qui ont des intérêts à l’étranger pour des raisons qui sont visibles ou invisibles et nous continuerons obstinément, nous, la communauté des juristes au service des victimes et des ayants droit, à les chasser, à les tracer et à intercepter les responsables du massacre de 1988 en Iran », a déclaré William Bourdon, célèbre avocat des droits de l’homme.

Il intervenait le 28 novembre à une conférence tenue à la mairie du 5ème arrondissement de Paris sur le thème : « Massacre de milliers de prisonniers politique en Iran en 1988 – Droit à la vérité pour les familles des victimes». Sous les auspices du maire Florence Berthout, une exposition permettait de mesurer l’ampleur d’une tragédie qui reste une actualité brulante en Iran, où des voix se lèvent pour demander une enquête internationale.

Dans son intervention, le grand ami du peuple iranien a déclaré :

« Il y a une première chose qui saute aux yeux quand on évoque le massacre de trente mille prisonniers en 1988 en Iran. S’il date maintenant d’il y a presque trente ans, mais c’est sans doute un des plus grand massacre de prisonniers depuis la seconde guerre mondiale. Il n’a pas d’autre équivalent en termes de chiffres, en termes de temporalité extrêmement courte pendant laquelle ces exécutions de masse se sont commises. Qui n’a pas d’autre équivalent sans doute que les exécutions massives extrêmement structurées, organisées dans les prisons syriennes ces dernières années par le bourreau qui règne malheureusement toujours en maître à Damas.

C’est donc un crime de masse, un crime prémédité, un crime organisé, et donc un crime qui répond à tous les critères – quel que soit d’ailleurs les différentes nuances qui ont été apportées par la doctrine internationale à la définition – du crime contre l’humanité. La dimension généralisée est indiscutable, la dimension systématique est également indiscutable. Et tout au étant incontestable est le fait que ces prisonniers ont été ciblés uniquement en fonction de l’appartenance commune qui était la leur, et qui en ont fait des frères de sang et des frères en douleur. C’est-à-dire un mouvement de résistance iranien que j’ai l’honneur d’accompagner depuis plusieurs années.

Et le paradoxe bien sûr : C’est que ces vingt, trente, quarante dernières années, l’humanité a été ensanglantée par des crimes de masse qui étaient en même temps les crimes les plus catégorisables comme des crimes contre l’humanité et qui restent et qui sont restés en même temps les plus impunis. C’est cette impunité qui est aujourd’hui insupportable, absolument inacceptable, pas simplement pour les victimes, pas simplement pour les ayants droit, pas simplement pour les communautés offensées et éplorées mais aussi pour toute la communauté des hommes et des femmes.

Cette impunité évidemment elle cessera un jour et nous ferons en sorte – sans nécessairement devoir solliciter toutes les forces de l’imagination et du rêve – que cette impunité cesse à un moment donné, de gré ou de force et sans doute malheureusement plus de force que de gré.

Sur le papier, ces crimes sont parfaitement documentés. Les preuves sont abondantes, les crimes sont signés et c’est même parmi les crimes de masse commis depuis la seconde guerre mondiale sous la chaîne hiérarchique politico-militaire, qui sont la plus documentée, la plus raffinée, même dans la démonstration probatoire de l’enchaînement des ordres et des exécutions de morts qui ont été donnés dans une période aussi courte pour commettre ce terrible crime de masse. Alors il faudrait une réponse internationale, mais est-ce qu’il peut y avoir une réponse internationale ?

Intercepter les responsables de crimes internationaux

Mais il y a d’autres chemins, il y a d’autres issues judiciaires. Les bourreaux de Téhéran se promènent et se promèneront toujours. Ce sont des hommes qui ont des intérêts à l’étranger pour des raisons qui sont visibles ou invisibles et nous continuerons obstinément, nous, la communauté des juristes au service des victimes et des ayants droit, à les chasser, à les tracer. Et apporter partout où cela sera possible et nécessaire, de responsabiliser les juges du monde entier, qui ont un mandat – au-delà du mandat confié à la Cour pénale internationale – pour intercepter les responsables des crimes internationaux quand ils passent sur leur territoire.

Et c’est ce qui fait que les juges nationaux de bien des pays de la communauté internationale sont en quelque sorte les mandataires de l’humanité et aussi d’une certaine façon, les juges de l’humanité. D’autres formes de juges internationaux que ceux qui siègent à la Cour pénale internationale de La Haye.

Alors nous y arriverons mes amis. Le temps, d’une certaine façon, est et sera l’allié des victimes. Parce que l’imprescriptibilité des crimes est acquise s’agissant des massacres de masse commis en 1988. Parce que le monde, la planète n’est plus, ne sera plus un sanctuaire pour les grands bourreaux quand ils chercheront quelques endroits pour se cacher et s’y dissimuler. Donc le temps est et sera l’allié de ceux que j’ai l’honneur de représenter.

La criminalisation des bourreaux de Téhéran est essentielle, pas simplement pour les victimes, pas simplement pour l’humanité mais parce qu’aujourd’hui dans ce théâtre d’ombres et de sang qui est devenu une partie du Proche Orient, les bourreaux de Téhéran se sont mis au service des bourreaux de Damas et que s’est formé ainsi une ignoble et nauséabonde confrérie des plus grands criminels internationaux de ces dernières décennies. Et que nous savons, par la leçon des grands crimes qui se sont commis au vingtième siècle, que tant que restent impunis les crimes du passé, c’est une invitation et un encouragement funeste pour que se poursuivent les crimes du présent et les crimes de demain et c’est ça précisément que nous avons le devoir tous ensemble collectivement de tenter d’arrêter. Je vous remercie. »

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