mardi, novembre 29, 2022
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Washington arrête des Iraniens en Irak

Washington arrête des Iraniens en IrakPar Jean-Louis Turlin

Le Figaro – L’armée américaine détient au moins quatre Iraniens soupçonnés d’attentats contre les forces de sécurité, selon le « New York Times ». Deux diplomates ont été relâchés.

L’AFFAIRE survient à un moment de haute tension entre l’Iran et la communauté internationale. Deux jours après le vote, aux Nations unies, de sanctions modestes contre le régime de Téhéran qui refuse de suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium, le New York Times a révélé, dans ses éditions d’hier, des arrestations troublantes qui pourraient étayer une vieille accusation de Washington : l’Iran, « grand frère » des chiites irakiens, serait directement impliqué dans les attaques menées contre les forces de sécurité irakiennes et les troupes américaines.

Selon le quotidien new-yorkais, la Maison-Blanche a confirmé la détention d’au moins quatre Iraniens, dont des militaires, capturés la semaine dernière lors de deux raids de l’armée américaine dans le centre de
Bagdad. Parmi les suspects : deux officiels iraniens arrêtés à bord d’une voiture de leur ambassade portant une plaque diplomatique, mais qui ont été relâchés et remis aux autorités irakiennes avant d’être reconduits
par celles-ci à l’ambassade d’Iran.

À Téhéran, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a « condamné l’arrestation illégale de diplomates iraniens par les forces américaines », ajoutant que « cette action n’est pas compatible avec les
règles internationales et aura des conséquences néfastes ». Selon l’agence Mehr, l’ambassadeur suisse, qui représente les intérêts américains à Téhéran, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères pour
recevoir la protestation de l’Iran.

Cet épisode est tout aussi gênant pour le gouvernement de Bagdad, car il intervient à un tournant difficile de ses relations avec Washington. L’un des raids déclenchés jeudi visait le quartier général du Conseil
suprême pour la révolution islamique en Irak (CSRII), l’une des principales formations chiites du pays. La zone est sous le contrôle d’Abdul Aziz al-Hakim, qui a été reçu il y a trois semaines à Washington par le
président Bush.

Les arrestations des Iraniens, hormis les deux diplomates, eurent lieu au petit matin de vendredi, selon le New York Times, chez Hadi al-Ameri, le président de la Commission sécuritaire du Parlement irakien et
chef de la brigade Badr, la branche armée du CSRII. Interrogé hier par l’AFP, M. Ameri a démenti l’information.

ISOLER LES ELEMENTS RADICAUX

Or, explique le Times, M. Hakim apparaît comme la figure « centrale » des chiites irakiens favorables « au nouveau bloc composé de sunnites, de chiites et de Kurdes ». C’est pour discuter de la formation de ce
nouveau bloc, susceptible d’isoler les éléments politiques les plus radicaux et donc soutenu par les Américains, que M. Hakim s’est dernièrement rendu à Washington. Il est difficile de dire, conclut le journal, dans quelle mesure « les arrestations, embarrassantes pour M. Hakim, vont affecter ces efforts politiques », alors que le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, est sous la pression des Américains pour accélérer le processus de prise en charge de la sécurité à Bagdad.

C’est précisément dans le cadre de « la coopération sécuritaire » entre l’Irak et l’Iran, affirme pour sa part le ministère iranien des Affaires étrangères, que les deux diplomates avaient fait le voyage de Bagdad,
à l’invitation du président irakien, Jalal Talabani. Gordon D. Jondroe, porte-parole du Conseil de la sécurité nationale des États-Unis, a estimé dans une déclaration au New York Times que « cet événement valide
nos affirmations sur l’ingérence iranienne ». Selon un « responsable occidental à Bagdad », les raids auraient été ordonnés à la suite de renseignements sur l’implication des Irakiens arrêtés dans des attaques
contre les forces de sécurité irakiennes. Les Américains disent en avoir saisi des preuves.

Mais le New York Times rapporte aussi la réaction sceptique de certains Irakiens, qui voient dans le moment choisi pour les raids une tentative de justification du refus américain de dialogue direct avec Téhéran, une recommandation majeure faite au gouvernement par le Groupe d’étude sur l’Irak. À Washington, un responsable estime que les auteurs des raids « ne savaient pas ce qu’ils allaient trouver ». Ce qu’ils ont trouvé permettra peut-être à George W. Bush, tout en laissant la diplomatie onusienne en première ligne sur le problème nucléaire, d’envoyer des signaux plus musclés à l’Iran.

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