mercredi, février 8, 2023
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Une révolution stratégique au Moyen-Orient

Une révolution stratégique au Moyen-OrientPar Pierre Lellouche

Le Figaro – (Extraits) Quatre semaines après le début de la guerre du Liban, et après le drame de Cana, qui a marqué un tournant à la fois politique et psychologique dans ce conflit, trois facteurs stratégiques essentiels apparaissent qui conditionneront non seulement l’issue diplomatique qui va devoir survenir dans les prochains jours ou les prochaines semaines, mais plus fondamentalement la stabilité à long terme dans cette région vitale pour le monde qu’est le Moyen-Orient.

Le premier de ces facteurs est sans conteste l’émergence de l’Iran comme superpuissance à vocation régionale. Pour la première fois depuis 1948, c’est un pays non arabe, l’Iran, qui s’est installé comme porte-drapeau de la résistance anti-sioniste, anti-américaine et anti-occidentale. C’est l’Iran qui galvanise aujourd’hui la rue arabe par Hezbollah interposé ; ce que Nasser avait fait dans les années 60 au nom du nationalisme arabe, l’Iran le fait aujourd’hui, en brandissant non pas la bannière nationaliste ou socialiste arabe, mais celle de l’Islam chiite radical. La nouvelle a de quoi inquiéter non seulement Israël, que le président iranien veut voir «rayé de la carte», mais également les États arabes encore pro-occidentaux, tous assis sur les poudrières de leurs opinions publiques, sans parler bien sûr des Occidentaux. En finançant, en formant nombre de cadres du Hezbollah, et surtout en armant cette milice islamique au moyen de milliers de missiles dont certains peuvent porter 100 à 200 kilomètres, l’Iran s’est invité en première ligne de la guerre contre Israël. Grâce au Hezbollah installé au sud du Liban après le départ des Israéliens en 2000, l’Iran est donc désormais un «pays du front» face à Israël.
 
Cette situation n’est rien de moins qu’une véritable révolution stratégique, qui fait de l’actuelle guerre du Liban une sorte de répétition générale d’un conflit autrement plus fondamental à l’échelle du monde, qui pourrait opposer demain deux puissances nucléaires, l’actuel Israël, et celle en devenir, l’Iran. C’est d’ailleurs au bras de fer qui oppose la communauté internationale à l’Iran autour de son programme nucléaire, que l’on doit le déclenchement brutal de ce conflit par le Hezbollah à la veille même du sommet du G 8 à Saint-Pétersbourg, où devait être évoquée la question nucléaire iranienne.
 
Stratégie payante puisque, d’ores et déjà, l’Iran apparaît comme le grand vainqueur de ce conflit. Le déferlement de haine anti-américaine et anti-israélienne qui a secoué l’ensemble du monde arabo-musulman a fait du Hezbollah le vainqueur politique et de son parrain l’Iran le vrai triomphateur de cette guerre. Désormais, aucun accord futur touchant à l’hypothétique démilitarisation du Hezbollah, à la toute aussi hypothétique reconstruction de la souveraineté libanaise ne pourra se faire sans l’aval de Téhéran et de ses représentants locaux à Damas, comme à Beyrouth. Désormais, toutes les capitales occidentales, mais également Moscou et Pékin, savent ce qui pourrait en coûter d’aller trop loin s’agissant de contraindre l’Iran à renoncer à ses ambitions nucléaires.

Pierre Lellouche est député de Paris, délégué général de l’UMP, chargé de la Défense et président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan..