mardi, janvier 31, 2023
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Un ex-président iranien mis en cause dans le dossier Total

Par Thierry Lévêque

Reuters – L’ancien président iranien Ali Akbar Hachémi Rafsandjani et son fils Mehdi sont cités par écrit dans la procédure d’enquête sur des faits présumés de corruption en Iran où le directeur général de Total a été mis en examen jeudi soir, apprend-on de source judiciaire.

Christophe de Margerie, poursuivi pour "corruption d’agents publics étrangers et abus de biens sociaux", a interdiction dans son contrôle judiciaire de rencontrer les deux hommes.

Ali Akbar Hachémi Rafsandjani et son fils sont donc désignés officiellement par le juge d’instruction Philippe Courroye comme suspects dans l’organisation des malversations supposées.

Le parquet, qui n’avait pas requis de contrôle judiciaire, a confirmé vendredi que le juge Courroye ne l’avait pas suivi. Le patron de Total a aussi interdiction de rencontrer plusieurs intermédiaires iraniens cités dans l’affaire.

Ali Akbar Hachémi Rafsandjani a été président de la République islamique de 1989 à 1997, au moment où a été négocié le contrat qui aurait donné lieu à la corruption.

Signé en 1997, ce contrat porte sur l’exploitation, avec le malaisien Petronas et le russe Gazprom du gisement gazier offshore de South Pars, situé à 100 km des côtes iraniennes. Le site a été inauguré en 2003.

Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, représentant de l’aile relativement modérée du pouvoir islamique, est très présent dans la vie politique iranienne. Il a été l’adversaire malheureux de Mahmoud Ahmadinejad lors du second tour de l’élection présidentielle de 2005.

PAS DE DÉMISSION DE MARGERIE

A sa sortie du bureau du juge Courroye jeudi, après une journée et une nuit de garde à vue à la police ainsi que trois heures d’interrogatoire, Christophe de Margerie n’a fait aucune déclaration. Son avocat, Me Emmanuel Rosenfeld, non plus.

Vendredi, Total s’est refusé à tout commentaire sur les détails du contrôle judiciaire de son patron.

Christophe de Margerie, 55 ans, qui a succédé à la mi-février à Thierry Desmarest à la tête du géant pétrolier, ne démissionnera pas, a confirmé la société.

A l’époque de la négociation du contrat de South Pars, il était directeur pour le Moyen-Orient, ce qui lui a valu en octobre 2006 une première mise en examen pour "complicité de corruption" dans un dossier similaire portant sur l’Irak de Saddam Hussein, instruit aussi par le juge Courroye.

La procédure visant l’Iran fait suite à la découverte par la justice suisse de flux financiers suspects.

Le juge Courroye s’interroge en particulier sur 38 millions de dollars (28 millions d’euros) versés par une entité liée à Total entre 1996 et 2003 sur des comptes bancaires en Suisse détenus par un intermédiaire d’origine iranienne.

Ni Christophe de Margerie ni quatre cadres ou ex-cadres de la société interrogés par la police n’ont pu fournir la moindre justification des prestations censées avoir été payées par ces sommes, dit-on de source judiciaire.

Un des cadres a déclaré à la police que l’argent avait bénéficié à un secrétaire de Mehdi Rafsandjani. Interrogé, Christophe de Margerie a dit au juge Courroye qu’il l’ignorait.

L’argent versé en Suisse a abouti en partie à Doubaï, sur des comptes bancaires d’entités considérées proches de l’Iran.

Des documents d’une procédure judiciaire norvégienne similaire, transmis par la justice suisse à Paris, ont aussi fait aussi apparaître comme possible acteur de la corruption le nom de Mehdi Rafsandjani. Cette procédure norvégienne a abouti à des amendes contre la société pétrolière Statoil en 2006.

L’avenir de la procédure judiciaire du juge Courroye est incertain. Ce magistrat a été nommé mardi dernier procureur de Nanterre, à sa demande. Il cessera d’instruire une fois installé officiellement, à une date qui n’est pas connue.

Le dossier sera alors transmis à la juge Xavière Simeoni, co-saisie de l’affaire, qui n’a pas participé à l’interrogatoire de Christophe de Margerie. La juge demandera probablement l’aide d’un second magistrat, dit-on de source judiciaire.

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