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Tribune : réaliser un véritable changement en Iran

Par Dolat Norouzi*

Middle East Times, 21 novembre 2007 – Alors que le spectre des mollahs iraniens plane au-dessus de l’Irak et que les mollahs se rapprochent de la bombe atomique, tous les espoirs précédents sur un modus vivendi avec Téhéran sont partis en fumée. Cependant, loin d’être une impasse, c’est une bonne nouvelle qui offre une bonne occasion pour un véritable changement en Iran et au Moyen-Orient.

La mauvaise nouvelle, c’est que le président des mollahs Mahmoud Ahmadinejad s’est vanté récemment que Téhéran avait atteint une étape nucléaire clé lui permettant, selon les experts, de produire assez d’uranium enrichi pour une bombe atomique dans environ un an.

La véritable mauvaise nouvelle, c’est que le régime continue d’être une menace en Irak. Les autorités militaires américaines ont récemment averti que la quantité de composants de bombes iraniennes trouvés en Irak est en hausse. De même, les politiciens irakiens en vue se prononcent de plus en plus contre "l’incursion d’occupation" du régime iranien. Certains en payent le prix en devenant les cibles des escadrons de la mort du régime.

Les plus mauvaises nouvelles, cependant, viennent de l’intérieur de l’Iran. Les mollahs tentent d’éteindre le bouillonnement de l’opposition populaire en jetant   l’Iran dans les affres d’une répression féroce.

Ces dix derniers mois, plus de 250 personnes ont été pendues en Iran, beaucoup en public, voire même diffusé à la télévision officielle. Selon Amnesty International, 71 enfants attendent actuellement d’être pendus dans les prisons iraniennes. Et, au moins huit femmes seront lapidées dans les mois à venir.

Tout indique donc un durcissement du régime en matière de politique intérieure et étrangère. Cependant, la réponse occidentale à ces événements avance à la vitesse d’un escargot. Ce n’est qu’aujourd’hui, après des dizaines d’années durant lesquelles l’occident a été spectateur approbatif des tromperies flagrantes du régime iranien, ses menaces et son terrorisme croissant et ses violations féroces des droits de l’homme, que les signes du changement apparaissent.

Le changement est perceptible avec comme arrière-plan la prise de conscience apparente dans les capitales occidentales que la complaisance avec les tyrans enturbannés à Téhéran ne sert qu’à les encourager et à radicaliser le régime. La décision de Washington de mettre sur la liste noire le Corps des gardiens de la révolution (le CGR) et sa Force Qods est un mouvement suffisamment tangible  et éloigné d’une position conciliante de longue date envers le régime.

Avec la mise hors jeu de la complaisance, les regards se tournent davantage naturellement vers l’option d’un changement de régime. Cependant, toute tentative pour remplacer le régime sans soutien populaire comme sa condition préalable nécessaire serait contreproductive et serait un grave obstacle à la démocratie et à la stabilité régionales. Par conséquent, l’intervention militaire s’annule d’elle-même.

A la lumière de la portée des options disponibles, des analystes invitent à soutenir une sorte de "mouvement civique" en Iran supposé conduire à une version iranienne des bouleversements antisoviétiques en Europe de l’Est. Cependant, la proposition prévalant, mais invraisemblable, de soutenir des Iraniens inconnus et anonymes pour amener un changement de régime, s’avère être plus un château en Espagne qu’une solution pratique et concrète.

Le changement démocratique et réel en Iran est certainement possible. En fait, c’est la seule politique viable qui mérite d’être suivie et nous sommes maintenant face à une occasion historique pour le faire. Cependant, pour transformer un changement en une réalité en Iran, l’existence d’un mouvement d’opposition organisé et enraciné, qui pourrait agir comme un catalyseur, est d’une nécessité absolue. Selon les termes d’un diplomate européen à Téhéran, « la colère refoulée est toujours là [dans la population iranienne], sous la surface. Mais pour qu’elle prenne sérieusement, il faut un catalyseur, il faut une cause, il faut une organisation et une direction. C’est une grande tâche. »

Seule une organisation dévouée et efficace serait capable d’unifier le mécontentement populaire bouillonnant mais informe dans un mouvement de résistance organisé à l’échelle nationale capable de s’opposer et de surmonter  la terreur des mollahs. Un tel mouvement de résistance populaire existe déjà dans le pays, avec à son centre les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).

Créé par un groupe d’intellectuels musulmans en 1965 avec pour but d’établir une  démocratie en Iran, l’OMPI possède une direction nationale et un vaste réseau de soutien à l’intérieur du pays qui pourrait agir comme un mécanisme pratique pour le changement.

Tandis que certains se hâtent d’écarter l’OMPI en ressassant les allégations usées et trompeuses à son encontre, pour la plupart disséminée par les services secrets de Téhéran, le fait indéniable est que la lutte politique implacable de quarante années de l’organisation contre deux dictatures, lui a donné une crédibilité inégalée en Iran, ce qui explique ironiquement pourquoi elle reste le centre de tant d’attention des mollahs dans le pays et des spin-doctor de Téhéran à l’étranger.

Malheureusement, les Etats-Unis et l’Union européenne, poussés par l’avidité financière ou par la naïveté à croire que la bienveillance ferait céder Téhéran, ont étiqueté l’OMPI comme "une organisation terroriste." Le 12 décembre 2006, la Cour européenne de Justice s’est prononcée contre la légalité de l’étiquette de terroriste et a ordonné que l’OMPI soit retirée de la liste de l’UE. Plus récemment, le Conseil de l’Europe a entendu un rapport de sa commission des Affaires Légales et des Droits de l’homme disant que la décision de l’UE de maintenir l’OMPI dans la liste allait totalement à l’encontre de l’état de droit en Europe.

Hormis son manque total de légalité, l’étiquette de terroriste a paralysé le potentiel de l’OMPI et a agi comme une barrière sérieuse à la réalisation du changement en Iran. L’OMPI ne cache pas que sa première priorité a toujours été et continue d’être la protection des intérêts nationaux du peuple iranien. Cependant, comme un mouvement musulman anti-intégriste prônant une interprétation tolérante et démocratique de l’Islam, il envisage un Iran démocratique en paix avec ses voisins. C’est donc un allié potentiel dans le combat contre l’extrémisme islamique, qui émerge comme la première menace mondiale.

Avancer à la vitesse d’un escargot quand les mollahs se ruent dans la mêlée pour étendre et consolider leur pouvoir dans la région et dans le pays, peut avoir des conséquences sinistres non seulement pour la région, mais aussi pour l’occident lui-même.

Pour repousser la marée intégriste du régime iranien dans la région et l’empêcher d’obtenir une bombe atomique, l’occident doit adopter une position de fermeté et comprendre que c’est seulement le peuple iranien et son mouvement de résistance organisé qui sont de renverser les mollahs et d’établir une démocratie à long terme en Iran. À cette fin, l’OMPI doit être retirée de la liste noire pour injecter au mécontentement populaire une ardeur renouvelée. Il n’y a jamais eu d’occasion historique plus apte et plus urgente pour agir qu’aujourd’hui.

* Mme Dolat Norouzi est la représentante en Grande-Bretagne du Conseil national de Résistance iranienne, le Parlement iranien en exil.

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