AccueilActualitésActualités: Terrorisme & intégrismeQui est Mojtaba Khamenei ? Le dernier guide suprême du régime iranien...

Qui est Mojtaba Khamenei ? Le dernier guide suprême du régime iranien et son pari héréditaire

Qui est Mojtaba Khamenei ? Le dernier guide suprême du régime iranien et son pari héréditaire
Le commandant de la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens, Qassem Soleimani, assassiné, salue Mojtaba Khamenei lors d’une rencontre avec des responsables iraniens à Téhéran

Le 8 mars 2026, le régime iranien a annoncé la nomination de Mojtaba Khamenei comme successeur d’Ali Khamenei. Le soir même, les médias d’État ont fait bien plus que publier une simple biographie : ils ont orchestré un véritable couronnement, le présentant dans le langage de l’autorité cléricale et le faisant passer, officiellement et d’un seul coup, du statut de fils du dirigeant à celui d’« ayatollah ». C’est pourquoi il ne s’agissait pas d’une simple succession. Il s’agissait de la transformation manifeste du Velayat-e Faqih en un pouvoir héréditaire : le fils succédant au père à la tête d’une dictature antimonarchique qui avait jadis prétendu anéantir à jamais le système dynastique.

L’ascension de Mojtaba Khamenei

Mojtaba Hosseini Khamenei naquit le 8 septembre 1969 à Mashhad. Deuxième fils d’Ali Khamenei, il était marié à Zahra Haddad-Adel, fille de Gholam-Ali Haddad-Adel, conseiller principal du Guide suprême assassiné. Zahra périt lors du bombardement qui coûta également la vie à Ali Khamenei.

Mojtaba Khamenei fit ses études dans des écoles religieuses d’élite à Téhéran et Qom, les deux principaux centres de formation cléricale d’Iran. Les médias d’État le présentent comme un ancien combattant, un érudit et un membre de longue date du pouvoir en place. Le texte souligne également son mariage avec une membre d’une autre puissante famille politique, renforçant l’image d’un homme façonné dès son plus jeune âge au sein du cercle restreint du régime.

Ce qui importe, ce ne sont pas les détails de son parcours au séminaire, mais les raisons de sa large diffusion. La biographie officielle du régime relevait moins d’un récit neutre que d’une campagne de légitimité. Elle présentait Mojtaba non seulement comme un religieux, mais comme un dirigeant tout désigné : professeur de cours religieux avancés, homme ayant des opinions sur la politique nationale et figure apte à diriger l’État autant que le séminaire.

Cette mise en scène s’est intensifiée à mesure que la pression successorale s’accentuait. Lorsque les spéculations sur le successeur d’Ali Khamenei se sont multipliées, le rôle religieux de Mojtaba a été amplifié. Même la suspension de ses cours a été érigée en signe d’importance et d’autorité. Le message était clair : le régime ne se contentait pas de promouvoir le fils du Guide suprême. Il cherchait à construire l’image d’une autorité religieuse sérieuse, afin qu’une transmission héréditaire du pouvoir puisse être présentée comme un mérite religieux plutôt que comme une succession dynastique.

L’influence sécuritaire derrière le turban

Mais la véritable importance de Mojtaba n’a jamais été théologique. Elle a été politique, sécuritaire et organisationnelle. Pendant des années, Mojtaba a exercé une influence considérable au sein de l’appareil sécuritaire du régime et des Bassidj. Les médias d’État confirment des « contacts continus » avec les commandants militaires et avec le soi-disant « Axe de la Résistance », notamment Hassan Nasrallah et le défunt commandant de la Force Qods des Gardiens de la révolution, Qassem Soleimani. Il a été intégré au sein du Beyt comme un trait d’union entre l’autorité religieuse, l’appareil sécuritaire et le réseau militaire régional du régime.

Son nom a été au cœur d’une vive controverse politique après la mascarade de l’élection présidentielle de 2009, lorsque Mehdi Karroubi l’a accusé d’ingérence. Après la fraude électorale de 2009, son nom est revenu sur le devant de la scène avec encore plus de force, désormais associé au soutien à Mahmoud Ahmadinejad et à la répression des manifestants. Dès septembre 2009, les médias le présentaient comme un homme politique agissant dans l’ombre, ayant contribué à rallier son père à la cause d’Ahmadinejad et chargé du contrôle des forces Bassidj pendant la répression. C’est à ce moment que Mojtaba a cessé d’apparaître comme un simple fils du dirigeant pour devenir l’un des visages opérationnels du régime.

Le rôle de la répression

Dès lors, le nom de Mojtaba est resté indissociable de la répression des manifestations. De nombreuses sources au sein du régime le décrivent comme l’un des principaux responsables de la répression des soulèvements populaires de la dernière décennie. Entretenant des liens étroits avec Hussein Taeb et l’écosystème sécuritaire gravitant autour des services de renseignement des Gardiens de la révolution, son rôle était suffisamment important pour que le Trésor américain le sanctionne le 4 novembre 2019, ainsi que d’autres personnes liées aux crimes de son père.

L’une des allégations les plus frappantes concerne des militaires. »

Celui qui aurait refusé d’obéir aux ordres de réprimer les manifestants. Selon des bulletins internes divulgués et attribués à l’agence Fars News, préparés pour le commandement des Gardiens de la révolution, 115 militaires ont été arrêtés le 12 janvier 2012 pour avoir soutenu le soulèvement. D’après ces mêmes documents, Mojtaba a salué la répression et critiqué le Bassidj – la force de mobilisation paramilitaire du régime – pour son manque de préparation.

L’histoire du « Bataillon Habib » est centrale dans ce contexte : un réseau d’anciens combattants des Gardiens de la révolution iraniens de la guerre Iran-Irak, devenus par la suite des membres du cercle restreint de Mojtaba, qui ont contribué au recrutement d’agents de confiance au sein des Gardiens de la révolution et du Bassidj pour l’appareil sécuritaire mis en place autour de lui. Les reportages sur Hossein Taeb confortent cette image, établissant un lien entre le réseau du bataillon pendant la guerre et ses fonctions ultérieures à des postes importants dans le renseignement et la répression des manifestations.

Corruption et flux financiers

Le parcours de Mojtaba n’est pas seulement marqué par la répression, mais aussi par la corruption. Il a été au cœur d’une affaire de saisie d’or d’une valeur de 18,5 milliards de dollars, découverte en Turquie à l’automne 2008. Suite à cette saisie, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a publiquement présenté cet or comme un succès de son gouvernement en pleine crise économique, tout en refusant d’en révéler la provenance. La cargaison était composée d’argent et d’or sortis clandestinement d’Iran par Mojtaba Khamenei et son entourage.

Un rapport publié en janvier ou février 2026 décrivait un empire opérant depuis 2011 au nom et sous la direction de Mojtaba, qui aurait investi des milliards de dollars provenant du pillage des ressources pétrolières dans l’immobilier de luxe à travers le monde, Ali Ansari étant identifié comme un intermédiaire clé. Parmi les propriétés recensées figuraient plus d’une douzaine de demeures sur Bishops Avenue à Londres, une villa de luxe à Dubaï, des hôtels cinq étoiles à Francfort, dont le Hilton Gravenbruch, des propriétés et des hôtels en bord de mer à Majorque, un penthouse au Four Seasons de Toronto et une partie d’un immeuble de luxe à Paris.

Le passé de Mojtaba en matière de corruption comprend un détournement de fonds de 1,6 milliard d’euros datant de 2012-2013, d’après des documents attribués aux services de renseignement du régime. Il inclut également la menace de Mahmoud Ahmadinejad, lors de son conflit public avec des factions rivales au sein du régime, de publier des documents relatifs à la corruption présumée de Mojtaba, d’un montant de 1,6 milliard d’euros. Un autre rapport, publié début 2026, décrit un projet d’acquisition, à Vienne, de la société exploitant les supermarchés Spar en Iran, pour plusieurs millions de dollars.

Pourquoi le régime l’a-t-il choisi ?

La question qui se pose est la suivante : pourquoi un régime si conscient des conséquences d’une succession au pouvoir a-t-il choisi l’option la plus dynastique et la plus impopulaire ? La réponse réside dans l’identité du véritable public visé. Le premier public n’était pas le peuple, mais la base même du régime : l’appareil sécuritaire, les Gardiens de la révolution, les Bassidj, les services de renseignement, les exécutants de la répression et les échelons bureaucratiques loyaux des institutions étatiques. Ce sont ces groupes qui ont besoin de continuité, et non de concessions. Ce sont eux qui remplissent les rassemblements pro-régime, qui actionnent la machine de coercition et qui commenceraient à perdre espoir si les dirigeants cédaient sous la pression. Mojtaba a été choisi car son nom symbolise précisément la continuité pour ce groupe : continuité du commandement, continuité de la doctrine, continuité de la ligne Khamenei, continuité de la répression.

Cette logique s’inscrit dans la doctrine maintes fois énoncée par Ali Khamenei. Pendant des années, le guide suprême du régime a insisté sur le fait que toute véritable retraite face à l’ennemi ne fait qu’encourager son avancée. En d’autres termes, chaque pas en arrière de la partie adverse est un pas en avant pour l’ennemi ; en d’autres termes, l’ennemi va aussi loin que possible face à une retraite. Les médias d’État et le discours officiel ont appliqué cette même logique aux récentes pressions américaines et aux propos sur la « capitulation sans condition ». Dans cette perspective, choisir quelqu’un d’autre que le fils du dirigeant à un tel moment aurait été perçu comme une hésitation, un marchandage, voire le début d’un recul politique. La promotion précipitée de Mojtaba servait donc un double objectif : préserver le moral au sein du camp du régime et affirmer sa fermeté.

C’est aussi pourquoi cette décision annonce une escalade du conflit à l’étranger et une répression accrue à l’intérieur du pays. Le régime ne l’a pas choisi malgré son image d’agent de sécurité, mais bien à cause d’elle. Sa notoriété, loin de le disqualifier au sein du noyau dur du pouvoir, l’a rendu utile : il est perçu par les forces du régime comme un candidat à la continuité qui ne cédera ni aux pressions extérieures ni ne fera de compromis avec la dissidence interne.

Une crise systémique

La succession a toujours constitué une crise permanente pour le régime, et ce pour trois raisons :

Premièrement, le système n’est pas élu et ne peut donc soumettre la question du pouvoir à un véritable mandat populaire.

Deuxièmement, la lutte pour le pouvoir n’est pas un phénomène secondaire, mais bien une composante structurelle de cet ordre, et elle perdure jusqu’au dernier jour du dirigeant.

Troisièmement, la destitution d’Hossein-Ali Montazeri, ancien successeur de Rouhollah Khomeini, a transformé la succession en un problème chronique : désigner un successeur avant la mort du dirigeant crée un rival au sommet, et le régime craint ce rival depuis lors.

Même si la maladie, la mortalité et la succession d’Ali Khamenei ont fait l’objet de discussions pendant des années, le système n’a pas pu régler la question publiquement et en toute sécurité. Pourtant, en coulisses, Mojtaba restait le candidat privilégié, et des rumeurs circulaient depuis des années selon lesquelles Ali Khamenei avait étendu l’influence de son fils en lui confiant les leviers du pouvoir, notamment des canaux liés aux services de renseignement des Gardiens de la révolution et aux services financiers du Beyt.

C’est pourquoi il est plus juste de comprendre Mojtaba non pas comme un successeur conventionnel, mais comme un prince héritier en habit clérical. Le public l’avait déjà compris bien avant la passation de pouvoir officielle. Lors des soulèvements successifs de la dernière décennie, un slogan a résumé la perception populaire de son ascension : « Mojtaba, puisse ta mort t’empêcher de diriger.» Ce slogan était important car il mettait en lumière le véritable scandale. Il ne s’agissait pas de l’émergence d’une autorité religieuse largement reconnue, mais d’un projet héréditaire, mûri pendant des années, par lequel un père préparait son fils au pouvoir et le système tentait de normaliser cette manœuvre. La fonction a changé, mais la logique dynastique est restée la même. C’est ce qui rend la comparaison avec le Shah inévitable : la dernière monarchie iranienne s’est effondrée en 1979, mais le pouvoir héréditaire est revenu sous un turban plutôt qu’une couronne.

Pourquoi Mojtaba Khamenei est le dernier guide suprême

Voici pourquoi Mojtaba Khamenei sera le dernier guide suprême. Non pas parce que le régime disparaîtra de lui-même, ni parce que la succession dynastique détruit automatiquement un État coercitif. Au contraire, cela signifie que le système a peu de chances de s’évanouir spontanément. Un État qui survit désormais principalement grâce à son appareil coercitif et loyaliste peut endurer le déclin pendant longtemps. Mais ce même choix révèle aussi la contradiction fondamentale du système. Il ne prétend même plus que son pouvoir repose sur la légitimité publique ou un mérite exceptionnel ; il s’est ouvertement fondé sur la lignée, la réputation sécuritaire et le commandement héréditaire. Ce faisant, il s’est révélé tel qu’il avait longtemps nié être : une dictature héréditaire. Et les dictatures héréditaires de ce type ne se réforment pas pour acquérir la légitimité. Elles s’effondrent lorsque les forces qui les composent ne peuvent plus les maintenir.

Si le Shah fut le dernier monarque couronné de l’ancien Iran, Mojtaba Khamenei est l’héritier coiffé du turban d’une autre monarchie : celle née d’une révolution contre le pouvoir héréditaire et qui s’est achevée par le retour de ce même pouvoir à son apogée. Tel est le sens de son accession au pouvoir. C’est pourquoi le pari héréditaire du régime devait prendre fin avec le fils du souverain. Et c’est pourquoi l’homme désormais intronisé pour assurer la continuité restera dans les mémoires comme le dernier guide suprême de l’Iran.