
Les médias d’État iraniens ont pris l’habitude de le qualifier de « tashyi’-e qarn » ( les funérailles du siècle). Quatre mois après la mort d’Ali Khamenei, tué lors de la frappe américano-israélienne du 28 février, le régime iranien organise pour sa dépouille un cortège de cinq jours traversant quatre villes ; il s’agit, à tous égards, de la mise en scène politique la plus élaborée que le régime ait produite au cours de ses quarante-six années d’existence.
Les chiffres témoignent des intentions. Les autorités avancent déjà le nombre de douze à vingt millions de personnes présentes pour rendre hommage au mort. Le CGRI a construit ce que son commandant, Hassan Hassanzadeh, a décrit comme un véhicule funéraire inspiré du « sanctuaire de l’imam Reza », avec un cercueil surélevé pour être « visible sous tous les angles » — une scénographie conçue pour la caméra, et non pour le recueillement. Le slogan officiel est « Il faut se lever » ; le symbole choisi, un poing levé. Le 1er juillet 2026, Al-Alam, la chaîne du régime en langue arabe, a qualifié l’événement de « moment décisif pour l’avenir de la République islamique » et a célébré Khamenei comme « un symbole d’indépendance et de souveraineté ». Le ton employé n’est pas celui de l’élégie, mais celui de la martialité.
C’est que ces funérailles ne sont pas, au sens propre, des funérailles. Il s’agit d’une démonstration de force désespérée s’adressant simultanément à trois publics : la population iranienne, qui s’est soulevée à plusieurs reprises contre la théocratie ; la Résistance, que le régime veut convaincre que le coût d’une confrontation reste prohibitif ; et la communauté internationale, que Téhéran espère voir confondre ce spectacle orchestré avec une légitimité authentique. L’objectif n’a jamais été d’honorer le défunt. Il s’agit de projeter l’image de sa propre survie.
La décision de transférer par avion la dépouille de Khamenei à Nadjaf et Kerbala est l’acte le plus révélateur de cette mise en scène. L’attaché culturel du régime en Irak a déclaré à l’agence de presse Fars, le 2 juillet 2026, que le corps ferait l’objet d’une « circumambulation autour des sanctuaires de l’imam Ali, de l’imam Hussein et de Hazrat Abbas ». Tabnak a rapporté que le gouvernement irakien avait formé un « comité funéraire suprême » répondant à la « demande insistante du peuple irakien, des élites, des tribus, du clergé et de diverses personnalités ».
La réalité est moins flatteuse. Khamenei ne s’est rendu en Irak qu’à deux reprises — à l’âge de sept ans puis de dix-huit ans — et n’y est jamais retourné. Sa prétention à une autorité religieuse transnationale a toujours été contestée dans les séminaires de Qom, où les érudits de haut rang ne le considéraient ni comme un *mujtahid* qualifié ni comme un ayatollah légitime avant que le régime ne le propulse du jour au lendemain au rang de Guide suprême en 1989 — un raccourci théologique dont l’architecte, Rafsanjani, fut par la suite écarté par Khamenei lui-même. Exposer sa dépouille à Nadjaf ne constitue pas un hommage rendu à un *marja’* vénéré. C’est une affirmation désespérée d’influence, destinée à un Premier ministre irakien qui s’est engagé à affronter les milices alignées sur l’Iran, celles-là mêmes qui rendent possibles de telles processions.
Reste une question à laquelle le régime ne peut répondre : Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême, assistera-t-il seulement aux funérailles de son père ? Ali-Akbar Pourjamshidian, secrétaire du comité funéraire, a déclaré aux journalistes le 30 juin que cette question « ne relevait ni de la compétence ni des informations du comité d’organisation ». Ahmad Alamolhoda, imam de la prière du vendredi à Machhad, a publiquement admis : « Nous n’avons aucune information sur le contenu du testament d’Ali Khamenei. » Le beau-frère de Khamenei est intervenu à la télévision pour supplier le public de « prier pour la seconde fille », la décrivant comme « une inconnue tombée dans le désert » — des termes suggérant des blessures que l’État refuse de nommer.
Mojtaba hérite d’un système qui vacille sous le poids des crises mêmes auxquelles son père n’a pu échapper : des forces supplétives démantelées, un levier nucléaire soumis à des négociations qu’il rejetait, et des commandants soupçonnés de déloyauté en raison du récent accord avec Washington. Le message écrit qu’il a consacré à cet accord — « J’avais, sur le principe, un avis différent » — constituait un aveu d’impuissance stupéfiant. Le représentant du CGRI s’est empressé de démentir toute fracture entre les commandants et le nouveau dirigeant, ce qui n’a fait que confirmer que Mojtaba ne porte que son nom de famille, et sa seule mission n’est pas de gouverner, mais d’éviter d’être renversé.
Les funérailles du siècle sont celles de quelque chose qui dépasse le cadre d’un seul homme. C’est l’enterrement de la prétention selon laquelle le régime iranien commande la foi de son peuple ou l’obéissance de ses propres institutions. Le poing levé sur les bannières n’est pas un signe de solidarité. Il est un signe de peur.

