
Le retour en force des sanctions de l’ONU a poussé Téhéran en mode gestion de crise. Les médias proches du régime minimisent tour à tour la mesure et mettent en garde contre des « conséquences pires que la guerre », tandis que l’État impose des contrôles de l’information et des restrictions financières en quelques heures. La dissonance est frappante : des déclarations publiques de calme côtoient des actions qui trahissent l’inquiétude.
Ce qui est revenu
Du soir du 27 au 28 septembre 2025, l’ONU a réactivé les résolutions 1696, 1737, 1747, 1803, 1835 et 1929. La couverture médiatique nationale concède que, juridiquement, l’Iran est à nouveau considéré comme une menace pour la paix et la sécurité internationales au titre de la Charte des Nations Unies.
Les responsables et les médias loyalistes tentent de minimiser le changement, le présentant comme une simple répétition de mesures « injustes ». Pourtant, cette même couverture énumère des effets politiques, militaires et économiques immédiats, contredisant ainsi la minimisation.
Ce récit divisé est important. Lorsque les autorités affirment que rien n’a changé tout en mettant en garde contre « pire que la guerre », elles révèlent non pas de la confiance, mais de l’inquiétude face à l’application de la loi et à l’isolement.
Stress économique
Fin septembre, l’inflation ponctuelle a atteint 45,3 %, son plus haut niveau en 28 mois. L’inflation des prix alimentaires a atteint 57,5 %, et le pain, l’aliment de base, a quasiment doublé en un an. L’inflation mensuelle a de nouveau légèrement progressé vers 4 %, signalant une pression accrue sur les budgets des ménages.
Les marchés des changes ont reflété cette tension. Sur le marché non officiel, le dollar américain a frôlé les 113 000 tomans samedi, les traders intégrant le risque juridique et les contraintes d’approvisionnement. Même les commentateurs proches du régime prédisent une nouvelle dépréciation en l’absence de changement de politique.
C’est là le véritable fondement de la rhétorique de la « fierté nationale ». Le programme est justifié par le prestige ; les familles sont confrontées à une baisse de leur pouvoir d’achat et à une flambée des prix alimentaires.
Contrôles d’urgence
Environ douze heures après la confirmation du retour à la normale, le procureur de Téhéran a averti les médias nationaux de ne pas perturber la « sécurité psychologique », menaçant de prendre des mesures les médias signalant des flambées de prix et des fluctuations monétaires. Le message était clair : il faut contrôler la situation autant que le marché.
Parallèlement, Tasnim, lié au CGRI, a amplifié le risque que Tether gèle les actifs liés à l’Iran, affirmant que des « milliers » d’adresses avaient déjà été bloquées. Qu’il soit nouveau ou recyclé, ce cadre encourage la fuite des couvertures informelles et freine la mobilité des capitaux.
La Banque centrale a ensuite plafonné les achats annuels de stablecoins indexés sur le dollar à 5 000 dollars par personne et le total des avoirs à 10 000 dollars, ordonnant la mise en conformité dans un délai d’un mois. Les responsables ont lié cette mesure à l’atténuation des conséquences du « snapback » – un autre aveu tacite de l’importance de l’architecture des sanctions.
Fractures et escalade
Le spectre médiatique est fragmenté. Des médias à tendance révisionniste comme Etemad et Jahan-e San’at mettent l’accent sur les risques juridiques et sécuritaires dans un contexte « post-snapback », avertissant que l’Iran apparaît désormais condamné – et non plus seulement accusé – au regard du droit international. D’autres, comme Setareh-e Sobh et Shargh, présentent l’épisode comme un projet de changement de régime israélo-occidental.
Des journaux extrémistes, menés par Kayhan et Javan, accusent Hassan Rohani, Mohammad Javad Zarif et Abbas Araghchi d’être responsables du « désastre du JCPOA », tout en relançant de vieilles déclarations selon lesquelles le retour en arrière « n’a pas existé ». Le ton est accusateur, et non stratégique ; il s’agit davantage de régler des comptes que de résoudre la crise.
Des mesures d’escalade ont rapidement émergé. Le député de Téhéran, Kamran Ghazanfari, a appelé au retrait du TNP et a ouvertement prôné l’armement nucléaire pour dissuader les États-Unis et Israël, tout en accusant le gouvernement actuel de « plaider » à des négociations. Le signal politique est sans ambiguïté : faire monter les enchères.
La ligne de Khamenei
Le guide suprême du régime, Ali Khamenei, a redoublé de défiance. Dans des propos enregistrés précédemment et publiés sur son site web officiel le 27 septembre, il a rejeté les exigences américaines de mettre fin à l’enrichissement, qualifiant cet « incendie d’une grande réussite » pour laquelle le pays a payé cher. Il a qualifié toute négociation menée sous pression d’intimidation qu’« aucun homme d’État avisé » n’accepterait.
Il a également requalifié le programme nucléaire en un bien national – médecine, agriculture, industrie – et a juré que l’Iran « n’a pas capitulé et ne capitulera pas ». Cette affirmation vise à transformer un handicap sécuritaire en symbole de souveraineté.
Mais la réalité est plus dure. Si le retour en arrière n’apportait vraiment rien de nouveau, les procureurs n’auraient pas besoin de menacer la presse, la banque centrale de plafonner les avoirs en cryptomonnaies, les députés d’appeler à la sortie du TNP, ni de journaux ultraconservateurs pour se renvoyer la balle au sujet du JCPOA. Parallèlement, les divisions entre factions se creusent, les manifestations demeurent un risque constant et l’Iran est une fois de plus condamné au titre du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Le régime ne projette pas sa puissance, mais jongle avec des crises simultanées : conflit interne, troubles sociaux, effondrement économique et isolement international croissant.

