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Le prix de l’apaisement : comment l’Occident a construit l’impunité du régime iranien

Le prix de l’apaisement : comment l’Occident a construit l’impunité du régime iranien

Le 24 juin 2026, le directeur des services de renseignement intérieur de l’Australie a révélé une réalité alarmante : le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) iranien avait utilisé des intermédiaires à l’étranger et des réseaux criminels pour orchestrer des incendies criminels contre des cibles civiles à Sydney et Melbourne. Cette révélation a mis en lumière les détails opérationnels qui ont conduit à la réponse diplomatique sans précédent de Canberra l’année précédente. En août 2025, l’Australie a expulsé l’ambassadeur du régime iranien — une première depuis la Seconde Guerre mondiale — et a engagé la procédure visant à inscrire le CGRI sur la liste des organisations terroristes.

La position résolue de Canberra contraste fortement avec des décennies de politique occidentale. La véritable question soulevée par l’extension des activités du CGRI jusqu’à l’Indo-Pacifique n’est pas de savoir pourquoi la République islamique s’est sentie suffisamment en confiance pour mener des opérations violentes sur le territoire de démocraties, mais ce qui l’a rendue aussi audacieuse. La réponse réside dans un schéma profondément enraciné de concessions occidentales qui a systématiquement appris à Téhéran que sa violence d’État ne subirait jamais de conséquences durables.

Quatre décennies de diplomatie des otages

Cette méthode n’est pas une dérive récente ; elle constitue l’un des piliers fondamentaux de la politique étrangère du régime depuis plus de quarante ans. Le régime a institutionnalisé la prise d’otages comme un instrument central de sa diplomatie, utilisant avec succès ce moyen pour contraindre les démocraties occidentales à contourner la justice internationale et à protéger ses agents contre toute responsabilité.

Les exemples récents en Europe illustrent à quel point cette stratégie continue de fonctionner. En 2018, les services de renseignement ont déjoué un attentat à la bombe visant un important rassemblement « Free Iran » près de Paris. Son organisateur, le diplomate iranien Assadollah Assadi, a été condamné par un tribunal belge à vingt ans de prison. Pourtant, cette victoire de l’État de droit fut de courte durée. Téhéran prit immédiatement en otage un travailleur humanitaire belge afin d’exercer une pression politique. Bruxelles céda finalement, adopta un traité spécifique d’échange de prisonniers et renvoya Assadi en Iran, où il fut accueilli en héros en mai 2024.

L’affaire Hamid Noury suivit exactement le même scénario. Arrêté en Suède en 2019 pour son rôle dans le massacre des prisonniers politiques de 1988, Noury fut condamné à la prison à perpétuité. Une fois encore, le principal État soutenant le terrorisme recourut à la prise d’otages. Une fois encore, une démocratie occidentale céda en échangeant un responsable condamné pour les exécutions contre ses propres ressortissants en juin 2024. Ces capitulations répétées ont envoyé un message sans équivoque : la responsabilité pénale est entièrement négociable, à condition que le régime capture suffisamment d’otages.

Faire taire l’opposition

Fort de ces succès, le régime a élargi ses exigences, passant de l’impunité judiciaire à la censure politique. Le 19 juin 2026, les autorités françaises ont interdit une manifestation démocratique de 100 000 personnes organisée à Paris par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI). Cette interdiction est intervenue quelques heures seulement après un entretien téléphonique de haut niveau entre les ministres français et iranien des Affaires étrangères. En outre, la décision rendue le 20 juin 2026 par le Tribunal administratif de Paris a confirmé l’interdiction de cette manifestation destinée à dénoncer l’intensification des exécutions en Iran. Toutefois, cette décision judiciaire indiquait clairement que le risque provenait du régime iranien ainsi que d’éléments monarchistes liés à Reza Pahlavi, notamment de groupes utilisant le nom, les symboles et l’héritage de la SAVAK, l’ancienne police politique du Shah.

La décision fait référence à des rapports et à des menaces transmis peu avant la manifestation, notamment des messages portant le symbole de la SAVAK et menaçant de « poser une bombe » si les autorités autorisaient le rassemblement. Elle indique également que le cortège prévu, en raison de la présence attendue de sympathisants de l’OMPI/MEK, était exposé à un risque majeur d’attaque provenant soit du régime iranien, soit de groupes monarchistes hostiles à l’OMPI. Le tribunal souligne également qu’une personnalité monarchiste active, Mohammad Sadeghi Ahangar, avait publiquement appelé ses partisans à « bloquer le passage » du cortège.

Ces éléments soulèvent une question fondamentale quant à la proportionnalité et à l’équité de la réponse des autorités. Si la menace provenait du régime iranien, de ses relais ou d’éléments monarchistes se réclamant de la SAVAK, la réponse appropriée aurait dû consister à enquêter, à poursuivre les responsables des menaces et à les empêcher d’agir. Au lieu de cela, ce sont les victimes de cette répression — des Iraniens venus manifester contre les exécutions, la torture et la violence d’État dans leur pays — qui ont été privées de leur droit démocratique de manifester. En pratique, cette interdiction a sanctionné les victimes de la répression transnationale plutôt que ceux qui l’exerçaient.

Un tournant stratégique

Pendant des années, les pays occidentaux ont agi en partant du principe que marginaliser ou restreindre la Résistance iranienne organisée — le mouvement que le régime considère comme sa principale menace intérieure — constituait une concession à faible coût permettant de préserver un équilibre régional fragile.

Cette hypothèse est aujourd’hui de plus en plus contredite par les réalités géopolitiques. Céder à des pressions asymétriques n’a pas conduit à un régime plus modéré. Au contraire, les conséquences de la stratégie régionale impunie de Téhéran se font désormais directement sentir dans les sociétés occidentales : multiplication des alertes sécuritaires sur le territoire national, augmentation des coûts du commerce international et affaiblissement progressif des institutions démocratiques sous l’effet des nouvelles dynamiques géopolitiques.

La Résistance iranienne organisée n’est pas un problème pour l’Occident ; elle constitue la principale vulnérabilité du régime. C’est précisément pourquoi Téhéran investit autant d’efforts pour convaincre les capitales occidentales de la réduire au silence. Les mesures décisives prises par l’Australie représentent un important désaveu de cette logique de complaisance systématique. Mais le danger de la poursuite de la politique d’apaisement dépasse largement les incendies criminels. Si cette stratégie demeure sans réponse, un régime enhardi pourrait bientôt être en mesure d’orchestrer des atrocités internationales d’une ampleur bien supérieure aux précédentes opérations terroristes transnationales, bouleversant l’ordre international contemporain et provoquant des souffrances d’une telle ampleur que l’Occident réaliserait, trop tard, que renoncer à ses principes fondamentaux n’achète pas la paix, mais ne fait qu’alourdir le prix ultime de l’impunité.