
Dans une démarche chargée de symbolisme politique et d’ambiguïté calculée, le Guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, a réintégré Ali Larijani, un ancien membre du régime, au poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN). Cette décision intervient dans un contexte de discorde interne croissante, d’isolement international et de menace imminente de nouvelles sanctions des Nations Unies.
Larijani, qui occupait ce poste entre 2005 et 2007, remplace Ali Akbar Ahmadian, figure du CGRI, à un moment où le régime traverse sa crise de légitimité la plus aiguë depuis des décennies. Son retour à ce poste est largement interprété comme une tentative de Khamenei de réajuster la posture du régime sans faire de concessions substantielles, notamment sur le dossier nucléaire.
Cette nomination fait suite à l’attaque israélienne de juin contre une réunion de haut niveau du SNSC, qui aurait visé de hauts responsables de la sécurité iranienne. Si le régime a minimisé l’incident, ce remaniement témoigne d’une réponse stratégique. L’ancien ministre du Renseignement, Mahmoud Alavi, a qualifié ce changement de « significatif et productif », le liant explicitement aux conséquences des frappes israéliennes. Pourtant, le contexte plus profond souligne le désespoir de Téhéran à préserver sa cohésion interne et à détourner les pressions extérieures.
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Messages sans action
Le retour de Larijani aux échelons supérieurs de la sécurité nationale vise à projeter un message de modération et de pragmatisme auprès des publics internes et externes. Ancien président du Parlement et ancien négociateur nucléaire, il est perçu comme une figure plus diplomate que des figures extrémistes comme son prédécesseur ou Saïd Jalili, qui continue de siéger au Conseil de sécurité nationale (CSNS) en tant qu’autre représentant de Khamenei.
Cette décision intervient au moment même où les pays du Groupe des Trois Étoiles (Allemagne, France et Royaume-Uni) envisagent l’activation du mécanisme de retour à la normale prévu par la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui rétablirait les sanctions levées en vertu de l’accord nucléaire de 2015. La nomination de Larijani semble coïncider avec le déclenchement, au moins superficiellement, d’une volonté de dialogue – une initiative susceptible d’être interprétée par certains responsables occidentaux comme une ouverture à un engagement renouvelé avec Téhéran.
Mais le régime n’a montré aucune intention de réduire l’enrichissement d’uranium ni de freiner son programme de missiles balistiques. Ces dernières semaines, de hauts responsables iraniens ont ouvertement déclaré n’avoir aucune intention de coopérer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique ni de faire la moindre concession. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a qualifié les échanges actuels avec Téhéran de « discussions sur la possibilité même de dialoguer ».
Luttes intestines au sein du régime
Cette nomination a ravivé de vives rivalités au sein du régime. Saeed Jalili, rival intransigeant de Larijani, a émis une réprimande voilée, comparant les appels renouvelés à la diplomatie à un « culte du veau d’or » – une référence au récit biblique des Israélites se tournant vers un veau d’or pendant que Moïse était sur le mont Sinaï. Dans l’analogie de Jalili, l’absence actuelle de Khamenei de la scène publique, due à des craintes sécuritaires, fait écho au départ temporaire de Moïse, et les échanges avec l’Occident pendant cette période sont présentés comme une trahison des principes révolutionnaires. Ses alliés ont amplifié ce discours, accusant le nouveau gouvernement du président Massoud Pezeshkian de permettre une « présidence fantôme » dirigée par Larijani.
Larijani’s Trip Signals #Iran Regime’s Desperation to Maintain Control in #Lebanon and Syriahttps://t.co/A9pti7HAN8
— NCRI-FAC (@iran_policy) 21 novembre 2024
Ce tollé illustre l’instabilité au sein de l’élite dirigeante iranienne. L’ancien chef de la sécurité parlementaire, Heshmatollah Falahatpisheh, a averti que cette nomination envoyait un signal mitigé à l’étranger et révélait un vide stratégique en Iran. Fazel Meybodi a rejeté toute idée de réforme, déclarant : « Changer le secrétaire du SNSC ne constitue pas un changement de cap.»
Même des membres de la famille de hauts responsables ont donné leur avis. Le fils de Pezeshkian a critiqué la rhétorique de la faction rivale, rejetant toute comparaison entre diplomatie et idolâtrie, et a rappelé que toutes les décisions sont finalement approuvées par le Guide suprême.
Incohérence stratégique
Le bilan d’Ali Larijani laisse peu d’espoir quant à un véritable changement. Lors de son précédent mandat au SNSC, son approche des négociations nucléaires était conflictuelle, ce qui a contribué au renvoi de l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Bien que perçu comme un « modéré » dans certains cercles prônant la politique d’apaisement avec Téhéran, Larijani a toujours défendu les principes fondamentaux du régime en matière de sécurité, notamment la répression sur son territoire et le militantisme à l’étranger.
Son récent voyage secret à Moscou, où il a rencontré le président Vladimir Poutine, a été interprété comme un prélude à son retour politique. Les médias du régime l’ont décrit comme un « envoyé spécial » porteur de la vision stratégique de Téhéran pour la région. Si les détails restent flous, cette visite souligne son alignement sur l’orientation orientale du régime et sa méfiance envers la diplomatie occidentale.
Parallèlement, malgré les dégâts considérables infligés par les frappes américaines sur Fordow, Natanz et Ispahan en juin 2025, les responsables iraniens se sont engagés à reconstruire les installations détruites et à reprendre leurs activités. L’AIEA a fait état de restrictions d’accès persistantes pour ses inspecteurs et d’une absence de coopération concrète de la part de Téhéran.
La réintégration d’Ali Larijani n’est pas une question de modération, mais fondamentalement une question de gestion de l’image de survie du régime. Alors que Khamenei tente de stabiliser son régime dans un contexte de pressions politiques, sociales et stratégiques sans précédent, ce geste vise davantage à retarder le consensus international sur le renouvellement des sanctions qu’à lancer des réformes significatives.
Loin d’indiquer une nouvelle direction, cette nomination révèle un régime en difficulté qui remanie des figures familières pour tenter de masquer la stagnation sous une forme de flexibilité. Les dirigeants religieux espèrent que des gestes symboliques suffiront à détourner les capitales occidentales de toute responsabilité. Mais sans changements politiques concrets, de telles mesures ne parviendront probablement pas à empêcher un isolement international accru ni à apaiser les troubles qui couvent en Iran.

