samedi, janvier 31, 2026
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Khamenei affirme que l’Occident craint l’« ordre islamique » iranien

Khamenei affirme que l'Occident craint l'« ordre islamique » iranien
Ali Khamenei prononce un discours à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Ebrahim Raïssi

Ali Khamenei, le guide suprême de la dictature cléricale iranienne, a une nouvelle fois tenté de détourner le débat du nucléaire iranien sur la question de l’idéologie et a déclaré à sa base électorale démoralisée que les dirigeants occidentaux étaient furieux non pas à cause du dossier nucléaire, mais à cause du projet de Téhéran d’instaurer un nouvel ordre « islamique » à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Dans un message publié sur le site web de Khamenei à l’occasion de ce qui a été présenté comme la 59e réunion annuelle de l’Union des associations islamiques d’étudiants en Europe, Khamenei a écrit : « Il ne s’agit pas de la question nucléaire et de choses de ce genre. » Il a affirmé que le conflit vise plutôt à « s’opposer à l’ordre injuste et au système de domination coercitif du monde actuel, et à se tourner vers un système islamique national et international juste ». Cette formulation présente les sanctions, l’isolement et les pressions comme le prix d’une mission historique plutôt que comme la conséquence de choix ayant imposé un lourd fardeau aux citoyens.

 

Ce message de victoire absurde de Khamenei est intervenu dans le contexte de la guerre des douze jours, un épisode très coûteux pour le régime, marqué notamment par la perte de hauts commandants et de graves dommages aux infrastructures nucléaires, militaires et de sécurité. Le guide suprême du régime n’a pas abordé directement ces vulnérabilités. Au lieu de cela, il a tenté de réécrire l’histoire : si le conflit ne concerne « pas » le dossier nucléaire, alors les revers nucléaires et les pertes sur le champ de bataille peuvent être présentés comme des épreuves spirituelles. S’il s’agit d’« ordre mondial », alors la persévérance devient la définition même du succès.

Ce changement de perspective révèle le message que Khamenei semble vouloir véhiculer : non seulement le risque de nouvelles frappes étrangères, mais aussi la menace plus profonde d’une rupture interne et d’un soulèvement national. Sa promesse finale – « la victoire totale vous attend, si Dieu le veut » – sonne comme une tentative de rassurer une base loyaliste de plus en plus désabusée, témoin de l’assassinat de hauts responsables, de la destruction des infrastructures essentielles et de l’exacerbation de la colère populaire dans un contexte de crise économique croissante. Dans ce récit, la victoire ne se prouve pas par les résultats ; elle est affirmée pour empêcher le doute de se propager au sein même de l’appareil du régime.

Khamenei a donc choisi son public en conséquence. « Vous, étudiants, et en particulier ceux qui sont à l’étranger, avez une part à cette grande responsabilité », a-t-il écrit, les exhortant à identifier leurs « capacités » et à orienter leurs associations vers le projet du régime. Concrètement, ce message assigne une mission de communication : défendre le discours de la dictature cléricale au sein des sociétés occidentales et contrer l’image d’un Téhéran affaibli, isolé et dépendant de la répression. Il reconnaît également implicitement que le régime considère le contrôle du récit comme stratégique, surtout lorsque la faiblesse matérielle est plus difficile à dissimuler.

Son insistance à affirmer que le différend n’est « pas » nucléaire contraste fortement avec les récentes déclarations du régime quant aux raisons des attaques dont il a été la cible. Le régime a accusé à plusieurs reprises l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) d’avoir contribué aux attaques contre ses sites nucléaires. Il souligne également que le Conseil des gouverneurs de l’AIEA a adopté, le 12 juin, une résolution critiquant l’accumulation d’uranium hautement enrichi par Téhéran et les restrictions d’accès imposées aux inspecteurs, et appelant le régime à reprendre sa coopération. Ces différends relatifs au respect des normes nucléaires – au cœur du dossier international contre Téhéran – étaient précisément ceux que Khamenei a balayés d’un revers de main.

Le message de Khamenei est intervenu dans un contexte de condamnations internationales et de confirmation que les réseaux régionaux de Téhéran alimentent l’instabilité, tandis que les agences internationales et les médias continuent d’alerter sur le rôle prépondérant des mandataires du régime dans la volatilité du Moyen-Orient.

Dans son ensemble, le message de Khamenei s’apparente à une opération morale : insister sur le fait que le régime progresse et n’est pas acculé ; considérer les pertes comme un « martyre » et non une défaite ; et définir la foi comme le champ de bataille décisif. La logique politique sous-jacente est de réprimer le doute, et surtout le doute au sein même de l’Iran quant à la capacité de la dictature cléricale à supporter le poids des revers militaires, la vulnérabilité nucléaire, les tensions économiques liées à la crise et une société dont la colère est de plus en plus difficile à faire taire par l’intimidation.