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Le régime iranien adopte un discours ferme car il est plus faible qu’il n’y paraît

Le régime iranien adopte un discours ferme car il est plus faible qu'il n'y paraît
Le 21 septembre 2024, le régime iranien a présenté 21 missiles balistiques près du mausolée de Khomeiny, une démonstration de force destinée à affirmer sa puissance dans un contexte de tensions croissantes.

Les responsables iraniens et les médias d’État martèlent un message familier : « Le programme balistique iranien est non négociable, le niveau de préparation militaire est élevé et les instances de contrôle internationales agissent de manière politique. » Ce schéma – langage agressif, couverture médiatique excessive des activités balistiques et réponses conflictuelles à l’AIEA et aux mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies – révèle un régime déterminé à projeter une image de force auprès de ses adversaires extérieurs et d’une population intérieure fragilisée.

Une doctrine balistique « non négociable »

Lors de son point de presse hebdomadaire du lundi 22 décembre 2025, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a rejeté toute négociation concernant le programme balistique du régime, le présentant comme un outil de protection de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, et donc non négociable.

Parallèlement, M. Baghaei a qualifié de politiquement motivée l’attention portée par l’Occident aux capacités militaires du régime et a soutenu que la posture de défense de l’Iran était de nature dissuasive et non un sujet de compromis diplomatiques.

Quelques heures après les déclarations de M. Baghaei, une vague d’informations concernant des activités balistiques présumées s’est propagée dans les médias iraniens.

Le 22 décembre, l’agence de presse Fars, affiliée aux Gardiens de la révolution iraniens, a rapporté que des « observations de terrain et des témoignages » suggéraient des essais de missiles dans plusieurs régions du pays, notamment à Khorramabad, Mahabad, Ispahan, Téhéran et Mashhad.

Plus tard dans la même journée, l’agence de presse Mehr a rapporté que l’IRIB (chaîne de télévision d’État), citant des « sources bien informées », a rejeté la version des faits concernant des essais de missiles, affirmant qu’aucun essai n’avait été mené et que les traînées blanches dans le ciel étaient dues à un avion volant à haute altitude et non à des tirs de missiles.

Cette divergence suggère une stratégie calculée : les mollahs de Téhéran recherchent l’effet dissuasif et psychologique d’une démonstration de force, tout en préservant la possibilité de nier toute implication afin d’éviter les conséquences régionales et internationales d’une escalade ouverte.

Défi envers l’ONU

Parallèlement, des responsables iraniens ont évoqué des « contacts » en cours avec l’AIEA, tout en rejetant ce que le régime qualifie de « pressions politiques » exercées sur son programme.

Le 24 décembre, le régime au pouvoir a opéré un nouveau virage obstructionniste : le chef du programme nucléaire, Mohammad Eslami, a déclaré que Téhéran bloquerait les demandes d’inspection des sites nucléaires touchés lors des récentes attaques, se retranchant derrière un prétexte procédural : « il n’existe aucune réglementation établie » pour les inspections post-frappe. Le même jour, Eslami a durci le ton, qualifiant les demandes d’inspection de tentative de « parachever les opérations de l’ennemi » – une affirmation qui révèle clairement la stratégie du régime : diaboliser le contrôle et bloquer toute vérification, plutôt que de permettre un examen indépendant.

Suite à l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la résolution A/C.3/80/L.30 de la Troisième Commission le 18 décembre, l’agence IRNA a cité Gholamhossein Darzi, ambassadeur du régime et chef adjoint de sa mission auprès de l’ONU, qui a dénoncé le texte comme « sans fondement », « inutile » et politiquement motivé, déplorant que les résolutions « par pays » soient intrinsèquement conflictuelles et compromettent un véritable dialogue. Autrement dit, plutôt que de s’attaquer au fond des allégations de violations des droits humains, le clergé a préféré recourir à des attaques procédurales et à une propagande instrumentalisant le dépouillement des votes afin de délégitimer tout contrôle.

En fin de compte, cette rhétorique belliqueuse relève moins de la confiance que de la manipulation : elle est conçue pour masquer les revers stratégiques, persuader les adversaires étrangers que Téhéran demeure une puissance redoutable et empêcher une base de soutien de plus en plus réduite et démoralisée de conclure que le régime perd le contrôle. En ce sens, l’escalade verbale et la mise en scène des signaux ne visent pas à changer la réalité sur le terrain, mais à gérer les perceptions, tant au niveau national qu’international.