
Le régime clérical iranien est de plus en plus fragilisé. Des autorités haut placées à Téhéran avertissent que le pays est entré dans sa période la plus périlleuse depuis des décennies, tandis que le gouvernement de Massoud Pezeshkian doit faire face à une procédure de destitution de plus en plus pressante, à une pression accrue sur la banque centrale et à une cascade de crises sociales et environnementales que les responsables reconnaissent de plus en plus ne pas pouvoir maîtriser.
L’ancien vice-président Eshaq Jahangiri, longtemps membre de la haute direction de la dictature cléricale, a livré l’une des analyses officielles les plus directes de mémoire récente. S’exprimant le 25 décembre 2025, il a déclaré que la situation du pays était « critique » et « au cours des vingt dernières années au moins… plus critique et plus difficile que jamais », arguant que le danger actuel résidait dans l’accumulation « multidimensionnelle » de crises non résolues, devenues « plus vastes, plus importantes et plus complexes ».
Cet avertissement intervient alors que le Parlement intensifie sa campagne de pression contre le gouvernement de Pezeshkian. Ahmad Naderi, membre du bureau du Parlement, a affirmé que des procédures de destitution avaient été engagées contre au moins sept ministres – Travail, Pétrole, Routes et Développement urbain, Énergie, Culture et Orientation islamique, Sports et Agriculture – le bureau devant statuer rapidement sur les dossiers en cours. Dans le même temps, Naderi a déclaré que le nombre de ministres « visés par une procédure de destitution » était passé à neuf, et que des mesures supplémentaires seraient préparées contre les ministres de l’Industrie et des Sciences.
La procédure de destitution se déroule sur fond de signes d’instabilité au cœur même de la gestion économique iranienne. Selon un article citant l’agence Fars News, le gouvernement examine la possibilité de remplacer le gouverneur de la banque centrale, Mohammad Reza Farzin, et cinq candidats auraient été proposés à Pezeshkian comme alternatives. Si l’article présente ces discussions comme une réponse aux pressions économiques de l’opinion publique, il souligne l’ampleur de la crise monétaire, devenue un indicateur de plus en plus crucial de la stabilité de l’État.
Même les commentateurs pro-gouvernementaux font état d’une lassitude et d’une paralysie au sommet de l’État. Le quotidien Ham-Mihan, proche du pouvoir, a écrit que Pezeshkian souffrait d’« épuisement professionnel » et entrevoyait peu d’espoir de sortir de la crise actuelle, ajoutant, sans ambages, qu’« avec ou sans gouvernement, cela ne change pas grand-chose ». Qu’un président en exercice soit décrit ainsi dans les médias nationaux témoigne de la façon dont le dysfonctionnement politique est désormais ouvertement débattu.
Les indicateurs financiers ont accentué ce climat d’urgence. Le dollar a franchi la barre des 139 000 tomans sur le marché libre de Téhéran, ce qui reflète à la fois une inflation galopante et la ruée des ménages vers les valeurs refuges. Le même organe de presse a noté que la dictature cléricale réagit généralement aux fortes appréciations de sa monnaie par des mesures de sécurité et des intimidations visant à ramener le marché dans son droit chemin – une approche qui souligne autant sa vulnérabilité politique que sa faiblesse économique.
Au sein même de l’État, les parlementaires débattent désormais ouvertement de la destination des importantes recettes d’exportation. Une lettre publiée par Tasnim indique que 165 députés ont averti les chefs des trois pouvoirs que la politique de change aggrave l’inflation et affaiblit la monnaie nationale. Les parlementaires ont également pointé du doigt ce qu’ils ont qualifié de grave incapacité à rapatrier les recettes d’exportation vers le système officiel – un problème corroboré par d’autres informations qui font état de 117 milliards de dollars de devises d’exportation non rapatriées depuis 2018.
Pour les ménages ordinaires, ces indicateurs macroéconomiques se traduisent par une érosion quotidienne du niveau de vie. Un exemple frappant de la situation nationale : l’agence de presse officielle ILNA décrit une réalité où « les salaires journaliers sont tombés sous la barre du dollar », tandis que des produits de base comme le riz deviennent de plus en plus inaccessibles aux familles au salaire minimum en raison de la flambée des prix. Il en résulte un fossé grandissant entre les assurances officielles et la réalité vécue – un problème de communication que la dictature cléricale a historiquement tenté de gérer par la censure et le contrôle du discours plutôt que par des réformes.
Ce même schéma se manifeste dans les problèmes environnementaux et de santé publique qui ressurgissent régulièrement sous forme de crises nationales. Dans la province de Téhéran, les services de surveillance officiels ont alerté à plusieurs reprises sur la dangerosité de la pollution atmosphérique, notamment dans la zone industrielle.

