
Les autorités iraniennes ont profité de la journée du 18 septembre pour faire une démonstration de force avec grand bruit. Les médias d’État ont présenté la mobilisation du Basij « Jan-Fada-ye Iran » (Dévoués à l’Iran) à Téhéran comme une preuve de cohésion nationale ; des bataillons de combat ont défilé de la place Imam Hussein vers la place Enghelab, tandis que des drones iraniens et d’autres équipements militaires étaient exposés. L’agence Tasnim a fait état d’activités similaires ailleurs dans le pays. Les médias officiels ont avancé des chiffres de participation très élevés, mais ces affirmations ne peuvent être vérifiées de manière indépendante.
Cette démonstration a eu lieu quelques heures seulement après un affrontement armé meurtrier à Zahedan. Selon le récit de Tasnim concernant l’incident de Zahedan, des agents du renseignement du CGRI (Corps des gardiens de la révolution islamique) patrouillant dans la rue de l’Université ont été intrigués par un véhicule et ont essuyé des tirs alors qu’ils s’en approchaient. L’agence a affirmé que deux hommes armés avaient été tués et qu’un troisième avait été blessé puis arrêté. Par ailleurs, l’agence Borna a rapporté qu’un policier avait été tué lors d’une attaque contre un point de contrôle dans le même secteur.
Des vidéos et des informations en provenance de Zahedan ont fait état de tirs nourris aux abords des rues de l’Université et Daneshjou, ainsi que du déploiement de forces de sécurité et de la mise en place de points de contrôle dans les rues adjacentes. Des images montraient un véhicule endommagé par des balles. Des publications sur les réseaux sociaux ont également signalé que des membres supplémentaires des forces de sécurité, un homme armé et deux passantes avaient été blessés, bien que ces victimes n’aient pas été confirmées de source indépendante.
Le régime clérical iranien s’apprête à déployer massivement dans les rues 313 000 membres de forces organisées par le régime, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de 2022.
Nouvelle démonstration de force du régime à Téhéran qui reconnait que le danger vient de l’intérieur https://t.co/InNsTjVyEn pic.twitter.com/G2K78J2Gk2
— CNRI-France (@CNRIFrance) September 18, 2026
Une démonstration de force qui masque des tensions sous-jacentes
Le spectacle de Téhéran ne s’est pas limité à une seule journée. Le 16 septembre, l’agence SNN (gérée par le CGRI) a annoncé la tenue d’un exercice distinct baptisé « Jan-Fada » dans toute la province de Téhéran, revendiquant la participation de 110 000 personnes à des entraînements militaires suivis de rassemblements nocturnes. Le calendrier de l’événement coïncidait avec le quatrième anniversaire de la mort en détention de Mahsa Amini, qui avait déclenché le soulèvement de 2022. Si la présentation officielle mettait l’accent sur l’unité et l’état de préparation, la date choisie a inévitablement confronté ce message au souvenir des troubles qui avaient secoué le pays.
Le discours même du gouvernement témoigne de pressions dépassant le simple maintien de l’ordre public. Dans des propos diffusés par la télévision d’État le 15 septembre, le président du régime, Masoud Pezeshkian, a déclaré : « Ils mettent tout en œuvre pour nous contraindre à capituler. » Il a affirmé que les sanctions actuelles différaient des mesures précédentes et s’intensifiaient « de jour en jour », tout en dénonçant des forces internes cherchant à attiser les divisions. Il a soutenu que seule la coopération et la solidarité permettraient de surmonter cette situation.
Ce ton défensif a également marqué l’appareil de radiodiffusion d’État. Le 15 septembre, le directeur de l’IRIB, Peyman Jebelli, a déclaré que quiconque s’attendait à voir le diffuseur reculer après avoir affirmé son « identité irano-islamique » faisait « fausse route ». Il a assuré que la télévision d’État avait trouvé sa voie et comptait la poursuivre. Ses propos ont mis en lumière une autre source de friction politique : les débats concernant la ligne éditoriale, l’identité et l’orientation de l’une des institutions les plus importantes du régime.
Les violences policières : un nouveau foyer de tension
Une vidéo tournée à Tabriz, montrant plusieurs policiers en train de frapper et d’humilier publiquement un adolescent, a suscité une indignation généralisée après avoir circulé sur les réseaux sociaux iraniens. Les images, enregistrées lors d’un incident survenu — selon les autorités — le 4 juin, montraient l’adolescent subir un traitement dégradant sous l’œil d’une personne qui filmait la scène. Le 17 septembre, l’agence de presse officielle IRNA a annoncé que des sanctions disciplinaires avaient été prises à l’encontre des agents impliqués, alors que les autorités faisaient face à une indignation croissante suscitée par ces images.
Les autorités judiciaires ont par la suite indiqué que les agents avaient été placés en détention, qu’une procédure pénale avait été ouverte et que des excuses avaient été présentées à la victime. L’Organisation judiciaire des forces armées a promis d’agir « sans la moindre clémence ». Cette réaction officielle rapide, incluant le fait de qualifier à plusieurs reprises les agents de « délinquants », reflétait la sensibilité de l’affaire à un moment où les images de brutalités policières risquaient d’alimenter un mécontentement plus large à l’égard de l’appareil sécuritaire.
Cet épisode a ajouté une nouvelle dimension aux tensions entourant la démonstration de force du régime. Alors que les unités liées aux Bassidjis et au CGRI affichaient leur état de préparation, les autorités devaient également faire face à des violences meurtrières au Sistan-et-Baloutchistan, à l’indignation publique suscitée par les violences policières à Tabriz, à des luttes intestines croissantes reconnues par Pezeshkian, à des mises en garde contre les divisions internes et à l’héritage toujours vivace du soulèvement de 2022. Si la mobilisation donnait une image de cohésion, les événements environnants révélaient les tensions sous-jacentes à cette mise en scène.

