Léquipe de Bush dévoile un plan pour encourager une réforme menée par les Iraniens. Celui-ci peut-il vraiment mener à un « changement de régime » ?
De Howard LaFranchi, rédacteur au Christian Science Monitor
The Christian Sciences Monitor WASHINGTON 17 février Avec le mouvement de solidarité de la Pologne des années 1980 pour modèle, ladministration Bush veut renforcer son soutien aux groupes dopposition à lintérieur de lIran afin de contrer les actions du gouvernement de Téhéran.
Objectif implicite : un changement de régime de lintérieur
Un consensus émergeant à Washington juge que, la diplomatie nétant pas parvenue jusquà maintenant à stopper les ambitions nucléaires de lIran et une action militaire demeurant extrêmement problématique, loption qui reste est une révolution pro démocratique.
Mais même si les États-Unis recommandent à dautres pays du Moyen Orient, ou ceux ayant des liens étroits avec lIran, de se joindre à eux pour faire pression en faveur dun changement politique en Iran, des questions se posent quant à lefficacité des plans de changement interne et au degré du soutien populaire à lintérieur de lIran pour les groupes dopposition. Il y a également le risque que ce plan ait leffet inverse que prévu.
« Il ny a aucun doute sur le fait que lIran a une société civile très dynamique et une population jeune croissante et active. Mais la manière de convertir cette force en un changement politique et de savoir si les États-Unis peuvent être le conducteur externe de ce changement sont encore de gros obstacles à franchir », a déclaré Bahman Baktiari, spécialiste de la politique du Moyen Orient à lUniversité du Maine.
Le problème initial, selon M. Baktiari, est quen raison du mépris répandu des Iraniens envers les politiques américaines, dont celles vis-à-vis de lIrak, « tout groupe associé aux États-Unis perd sa crédibilité ».
Il a de plus ajouté que la comparaison avec la Pologne est erronée car le régime iranien nest pas aussi faible que létait la dictature polonaise au moment où un mouvement de solidarité soutenue par lextérieur la défiée.
La secrétaire dÉtat Condoleezza Rice a déclaré cette semaine au Congrès que ladministration avait besoin de 75 millions de dollars du budget durgence pour commencer immédiatement à renforcer le soutien aux forces pro démocratiques à lintérieur de lIran. Actuellement, 10 millions de dollars sont consacrés à cette initiative et une petite partie de cette somme dargent a été dépensée.
La position de ladministration, selon les hauts responsables du département dÉtat, est que le temps est venu pour une telle action et pour persuader les autres pays de suivre. Téhéran est désormais généralement considéré comme ayant franchi « la ligne rouge », comme la dit Rice, avec son redémarrage de lenrichissement du combustible nucléaire cette semaine et avec les déclarations provocatrices répétées du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.
Largent servira à développer des émissions en langue farsi en Iran, à soutenir les groupes dopposition et à encourager les échanges entre les étudiants. Rice, en visite la semaine prochaine dans différents pays, va tenter de se rallier le soutien de lÉgypte, de lArabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis. Dautres hauts responsables vont plaider cette cause auprès des alliés occidentaux, considérés comme prêts à défier Téhéran qui a repoussé les efforts diplomatiques de la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne dont lobjectif était de négocier un accord concernant les ambitions nucléaires de lIran.
Le risque que le plan ait leffet inverse que prévu
Mais limpact dune telle campagne reste encore lointain, selon les experts. Ils mettent en garde également contre la possibilité quune pression extérieure pour un changement renforce en fait le régime. Les efforts des Américains pour construire une opposition interne au président du Vénézuela Hugo Chávez, par exemple, passent généralement pour avoir solidifié le soutien au leader populiste en lui permettant dattaquer ses opposants en tant que laquais des USA.
« Si ladministration a lintention daccorder de largent aux groupes dopposition de façon publique, cela ne fera que renforcer le guide suprême de lIran [layatollah Ali Khamenei] et le président quil a choisi, M. Ahmadinejad », selon Raymond Tanter, ancien spécialiste du Conseil de sécurité nationale pour le Moyen Orient pendant le mandat de George H.W. Bush. « Ils seront associés complètement » aux États-Unis.
Montée des Moudjahidine du peuple d’Iran ?
Les États-Unis pourraient être forcés de considérer une fois encore, dit-il, le cas des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), groupe dopposition de longue date au régime qui parait aussi sur la liste des organisations terroristes du département dÉtat. « Les autres groupes dopposition nexistent pas vraiment », a affirmé M. Tanter, qui a passé quatre mois à étudier lopposition en Iran avant daboutir à cette conclusion. « Si nous sommes sérieux lorsque lon dit quon veut travailler aux côtés des groupes de lintérieur du pays, ce sera avec lOMPI, car il ny a aucune autre force dopposition dont le régime ait peur ».
Le mois dernier, Rice a répété publiquement la décision américaine de ne pas travailler avec lOMPI. Le groupe est accusé dactes terroristes, dont le meurtre de citoyens américains en Iran dans les années 1970. Mais plusieurs membres du Congrès font pression pour retirer lOMPI de la liste du terrorisme, et Tanter voit « une possibilité » au sein de ladministration pour rétablir la reconnaissance de ce groupe.
Le Conseil pour un changement démocratique en Iran, basé à Washington, se réjouit de ces signes de soutien externe pour lopposition iranienne, selon son porte-parole Mehdi Marand. Mais lapproche de ladministration Bush nest pas la plus productive, a-t-il ajouté.
« Le problème à lheure actuelle nest pas dordre financier mais dordre politique », a-t-il dit. « Si les États-Unis veulent vraiment aider les forces démocratique en Iran, le seul moyen de le faire est de retirer les restrictions imposées à lopposition. »
Certains au Congrès sont prêts à retirer lOMPI de la liste du terrorisme car ils le considèrent comme la seule option pour un changement venant de lIran, a déclaré M. Marand.
Dautres disent quune association avec lOMPI ne serait pas sage. LOMPI a perdu sa crédibilité et son soutien parmi les Iraniens après avoir trouvé refuge auprès de Saddam Hussein, selon Baktiari. « Soutenir un groupe discrédité serait comme si les USA cherchaient à profiter de la destinée dAhmad Chalabi en Irak. La plupart des gens pensent maintenant que cest un désastre ».

