vendredi, décembre 2, 2022
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Tentative de fomentation de la démocratie en Iran

Tentative de fomentation de la démocratie en IranL’équipe de Bush dévoile un plan pour encourager une réforme menée par les Iraniens. Celui-ci peut-il vraiment mener à un « changement de régime » ?

De Howard LaFranchi, rédacteur au Christian Science Monitor

The Christian Sciences Monitor – WASHINGTON 17 février – Avec le mouvement de solidarité de la Pologne des années 1980 pour modèle, l’administration Bush veut renforcer son soutien aux groupes d’opposition à l’intérieur de l’Iran afin de contrer les actions du gouvernement de Téhéran.

Objectif implicite : un changement de régime de l’intérieur

Un consensus émergeant à Washington juge que, la diplomatie  n’étant pas parvenue jusqu’à maintenant à stopper les ambitions nucléaires de l’Iran et une action militaire demeurant extrêmement problématique, l’option qui reste est une révolution pro démocratique.

Mais même si les États-Unis recommandent à d’autres pays du Moyen Orient, ou ceux ayant des liens étroits avec l’Iran, de se joindre à eux pour faire pression en faveur d’un changement politique en Iran, des questions se posent quant à l’efficacité des plans de changement interne et au degré du soutien populaire à l’intérieur de l’Iran pour les groupes d’opposition. Il y a également le risque que ce plan ait l’effet inverse que prévu.

« Il n’y a aucun doute sur le fait que l’Iran a une société civile très dynamique et une population jeune croissante et active. Mais la manière de convertir cette force en un changement politique et de savoir si les États-Unis peuvent être le conducteur externe de ce changement sont encore de gros obstacles à franchir », a déclaré Bahman Baktiari, spécialiste de la politique du Moyen Orient à l’Université du Maine.

Le problème initial, selon M. Baktiari, est qu’en raison du mépris répandu des Iraniens envers les politiques américaines, dont celles vis-à-vis de l’Irak, « tout groupe associé aux États-Unis perd sa crédibilité ».

Il a de plus ajouté que la comparaison avec la Pologne est erronée car le régime iranien n’est pas aussi faible que l’était la dictature polonaise au moment où un mouvement de solidarité soutenue par l’extérieur l’a défiée.

La secrétaire d’État Condoleezza Rice a déclaré cette semaine au Congrès que l’administration avait besoin de 75 millions de dollars du budget d’urgence pour commencer immédiatement à renforcer le soutien aux forces pro démocratiques à l’intérieur de l’Iran. Actuellement, 10 millions de dollars sont consacrés à cette initiative et une petite partie de cette somme d’argent a été dépensée.

La position de l’administration, selon les hauts responsables du département d’État, est que le temps est venu pour une telle action et pour persuader les autres pays de suivre. Téhéran est désormais généralement considéré comme ayant franchi « la ligne rouge », comme l’a dit Rice, avec son redémarrage de l’enrichissement du combustible nucléaire cette semaine et avec les déclarations provocatrices répétées du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

L’argent servira à développer des émissions en langue farsi en Iran, à soutenir les groupes d’opposition et à encourager les échanges entre les étudiants. Rice, en visite la semaine prochaine dans différents pays, va tenter de se rallier le soutien de l’Égypte, de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis. D’autres hauts responsables vont plaider cette cause auprès des alliés occidentaux, considérés comme prêts à défier Téhéran qui a repoussé les efforts diplomatiques de la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne dont l’objectif était de négocier un accord concernant les ambitions nucléaires de l’Iran.
 
Le risque que le plan ait l’effet inverse que prévu

Mais l’impact d’une telle campagne reste encore lointain, selon les experts. Ils mettent en garde également contre la possibilité qu’une pression extérieure pour un changement renforce en fait le régime. Les efforts des Américains pour construire une opposition interne au président du Vénézuela Hugo Chávez, par exemple, passent généralement pour avoir solidifié le soutien au leader populiste en lui permettant d’attaquer ses opposants en tant que laquais des USA.

« Si l’administration a l’intention d’accorder de l’argent aux groupes d’opposition de façon publique, cela ne fera que renforcer le guide suprême de l’Iran [l’ayatollah Ali Khamenei] et le président qu’il a choisi, M. Ahmadinejad », selon Raymond Tanter, ancien spécialiste du Conseil de sécurité nationale pour le Moyen Orient pendant le mandat de George H.W. Bush. « Ils seront associés complètement » aux États-Unis.

Montée des Moudjahidine du peuple d’Iran ?

Les États-Unis pourraient être forcés de considérer une fois encore, dit-il,  le cas des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), groupe d’opposition de longue date au régime qui parait aussi sur la liste des organisations terroristes du département d’État. « Les autres groupes d’opposition n’existent pas vraiment », a affirmé M. Tanter, qui a passé quatre mois à étudier l’opposition en Iran avant d’aboutir à cette conclusion. « Si nous sommes sérieux lorsque l’on dit qu’on veut travailler aux côtés des groupes de l’intérieur du pays, ce sera avec l’OMPI, car il n’y a aucune autre force d’opposition dont le régime ait peur ».

Le mois dernier, Rice a répété publiquement la décision américaine de ne pas travailler avec l’OMPI. Le groupe est accusé d’actes terroristes, dont le meurtre de citoyens américains en Iran dans les années 1970. Mais plusieurs membres du Congrès font pression pour retirer l’OMPI de la liste du terrorisme, et Tanter voit « une possibilité » au sein de l’administration pour rétablir la reconnaissance de ce groupe.

Le Conseil pour un changement démocratique en Iran, basé à Washington, se réjouit de ces signes de soutien externe pour l’opposition iranienne, selon son porte-parole Mehdi Marand. Mais l’approche de l’administration Bush n’est pas la plus productive, a-t-il ajouté.

« Le problème à l’heure actuelle n’est pas d’ordre financier mais d’ordre politique », a-t-il dit. « Si les États-Unis veulent vraiment aider les forces démocratique en Iran, le seul moyen de le faire est de retirer les restrictions imposées à l’opposition. »

Certains au Congrès sont prêts à retirer l’OMPI de la liste du terrorisme car ils le considèrent comme la seule option pour un changement venant de l’Iran, a déclaré M. Marand.

D’autres disent qu’une association avec l’OMPI ne serait pas sage. L’OMPI a perdu sa crédibilité et son soutien parmi les Iraniens après avoir trouvé refuge auprès de Saddam Hussein, selon Baktiari. « Soutenir un groupe discrédité serait comme si les USA cherchaient à profiter de la destinée d’Ahmad Chalabi en Irak. La plupart des gens pensent maintenant que c’est un désastre ».

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