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IRAK – Les milices chiites pro-iraniens: un danger ne doit pas cacher un autre

CNRI – En Irak, la nécessité de combattre les milices chiites inféodées à l’Iran est une urgence tout aussi impérative que l’éradication des extrémistes fanatisés du Daech. Le macabre bilan des exactions de ces milices entraînées, financées et armées par Téhéran, passe parfois inaperçu devant l’épouvante provoquée par la barbarie du Daech.

Il convient cependant de rappeler que ce sont les actions de ces milices pour la plupart au service de la politique sectaire de l’ex-premier ministre Nouri Maliki, qui ont préparé le terrain à l’insurrection sunnite et la déferlante djihadistes qui s’en est suivi.

Pour être efficace, la coalition internationale engagée en Irak doit combattre tout autant les extrémistes chiites que ceux du Daech. Sur la nature et les exactions de ces milices, nous vous invitons la lecture de quelques extraits d’articles parus dans la presse au cours des derniers mois:

 

En première ligne contre le groupe État islamique

 

Le Point – 23/09/2014  – de notre envoyé spécial, Marc Nexon:  (…) Saïd Abed Safi, 52 ans, déteste le qualificatif de « milicien » : « Un jour, les Occidentaux devront s’excuser de nous appeler ainsi. » Difficile cependant de lui accoler une autre étiquette. L’homme appartient aux Brigades Badr, fondées par l’Iran en 1982, l’une des plus puissantes en Irak.

 

Depuis l’intervention américaine en 2003, Badr, forte de 30 000 hommes, multiplie les exactions : attentats, enlèvements et assassinats ciblés. Mais elle n’est pas la seule. Les groupes Asaïb Ahl al-Haq (« la Ligue des vertueux »), Kataïb Hezbollah et les forces du chef religieux Moqtada al-Sadr, vieil ennemi de Washington, déploient aussi leurs escadrons de la mort. Une plaie pour le pays. « Les ramener au sein de l’État constitue mon plus grand défi », a déclaré le mois dernier le nouveau Premier ministre, Haïdar al-Abadi. Sauf que l’offensive éclair de l’État islamique dans le nord et l’ouest de l’Irak leur offre une chance inespérée d’imposer leur loi. « Si les milices parviennent à le vaincre, elles se poseront en sauveur et obtiendront en récompense le contrôle de l’armée », met en garde le journaliste Ahmed al-Zubeidi. (…)

 

Les milices agissent à leur guise. C’est le cas de Kataïb Hezbollah, une organisation longtemps en pointe dans la planification des attentats contre les troupes américaines (sans lien avec le Hezbollah libanais). Ce matin, l’un des leaders, Abdoulwahed al-Hasseni, 34 ans, à la tête d’une brigade de 4 500 hommes, est fier du travail accompli. La veille, ses combattants ont tué sept djihadistes à 25 kilomètres au sud de Bagdad. (…)  Puis il poursuit sur les liens de son groupe avec l’Iran. « Il nous donne des armes et des conseils. » Il évoque même ses rencontres avec Qassem Souleimani, le puissant patron de la Force Qods, l’équivalent de la CIA et des forces spéciales en Iran. « Il était encore à Bagdad hier, lâche Abdoulwahed. Il a réuni tous les chefs des troupes populaires pour leur demander de protéger les lieux saints du chiisme. »

Étonnant ? Pas vraiment. Le nouveau règne des milices place Téhéran au centre du jeu. Car chacune doit sa raison d’être au régime des mollahs. Exemple : le groupe Badr. Son leader, Hadi al-Amiri, a servi jadis dans les rangs des Gardiens de la révolution. Il a même épousé une Iranienne et possède une demeure à Téhéran, dans le quartier des pasdarans. Or, il affiche clairement ses ambitions : prendre la tête du ministère irakien de l’Intérieur après avoir occupé le fauteuil de ministre des Transports.

Un scénario noir pour les États-Unis, effrayés à l’idée de servir les intérêts de ceux qui les ont tant combattus. « On ne peut pas devenir l’appui aérien des milices chiites », s’est alarmé David Petraeus, l’ancien commandant en chef des forces américaines en Irak. L’intéressé a de la mémoire. En 2007, cinq de ses GI ont été kidnappés et exécutés à Kerbala par Asaïb Ahl al-Haq, la milice la plus redoutée du pays.

« Asaïb Ahl al-Haq »… Le nom suffit à faire frémir les sunnites. Y compris au sommet du pouvoir. Il y a trois mois, Riyadh al-Adhadh, le chef du gouvernorat de Bagdad, un sunnite modéré, a été enlevé par une de ces escouades. »Ils sont arrivés ici à douze et m’ont emmené avec mes quatre gardes du corps, raconte-t-il. Ils m’accusaient de vouloir faire entrer l’État islamique dans Bagdad. » L’édile a retrouvé la liberté deux jours plus tard, mais il craint une nouvelle vague de violences interconfessionnelles. « Il y a jusqu’à 7 kidnappings par jour dans la ville », dit-il.

 

Terreur

Les cibles sont connues : les quartiers sunnites. Adhamiya, l’un d’eux, situé dans le nord de la capitale, vit dans la terreur des raids chiites. « Bienvenue dans notre prison ! » lance Omar, 24 ans, qui fume le narguilé dans un café caché au fond d’une ruelle. « J’ai besoin de renouveler mes papiers, mais les forces de sécurité m’interdisent d’emprunter le pont vers les zones chiites », raconte-t-il. « Mon oncle a été enlevé il y a quatre mois parce qu’il avait été emprisonné en 2005 à Abou Ghraib, renchérit Ahmed, assis à ses côtés. Je n’ai pas de nouvelles de lui. Ce qu’ils font ici, c’est pire que l’État islamique ! »

À Amerli, dans le nord du pays, les populations sunnites peuvent aussi redouter le pire. On les accuse d’avoir participé au siège de la ville aux côtés des djihadistes. Chez les chiites turkmènes victimes de l’assaut, la soif de vengeance est intacte. « S’ils reviennent, on les tue sur-le-champ ! On les connaît tous », prévient Mohammed, l’arme à la main, posté non loin d’un village sunnite déserté par ses habitants. Les responsables des milices écoutent et tentent de corriger l’effet produit. « Ne dites pas ça. On négociera… »

C’est l’heure du déjeuner. Le chef de la communauté d’Amerli invite chez lui les miliciens de Badr. Chacun prend place au milieu des coussins et des plats de riz. La télévision diffuse les images de la décapitation d’un otage occidental. Un milicien sourit : « Vous voyez ! À côté d’eux, on est gentils. »

 

Amerli, premier revers de l’Etat islamique

Le Figaro, 2 septembre 2014 – par Samuel Forey – Khanaqin (Irak) – Jassem Mahmoud, a perdu son fils il y a deux mois. C’est un arabe sunnite d’une petit bourgade de la province de Dyala, devenu un village fantôme, comme beaucoup d’autres.  » On a dû fuir. Il y avait des bombardements tous les jours. Les milices chiites venaient brûler nos maisons, ils nous forçaient à fuir. Le Kurdistan est le seul endroit stable de la région. C’est pour ça qu’on s’est réfugiés ici », explique Jassem Mahmoud.

Les milices chiites font régner la loi du plus fort, dans le chaos ambiant. Le dernier drame remonte au 22 août, quand deux hommes armés ont tué des fidèles sunnites, rassemblés dans une mosquée pour la prière. Il y a eu plus de 50 morts. Les deux tireurs auraient agi en représailles à un attentat contre le cheikh chiite al-Zergoshy, qui sévit dans la province de Diyala, à la tête de sa milice, depuis plusieurs mois.

« Al-Zergoshy est l’homme d’Al Maliki », dit Jafar Mustafa, un responsable kurde de Khanaqin, en allusion à l’ancien premier ministre irakien.  » Il est détesté par les sunnites. Après le massacre, trois membres de son clan ont été arrêtés. Sa milice s’est dispersée dans le sud du pays. Quand à Al-Zergoshy, il est parti se réfugier en Iran. C’est là d’où vient son clan », reprend Jafar Mustafa.

La présence des Iraniens dans la province de Diyala ressemble à l’histoire de l’homme qui a vu l’ours. Mais c’est le président du Kurdistan, Masoud Barzani, qui a fini par reconnaître officiellement l’implication de la République islamique dans le chaudron irakien: « Nous avons demandé des armes et l’Iran a été le premier pays à nous fournir des armes et des munitions ». Pour autant, le ministre iranien des affaires étrangères a nié la présence de troupes iraniennes sur le sol irakien. Pourquoi envoyer des soldats, alors que les leaders des milices chiites, comme l’organisation Badr, reçoivent un entraînement en Iran?

Les milices chiites mobilisent pour défendre Bagdad

Le Monde, 8 juillet 2014 – par Benjamin Barthe (Bagdad, envoyé spécial) (…) Des dizaines de milliers de chiites irakiens, galvanisés par la menace djihadiste, ont décidé de monter au front. L’ampleur de cet afflux est impossible à mesurer précisément. On peut dire qu’il a dopé la force de frappe des milices déjà bien établies comme Asa’ib Ahl Al-Haq (« la ligue des vertueux »), en charge des basses œuvres de Nouri Al-Maliki, l’Armée du Mehdi, affiliée au mouvement sadriste, ou la brigade Badr, rattachée au ministre des transports, Hadi Al-Ameri. Et qu’il a contribué à l’essor de formations paramilitaires plus confidentielles, telles l’Armée du Moukhtar, fondée début 2013, ou les brigades du Hezbollah, une autre création des gardiens de la révolution iraniens. « Les milices ont saisi l’occasion de la fatwa d’Al-Sistani pour faire étalage de leur force »,explique Hamed Al-Sayed, journaliste à Mada, un quotidien irakien indépendant.

Beaucoup de ces volontaires ont l’habitude des armes. Ce sont d’anciens soldats de l’armée régulière, des vétérans de l’insurrection anti-américaine des années 2000 ou des miliciens rappelés de Syrie, où ils combattent les opposants au régime de Bachar Al-Assad. (…)

 « Les milices chiites portent tout autant préjudice à l’Etat et au territoire irakien que les djihadistes de l’État islamique, prévient Hamed Al-Sayed. En les absorbant dans l’armée, on prend le risque que celle-ci se transforme en une grande milice constituée sur une base exclusivement sectaire.»

Irak, le pompier pyromane

Le Monde, 20.06.2014 – Par Benjamin Barthe:  (…) Attentif à l’humeur de la rue, qui dénonce l’incurie et la corruption des élites, l’ayatollah Ali Al-Sistani décide de boycotter le pouvoir. Y compris Nouri Al-Maliki, dont le fils, Ahmed, est l’un des premiers visés par les rumeurs d’enrichissement. Décide-t-il alors de ranimer l’épouvantail sunnite pour endiguer cette vague de contestation ? En Irak, la guerre civile, comme la guerre tout court, est la continuation de la politique par d’autres moyens.

Les hostilités commencent à la fin 2011, vingt-quatre heures après le départ du dernier soldat américain. Le premier ministre envoie ses forces arrêter le vice-président sunnite, Tareq Al-Hachemi, qui parvient à s’échapper en Turquie. Accusé d’avoir dirigé un escadron de la mort, le haut dignitaire hurle au règlement de comptes politique. Dans le maelström qu’est l’Irak, difficile de démêler le vrai du faux. Une chose est sûre : avec la haute main sur les services de sécurité, une unité anticorruption à sa solde et un ministère des droits de l’homme noyauté par ses fidèles, Nouri Al-Maliki est le mieux placé pour évincer ses adversaires.

Fin décembre 2012, troublante répétition de l’affaire Al-Hachemi : des gardes du corps de Rafi’Al-Issawi, le ministre des finances, un autre sunnite d’Iraqiya, sont arrêtés pour « terrorisme ». L’ancien directeur de l’hôpital de Fallouja, durant la bataille de 2004, qui a accusé le premier ministre de« construire une dictature », doit lui aussi prendre la fuite. La suite est connue : manifestations géantes des sunnites de l’Anbar, qui réclament la fin de leur marginalisation par Bagdad ; refus obstiné de Nouri Al-Maliki, dont les troupes causent un carnage, à Houweija, en avril 2013, en démantelant un camp de protestataires ; remontée en flèche des violences confessionnelles, qui débouchent sur la prise de Fallouja, début 2014, par les djihadistes, prélude à la chute de Mossoul, six mois plus tard. (…)

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