vendredi, décembre 2, 2022
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Struan Stevenson : Nettoyage ethnique dans l’Irak anarchique

Par le parlementaire de l’UE Struan Stevenson

The Hill, 11 octobre – L’illégalité, le terrorisme, la corruption et les violations systématiques des droits de l’homme représentent chacune des caractéristiques quotidiennes de la vie en Irak.

Tandis que l’Irak antique était le berceau de la civilisation, avec des œuvres d’art et des objets anciens d’une sophistication et d’une beauté à couper le souffle, remontant à 3000 ans avant JC et encore avant, l’Irak moderne est une zone désertique de violence et de carnage. Cette année, plus de 5000 personnes sont mortes jusqu’à ce jour dans des attentats à la bombe et des assassinats dans une insurrection de plus en plus déchaînée qui menace de ramener le pays vers une guerre civile qui a explosé de 2006 à 2008.

Le conflit syrien qui fait rage aux frontières de l’Irak a versé de l’huile sur le feu. Dans le Kurdistan irakien, un des rares havres de paix dans ce pays, les terroristes ont infiltré les groupes de réfugiés fuyant vers un lieu sûr, faisant exploser une série de bombes dans la capitale kurde d’Erbil il y a quelques jours qui ont tué six personnes et en ont blessé des dizaines, la première attaque terroriste en six ans. Le Kurdistan grouille à présent de réfugiés, non seulement de Syrie mais également du reste de l’Irak, où les minorités ethniques tout comme les minorités des femmes et des individus LGTBI risquent quotidiennement des violences ciblées, une arrestation arbitraire et la détention, la torture, la persécution, l’intimidation, le déplacement, l’interdiction des droits politiques ainsi que la marginalisation sociale et économique.

Les nombreux groupes ethniques qui ont vécu pendant des générations dans une harmonie pacifique les uns à côté des autres avec les communautés de la majorité chiite et sunnite subissent désormais des maltraitances systématiques. Bien qu’on leur ait garanti la sûreté et la sécurité dans une société multiconfessionnelle inscrite dans la Constitution irakienne, la réalité est très différente. Le premier ministre Nouri al-Maliki, une marionnette de l’Iran voisin et de ses mollahs conservateurs, est devenu de plus en plus sectaire, supprimant sans pitié tous les politiciens sunnites des positions influentes du gouvernement et réprimant durement l’opposition. La réaction négative prévisible des sunnites a déclenché une tempête de violence, dirigée non seulement contre la communauté chiite mais ciblant également de manière inévitable les minorités ethniques.

La population chrétienne d’Irak, autrefois estimée à plus de 1,5 million, est désormais réduite à moins de la moitié de ce chiffre, avec de nombreux chrétiens fuyant à l’étranger ou au Kurdistan pour la sécurité. Certaines personnes pensent que bientôt, l’une des communautés chrétiennes les plus anciennes au monde pourrait s’éteindre. Mais ils ne sont pas la seule minorité risquant le nettoyage ethnique. Il ne reste environ que 3500 Mandéens-Sabéens sur une précédente population estimée à 70 000 il y a seulement dix ans. Les juifs d’Irak subissent une persécution extrême depuis les années 1950 et aujourd’hui il n’y a qu’une population estimée à 10 individus restés à vivre dans le pays sur une population originelle de plus de 150 000, bien que l’on pense que beaucoup d’autres vivent peut-être en se cachant, pratiquant littéralement leur foi en secret dans l’isolement de leurs foyers.

D’autres groupes ethniques comme les minorités turkmène, bahaï, shabak et yazdi souffrent tous de discrimination, malgré leurs droits garantis par la Constitution. Les Irakiens noirs, une ancienne communauté de descendants d’esclaves africains, sont considérés comme inférieurs par beaucoup de leurs voisins arabes et vivent presque comme des proscrits, pour la majorité dans le sud de l’Irak, où – bien que comptant environ 2 millions de personnes – on leur refuse les documents d’identité, les certificats de mariage et même l’accès à l’éducation élémentaire pour leurs enfants, et ils vivent dans une extrême pauvreté.

La détresse des Irakiens noirs peut être désespérée, mais pour les 60 000 largement oubliés de la communauté rom irakienne, connue sous le terme péjoratif de koliyah (gitans), la vie signifie s’exposer quotidiennement au feu de la haine, de la persécution et de la violence des fonctionnaires et du peuple en général. Les Roms vivent principalement dans des camps sur des terres squattées sans accès à l’eau potable, l’électricité, un hébergement adéquat, des soins médicaux, une nourriture suffisante, l’éducation et autres services élémentaires. Les femmes roms sont les cibles d’abus sexuels, tandis que les hommes roms sont confrontés à la discrimination dans l’emploi, et de nombreux commerçants refusent de vendre des produits aux clients roms.

De plus en plus, beaucoup d’Irakiens affirment que les choses allaient mieux sous Saddam Hussein. L’Irak chancelle sur le bord de devenir un État en faillite. Des milliards de dollars en valeur pétrolière disparaissent tout simplement sur des comptes bancaires illégaux, avec la majorité de la population n’ayant qu’environ quatre heures d’électricité par jour et un accès limité à l’eau potable ou aux systèmes d’épuration d’eaux usées en état de marche. Il y a 60% d’illettrisme. Le chômage atteint désormais plus de 18%, et avec plus de la moitié de la population âgée de moins de 25 ans, beaucoup de jeunes irakiens sont tentés de faire eux-mêmes la loi. La réaction du gouvernement est d’intensifier la répression. La torture et les exécutions de masse tolérées par l’État sont désormais ordinaires.

Le 1er septembre, Maliki a ordonné à un commando de la mort d’assassins spécialement entraînés d’attaquer une enceinte de réfugiés, le camp d’Achraf, où ils ont menotté et sommairement exécuté 52 civils sans armes, simplement parce qu’ils sont opposés aux mollahs iraniens. Sept otages ont été enlevés, dont six femmes, et ils sont actuellement détenus dans une soi-disant « prison secrète » dans la Zone Verte de Bagdad. Ils risquent une déportation imminente en Iran, où ils subiront assurément l’exécution. Maliki et son gouvernement nient toute implication dans le massacre ou l’enlèvement de ces personnes, et avec une pression molle aussi bien de la part des États-Unis, de l’ONU que de l’UE, ce régime meurtrier semble prêt à continuer sa folie assassine, libre de condamnation internationale.

Il est temps que l’Occident se réveille face à la tragédie de l’Irak. C’était les États-Unis et le Royaume-Uni – George W. Bush et Tony Blair – qui ont envahi l’Irak et renversé Saddam, déclarant « Mission accomplie ». Ils se sont vantés d’avoir laissé derrière eux « une démocratie en fonctionnement », alors qu’en réalité ils ont laissé un cas désespéré. Il est encore temps pour l’Occident de réaffirmer son autorité et de faire amende honorable pour son intervention désastreuse en Irak. Dire à Maliki que cette tornade de carnage, de violence, de corruption et d’abus ne sera plus tolérée. Lui dire que le cordon ombilical économique avec l’Occident sera coupé à moins qu’il ne cesse ses agissements. Donner la voix aux minorités en Irak avant qu’il ne soit trop tard.

Stevenson est un membre conservateur du Parlement Européen pour l’Écosse. Il est le président de la Délégation du Parlement Européen pour les Relations avec l’Irak.

 

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