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Le régime iranien et la crainte d’une révolte organisée à Téhéran

Le régime iranien crainte d'une révolte organisée à Téhéran
Le guide suprême du régime iranien, Ali Khamenei, rencontre des religieux et des étudiants du séminaire de Qom — 25 octobre 2010

Le pouvoir clérical de Téhéran déploie une stratégie à deux volets : une coercition intérieure accrue et des manœuvres de diversion, révélant une profonde crainte interne de soulèvement populaire et de l’influence grandissante de l’opposition organisée. La rhétorique récente des plus hauts responsables de la sécurité, du renseignement et du système judiciaire – qui menacent simultanément la dissidence et discréditent désespérément l’opposition à l’étranger – dresse le portrait d’un régime qui anticipe et cherche à prévenir une explosion nationale alimentée par la colère populaire. Cette mise en scène politique est devenue de plus en plus frénétique à mesure que la stabilité du régime s’érode, confirmant que les dirigeants sont pris au piège entre la nécessité de paraître forts et le risque de déclencher les troubles mêmes qu’ils cherchent à contenir.

La vaine politique de la diversion théâtrale

Dans une tentative manifeste de rallier la base électorale en déclin du régime et de détourner l’attention du public des crises dévastatrices, le Guide suprême a initié un spectacle cynique et récurrent. Le 24 novembre 2025, le régime a orchestré une exposition publique de prétendus restes squelettiques de 300 victimes de la guerre Iran-Irak.

Le but de cette mise en scène répétitive est clair : susciter des appels émotionnels dignes d’une guerre et insuffler de l’« espoir » aux rangs des fidèles du régime – ou, comme le formulent la plupart des Iraniens, offrir « consolation et abasourdissement aux forces du système épuisées et apeurées ».

Dans le même esprit, les déclarations belliqueuses de l’ancien chef des Gardiens de la révolution, Mohsen Rezaee – affirmant le même jour que la « patience stratégique » du Hezbollah devait être « réexaminée » car Israël « abusait du cessez-le-feu » – servent la même fonction : invoquer des menaces extérieures et attiser la ferveur nationaliste pour masquer une faiblesse interne. Cette manœuvre théâtrale intervient alors même que de hauts responsables admettent la vulnérabilité du système.

La menace organisée et la panique au sein du pouvoir

La crainte profonde du régime se concentre sur le mouvement de résistance organisé et sa capacité à transformer la colère populaire en une force politique efficace. Cette anxiété était palpable après la « Convention pour un Iran libre » qui s’est tenue à Washington, D.C., le 15 novembre 2025.

L’agence de presse Mizan, organe du pouvoir judiciaire, et des personnalités affiliées au ministère de l’Information, comme Mohammad-Javad Hasheminejad, directeur de la Fondation Habilian, ont publiquement exprimé leur « terreur » face à cet événement, citant notamment la participation de l’ancien secrétaire d’État américain Mike Pompeo et d’autres personnalités politiques occidentales comme source de vive inquiétude.

La rhétorique anxieuse et incessante d’Hasheminejad, qui qualifie l’opposition de groupes « terroristes » cherchant à « consolider sa position auprès des Américains », confirme la perception qu’a le régime de l’opposition comme une alternative viable et reconnue internationalement, et non comme un groupe marginal.

L’échec du régime face à l’opposition organisée, qui dure depuis des décennies, a été publiquement reconnu par le vice-président chargé des affaires juridiques, Majid Ansari, le 18 novembre 2025. Ansari a admis que le système avait accusé un « retard d’environ 30 ans » dans ce qu’il a appelé la « contre-documentation » visant l’Organisation des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI ou MEK), ce qui a permis à « des milliers de mercenaires déracinés » d’être désormais abrités à l’étranger et de « conspirer » activement contre la nation. Cet aveu extraordinaire, prononcé par un haut responsable juridique, constitue une reconnaissance accablante et auto-infligée d’une défaite stratégique face au mouvement de résistance organisé.

Coercition et moral en berne

La crainte profonde du régime face à un soulèvement organisé et imminent a entraîné un changement radical de discours officiel. Abandonnant sa posture agressive visant à mettre fin à tout « renversement et désintégration », il adopte une stratégie défensive et paniquée de « confinement par une pression croissante ».

Le ministre du Renseignement, Esmail Khatib, a formulé cette concession fondamentale le 22 novembre 2025, révélant ainsi la principale vulnérabilité du régime. Khatib a été contraint d’admettre publiquement que l’opposition s’était « une fois de plus tournée vers l’intérieur et le peuple », une déclaration qui confirme l’efficacité et la résilience du réseau intérieur du mouvement de résistance. Ce revirement désespéré indique que les ressources sécuritaires du régime sont désormais débordées et doivent être entièrement mobilisées pour combattre la menace qui pèse sur le front intérieur en ruine. Khatib a décrit le Guide suprême comme le « pilier et l’axe de cette tente », avertissant que les attaques contre les dirigeants sont le principal risque.

L’objectif principal de l’opposition est de neutraliser les critiques. Surtout, il a qualifié tous les critiques d’« agents d’infiltration, conscients ou non », démontrant ainsi les efforts désespérés du régime pour étouffer les dissensions internes.

Par ailleurs, le moral de la base électorale du régime, qui se réduit comme peau de chagrin, est une source de préoccupation majeure. Le 4 novembre, le religieux Mehdi Daneshman a déploré les « dégâts » causés aux réunions religieuses affiliées au régime. Il a notamment exhorté les orateurs et les prédicateurs officiels à cesser leurs « spectacles » et à éviter de « parler sans autorisation ». Il a mis en garde contre le risque de donner « un prétexte aux détracteurs », reconnaissant qu’« un groupe cherche aujourd’hui à maudire… un groupe attend de voir un défaut à dénoncer ». Cette observation confirme que même les propagandistes du système peinent à maintenir leur crédibilité et leur enthousiasme, confortant ainsi la crainte des dirigeants de voir leurs remparts démantelés de l’intérieur.

Il en résulte un régime qui perçoit les souffrances internes non comme un problème social, mais comme une opération politique hostile orchestrée par ses ennemis organisés. En qualifiant de trahison toute critique politique et toute revendication économique, le clergé accélère la crise de stabilité qu’il redoute le plus : une crise où les réseaux de résistance organisés gagnent en visibilité, l’État ayant lui-même éliminé toute voie légitime de recours.