CNRI Faisant suite à une démarche similaire du sénat de Belgique, la Chambre de Députés belge a voté à lunanimité le 27 avril 2006 une résolution condamnant en termes vigoureux le régime en Iran pour ses graves violations des droits de lhomme et ses menaces contre la paix et la tranquillité dans la région.
Dans les paragraphes 24 et 25, le parlement appelle le gouvernement belge à « examiner, dans le cadre de lUnion européenne, sil est justifié, sur la base de toutes les informations pertinentes actualisées, de continuer à mentionner lOMPI sur la liste européenne des organisations terroristes » et à « soutenir les forces démocratiques qui oeuvrent à lintérieur et à lextérieur de lIran en faveur de linstauration dun État de droit, démocratique et respectueux des droits humains ».
En voici le texte complet :
LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS,
A. se référant aux résolutions du Parlement européen du 13 octobre 2005 sur lIran, du 17 novembre 2005 sur les récentes déclarations de M. Mahmoud Ahmadinejad, Président de lIran, et du 15 février 2006 sur la confrontation entre lIran et la communauté internationale;
B. se référant à la résolution du Sénat de Belgique du 23 décembre 2005 concernant la situation politique en Iran et ses relations avec lUnion européenne;
C. vu les conclusions du Conseil "Affaires générales" des 30 et 31 janvier 2006;
D. vu les nombreuses résolutions du Conseil des gouverneurs de lAgence internationale de lénergie atomique (AIEA), notamment celles du 24 septembre 2005 et du 4 février 2006 sur la mise en uvre de laccord de garanties TNP en République islamique dIran;
E. vu les nombreux rapports du directeur général de lAIEA, notamment ceux du 2 septembre 2005, du 18 novembre 2005 et du 6 mars 2006 sur la mise en uvre de laccord de garanties TNP en République islamique dIran;
F. vu le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) de 1968, et en particulier son article IV, qui dispose qu"aucune disposition du présent traité ne sera interprétée comme portant atteinte au droit inaliénable de toutes les parties au traité de développer la recherche, la production et lutilisation de lénergie nucléaire à des fins pacifiques, sans discrimination et conformément aux dispositions des articles I et II du présent traité";
G. vu la déclaration E3/UE du 13 janvier 2006 et la déclaration du ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw à la suite de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Chine, de la France, de lAllemagne, de la Russie, du Royaume-Uni, des États-Unis dAmérique et du Haut Représentant de lUnion européenne, qui sest tenue à Londres le 30 janvier 2006;
H. vu laccord conclu à Paris le 29 novembre 2004 entre la République islamique dIran (Iran) et le Royaume-Uni, la France et lAllemagne (E3) et vu la décision de lIran, du 1er août 2005, de reprendre ses activités de conversion de luranium en violation des dispositions de laccord de Paris;
I. vu la résolution adoptée le 11 janvier 2006 par lAssemblée générale des Nations unies lors de sa 60e session sur le suivi des obligations en matière de désarmement nucléaire contractées à lissue des conférences de 1995 et 2000 des parties au traité de non-prolifération des armes nucléaires;
J. considérant que lAIEA a exprimé à plusieurs reprises sa préoccupation quant au fait quelle ne connaît toujours pas nombre daspects du programme nucléaire de lIran sensibles sous langle de la prolifération;
K. considérant que le gouvernement iranien a annoncé le 5 février 2006 quil cessait toute coopération volontaire avec lAIEA et nautoriserait plus les inspections inopinées de lAIEA sur les sites nucléaires iraniens que permet le protocole additionnel au TNP, et que le gouvernement iranien a en outre annoncé le 6 février 2006 quil retirerait les caméras de surveillance de lAIEA et les scellés de lAgence de ses sites et équipements nucléaires ;
L. considérant que la dernière Conférence sur la révision du TNP en 2005 na pas permis de renforcer une initiative multilatérale contre la menace de prolifération nucléaire et la prolifération des armes de destruction massive ;
M. considérant que l’Iran n’a pas encore ratifié le Protocole additionnel;
N. vu les droits civils et politiques reconnus par les Conventions internationales auxquelles la République islamique dIran est partie;
O. rappelant lobligation de tous les États membres de lONU de promouvoir et de protéger les droits de lhomme et les libertés fondamentales et de sacquitter des obligations quils ont contractées en vertu des divers instruments internationaux dans ce domaine;
P. prenant acte des conclusions (12 janvier 2004) du rapporteur spécial (Ambeyi Ligabo) des Nations unies sur la liberté dopinion et dexpression, et notamment le fort déclin que la liberté dexpression connaît en Iran depuis quelques années et la non-conformité du droit iranien avec les Conventions internationales auxquelles lIran a adhéré, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques;
Q. vu la résolution L 45 adoptée le 18 novembre 2005 par la Troisième Commission de lAssemblée générale des Nations unies;
R. se déclarant vivement préoccupée par les atteintes aux droits de lhomme et aux libertés fondamentales pratiquées en République islamique dIran, telles les exécutions publiques, les répressions et les châtiments corporels, les arrestations arbitraires, la torture physique et psychologique dans les prisons, lassassinat dopposants au régime, de prisonniers politiques et dopinion, les persécutions et les politiques de discrimination à lencontre des femmes et des minorités religieuses ou ethniques, et les atteintes à la liberté dexpression et dopinion;
S. rappelant que lIran est un pays pluri-ethnique où les minorités représentent près de la moitié de la population et où les droits des minorités ethniques et religieuses (notamment concernant la situation des Bahaï et des Azéris) ne sont pas respectés;
T. déplorant le recul du processus démocratique en République islamique dIran, et la dégradation des droits civils et des libertés politiques depuis les élections présidentielles de juin 2005;
U. considérant les déclarations publiques du président Ahmadinejad niant le droit à lexistence dIsraël et la réalité de lholocauste;
V. considérant que les relations entre lUnion européenne et lIran sont fondées jusquà présent sur une triple approche caractérisée par des négociations sur un accord commercial et de coopération, un dialogue politique et un dialogue relatif aux droits de lhomme et considérant que le dialogue politique a été suspendu en raison de la crise actuelle ;
1. condamne avec force les déclarations du président Ahmadinejad et souligne que ces propos incitent à la haine, portent gravement préjudice à la position internationale de lIran et, partant, remettent en cause les relations damitié avec la population belge;
2. demande au gouvernement iranien de reconnaître le droit à lexistence dIsraël et la réalité de lholocauste ;
3. demande à lIran de cesser immédiatement toute forme de soutien à des groupements terroristes;
4. approuve la résolution adoptée le 4 février 2006 par lAIEA, qui critique le non-respect, par lIran, de la recommandation de lAIEA et qui souligne labsence de confiance qui en résulte quant au caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien;
5. se réjouit de lapprobation, par le gouvernement belge, du rapport de lAIEA du 27 février 2006 et de son renvoi au Conseil de sécurité de lONU, conformément au paragraphe 8 de la résolution du 4 février 2006;
6. estime, en accord avec la résolution de lAIEA du 24 septembre 2005, quil est nécessaire que lIran suspende complètement et durablement toutes les activités liées à lenrichissement et au retraitement, envisage d’arrêter la construction dun réacteur à eau lourde, ratifie rapidement et reprenne lapplication totale du protocole additionnel et, en règle générale, applique les mesures de transparence demandées par le directeur général de lAIEA;
7. réaffirme que lIran est en droit de développer un programme nucléaire pacifique conformément à larticle IV du TNP; parallèlement, réitère son appel au gouvernement iranien pour quil sabstienne de toute menace contre tout État, quel quil soit, et quil agisse dans le respect des principes de la Charte des Nations unies;
8. estime que la participation du Conseil de sécurité des Nations unies, telle que lenvisage lAIEA, constitue une démarche nécessaire en vue dévaluer la situation actuelle et saligne sur les conclusions du Conseil qui appelle à un renforcement du rôle de lAIEA; estime que cette démarche pourrait empêcher une nouvelle dégradation de la situation actuelle; invite les États membres à coordonner étroitement leurs initiatives au sein de lAIEA et des Nations unies;
9. affirme que la crise doit être résolue pacifiquement et en accord avec les règles de droit international et estime que ceci nécessite une approche de coopération et de transparence de la part du gouvernement iranien à légard de lAIEA; soutient, dans ce contexte, lengagement de lUE-3 de prévenir la prolifération des armes nucléaires ;
10. insiste sur limportance de continuer à coopérer avec les États-Unis, la Russie, la Chine et les pays non alignés afin dexaminer des concepts complémentaires en vue de parvenir à un accord global avec lIran au sujet de ses installations nucléaires et de leur utilisation, accord qui tienne compte des intérêts de lIran en matière de sécurité;
11. invite lIran à réexaminer sérieusement la proposition russe relative au processus denrichissement de luranium, proposition qui a reçu lappui des UE-3 et qui lui offrirait la possibilité de faire progresser son programme nucléaire dans un cadre multilatéral; estime quune telle solution doit être considérée comme une amélioration des règles actuelles, sous contrôle de lAIEA, pour tous les pays intéressés;
12. regrette profondément que toutes les tentatives auxquelles il a été procédé en 2005 pour obtenir des progrès dans le domaine du désarmement nucléaire, la révision du TNP et le sommet sur la réforme de lONU aient été des échecs complets;
13. félicite le directeur général et le secrétariat de lAIEA de leurs efforts professionnels et impartiaux pour mettre en uvre laccord de garanties en Iran, souligne que la participation du Conseil de sécurité ne met pas un terme aux responsabilités actuelles de lAIEA et engage instamment lIran à permettre à lAIEA de continuer à exploiter pleinement ses capacités de contrôle et dinspection, d’une façon conforme au Protocole additionnel qui a été signé mais pas encore ratifié par l’Iran, et encourage l’Iran à ratifier sans tarder ce Protocole additionnel;
demande au gouvernement fédéral belge
14. de demander à la Commission européenne de mettre en uvre toutes les mesures qui peuvent être prises dans le cadre de lInitiative européenne pour la démocratie et les droits de lhomme, afin de multiplier les contacts et de renforcer la coopération avec la société civile, les médias indépendants et lopposition démocratique en Iran et, en outre, dencourager la démocratie et le respect des droits de lhomme en Iran;
15. de demander instamment aux autorités iraniennes dhonorer les obligations quelles ont librement contractées en vertu des instruments internationaux relatifs aux droits lhomme auxquels elles ont adhéré;
16. de demander aux autorités iraniennes de mettre un terme aux exécutions et aux lapidations, de commuer les condamnations à mort, en priorité pour les mineurs, et dabroger la peine de mort;
17. dinviter les autorités iraniennes à appliquer et à faire respecter les dispositions législatives qui interdisent la torture;
18. de demander aux autorités iraniennes dintroduire en droit interne les mesures législatives et réglementaires nécessaires pour mettre en place des procédures judiciaires garantissant un procès transparent, juste et équitable;
19. dinsister auprès des autorités iraniennes pour quelles éliminent toute forme de discrimination fondée sur le sexe, les convictions religieuses ou philosophiques, lorigine ethnique et lorientation sexuelle ;
20. de demander aux autorités iraniennes de mettre fin aux restrictions des libertés dexpression et dopinion, au harcèlement dopposants politiques, de journalistes, dutilisateurs dInternet et à la censure des médias, et demande aux autorités iraniennes de respecter lactivité des défenseurs des droits de lhomme;
21. de rappeler aux autorités iraniennes, dune part, dadopter un cadre légal pour permettre aux femmes iraniennes dexercer pleinement leurs droits fondamentaux et, dautre part, de ratifier – malgré son rejet par le Conseil des Gardiens -, et de mettre en uvre la Convention sur lélimination de toutes les formes de discrimination à légard des femmes et son Protocole facultatif;
22. de demander instamment que le processus de ratification de ladhésion de lIran à la Cour Pénale Internationale soit mené à son terme;
23. dinviter les autorités iraniennes à ratifier et mettre en uvre les Conventions de lONU contre le terrorisme et son financement;
24. dexaminer, dans le cadre de lUnion européenne, sil est justifié, sur la base de toutes les informations pertinentes actualisées, de continuer à mentionner lOMPI sur la liste européenne des organisations terroristes;
25. de soutenir les forces démocratiques qui oeuvrent à lintérieur et à lextérieur de lIran en faveur de linstauration dun État de droit, démocratique et respectueux des droits humains;
26. dinviter lIran à rétablir la pleine confiance de la communauté internationale dans le caractère civil de son programme nucléaire, à ratifier le Protocole additionnel de lAIEA, signé en décembre 2003, à respecter ses obligations liées à son adhésion au TNP, et à respecter toutes les résolutions en la matière adoptées par le Conseil des gouverneurs de lAIEA, ainsi que les appels contenus dans la Déclaration du président du Conseil de sécurité du 29 mars dernier ;
27. sil devait ressortir du prochain rapport de lAIEA, demandé par le Conseil de sécurité des Nations unies dans le presidential statement du 29 mars 2006, que lIran continue à refuser de respecter les résolutions en question de lAIEA, de réfléchir aux sanctions à prendre à légard du gouvernement iranien, en concertation avec les États membres de l’Union européenne, et de prendre les sanctions qui sont en accord avec les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Ces sanctions peuvent être de nature diplomatique, commerciale et financière (gel des avoirs iraniens, gel de loctroi de certains visas, gel des investissements en Iran, embargo sur les armes,
) et doivent inciter lIran à respecter les recommandations précitées de lAIEA;
28. de demander instamment aux parties en conflit qui possèdent des armes nucléaires, de sengager à ne pas les utiliser;
29. de prendre des initiatives diplomatiques afin de résoudre le conflit de manière pacifique, donc sans recourir à des moyens militaires, et ce, en vue de renforcer la stabilité et la sécurité de la région. Lune des façons dy parvenir est dappeler tous les États de la région qui nont pas encore adhéré au TNP ou qui nont pas encore signé ou ratifié les Protocoles additionnels de lAIEA, de le faire le plus rapidement possible et de soutenir la proposition du directeur général de lAIEA, M. ElBaradei, relative à un contrôle multilatéral et plus strict par lAIEA du cycle du combustible nucléaire. Ces gestes constitueraient une étape importante dans lévolution vers linstauration dune zone dénucléarisée au Moyen-Orient;
DEMANDE AU PRÉSIDENT
30. de faire parvenir la présente résolution à tous les gouvernements qui y sont mentionnés (notamment au gouvernement iranien et au gouvernement israélien), au secrétaire général de lONU, au président de lUnion européenne, au président du Parlement européen et au directeur général de lAIEA.

