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Quand Paris flirtait avec Téhéran sur le dos des opposants

 Par G. P.

lalibre.be , 13 juin – Retour sur une opération contre les Moujahidine du peuple dictée par la realpolitik. Dans les relations entre la République islamique d’Iran et la communauté internationale, même s’il est le plus sensible, le dossier nucléaire n’est pas l’unique contentieux. Le statut de la principale formation d’opposition, l’Organisation des Moujahidine du Peuple d’Iran (OMPI), est aussi sujet à controverse. Ce groupe islamo-marxiste a été placé sur la liste des organisations terroristes des Etats-Unis par l’administration Clinton à l’époque où le président réformateur Mohammad Khatami laissait entrevoir une nouvelle orientation à la politique iranienne.

Après les attentats du 11 septembre 2001, c’est sur la liste européenne que l’OMPI a été inscrite, à la demande du Royaume-Uni. Mais après d’âpres batailles juridiques en Grande-Bretagne et devant le tribunal de première instance des communautés européennes, le groupe iranien a obtenu gain de cause : sa stigmatisation a été jugée non suffisamment fondée. Et les Vingt-sept ont été contraints, à la fin 2008, de retirer son nom de la liste des organisations terroristes. Une décision suspendue à une dernière menace : la France a promis de redemander son inscription sur base d’une enquête lancée en 2003 contre les résidents de son siège d’Auvers-sur-Oise, près de Paris, qui s’est soldée jusqu’à présent par un fiasco judiciaire.

Dans un livre paru récemment et intitulé "Si vous le répétez, je démentirai Chirac, Sarkozy, Villepin" (*), l’ancien rédacteur en chef et directeur de la rédaction du "Journal du dimanche", Jean-Claude Maurice, raconte comment la France a "vendu" l’opération contre les Moujahidine du Peuple aux autorités iraniennes de l’époque.

Lors d’un voyage du ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin à Téhéran, l’auteur assiste fortuitement à la rencontre avec l’homologue iranien Kamal Kharrazi : à la suite d’un quiproquo qui l’a fait passer pour un diplomate, il est resté dans la salle de réunion Et ce qu’il entend – et qu’il gardera en partie secret jusqu’à la publication du livre – le laisse pantois.

Le chef de la diplomatie française annonce le lancement prochain de l’opération de police contre les militants des Moujahidine du Peuple. "A l’évidence, la délégation française s’attendait à cette demande d’intervention de la part des mollahs contre les opposants au régime de Téhéran", explique Jean-Claude Maurice. "Nous souhaitons que notre ambassadeur à Paris rencontre M. Sarkozy (alors ministre français de l’Intérieur, NdlR) pour avancer sur ce dossier", rapporte l’auteur, de la bouche du ministre iranien des Affaires étrangères. Ce qui fut fait deux mois plus tard, explique l’ancien rédacteur en chef du journal dominical.

Et le journaliste de constater : "Pour l’heure, rien ne s’oppose à la requête du gouvernement iranien contre ces résistants de l’extérieur. Tout y incite, au contraire : les intérêts pétroliers de Total, mais surtout la nécessité de conforter l’Iran dans son attitude modérée alors que le chaos menace."
Aujourd’hui, Jean-Claude Maurice semble nourrir des remords. Car l’opération contre les Moujahidine du Peuple a fait au moins une victime, une militante du mouvement qui s’est immolée "parce qu’elle croyait être expulsée au Gabon". D’où cette confidence du journaliste : "La raison d’Etat, dit-on, n’a pas de visage. Pour moi, elle a les traits d’une victime, Sedighe Modjarevi."

Et si Jean-Claude Maurice explique encore, comme pour démentir un donnant-donnant entre Paris et Téhéran, que l’opération policière, en fait, était programmée bien avant la rencontre Kharrazi -Villepin et qu’elle était "argumentée en droit", il reste que cette révélation de la diplomatie secrète française éclaire d’un jour nouveau les relations entre la France et l’Iran et surtout l’obstination d’un Nicolas Sarkozy devenu Président à remettre l’Organisation des Moujahidine du peuple sur la liste noire de l’Union européenne.

(*) Ed. Plon, Paris 2009, 298 pp, 21,35 €.
Publié dans l’édition du samedi 13 et dimanche 14 juin 2009, pages 18-19

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