lundi, novembre 28, 2022
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Point de Vue : Grâce ou désespoir ?

Par Ali Safavi*

UPI,  Paris – Alors que tout le monde respirait à l’annonce de la libération des 15 marins britanniques capturés par le régime iranien pendant près de deux semaines, la comédie jouée à la télévision par Mahmoud Ahmadinejad durant sa conférence de presse à Téhéran mercredi s’est avérée pour le moins pitoyable.

Maintenant que le calme est revenu, une simple question se pose : Qu’est-ce que Téhéran a voulu faire ? L’enlèvement sous la menace des armes a été à l’évidence une tentative de contrer les dures conséquences d’une deuxième résolution de sanctions en Iran, mais elle cherchait surtout à remonter le moral du patron des gardiens de la révolution iraniens terrassé par le choc de voir viser sa personne par un document de l’ONU. 

Après avoir menacé de juger les marins, puis demandé aux Britanniques de reconnaître que les marins avaient violé les eaux iraniennes, et insisté pour des excuses et jeté des pierres et des pétards contre l’ambassade britannique à Téhéran, Ahmadinejad et compagnie ont réalisé que tout ceci était devenu un responsabilité. Avec la montée de la pression internationale, ils ont compris qu’ils étaient allé trop loin et qu’ils n’avaient d’autre choix que de se retrancher derrière les frasques d’une remise de médaille et d’une évocation de la naissance du prophète de l’islam et des fêtes de Pâques durant les 45 minutes de divagations d’une brute-faite-président pour dissimuler une vérité essentielle : Les mollahs en Iran sont faibles et fragiles, et pour rester au pouvoir ils se raccrochent à n’importe quelle branche morte comme quelqu’un qui se noie.

Pour tous ceux qui ont suivi la conférence de presse, tout l’incident et en particulier le numéro lamentable d’Ahmadinejad était répugnant. On a vu ce bourreau surnommé le Terminator en Iran, faire l’éloge du pardon et de la miséricorde en cherchant à faire la morale. 

Mais plus pénible encore, c’est le fait que les Européens, obsédés par leurs poches, ont été des partenaires dociles face à ce comportement arrogant. Pendant des années, l’Occident a tendu l’autre joue face à l’intransigeance croissante de Téhéran. Il a fallu plusieurs années au Conseil de Sécurité pour imposer des sanctions aux mollahs après que leur programme secret d’armes nucléaires soit dévoilé par leur opposition, le Conseil national de la résistance iranienne en août 2002.

Bien que l’ingérence dévastatrice de Téhéran en Irak et son soutien actif  à Al-Qaïda et aux milices chi’ites dans ce pays ne fassent pas l’ombre d’un doute, d’aucuns proposent des deux côtés de l’Atlantique de se rapprocher du régime iranienne pour tenter de stabiliser l’Irak et mettre fin aux violences confessionnelles. Cela reviendrait manifestement à demander à un pyromane d’allumer un incendie.

Cette propension à la conciliation envers Téhéran a assuré aux tyrans qui gouvernent l’Iran d’une poigne de fer qu’ils peuvent continuer comme à l’accoutumée leurs brutalités, leurs prises d’otages et leur soutien au terrorisme en toute impunité.

Et qui paye le prix de l’indulgence occidentale ? La population iranienne et ceux qui luttent pour renverser les mollahs troglodytes d’Iran. Depuis avril 2006, au moins 200 personnes ont été pendues à Téhéran et en province, et des centaines d’autres condamnées à mort, y compris des dizaines de mineurs. Les mouvements de protestations des femmes, des enseignants, des chauffeurs de bus et des agriculteurs ont été écrasés par les organes de sécurité.  La presse écrite et les blogueurs ont aussi souffert.

Quant à l’opposition, alors que ses membres et sympathisants ont été brutalisés et exécutés en Iran, elle s’est retrouvée à l’étranger enchaînée dans les listes noires de l’Union européenne et des Etats-Unis. Même quand la seconde plus haute Cour de justice européenne a supprimé la désignation de terroriste du principal groupe d’opposition iranien les Moudjahidine du peuple – OMPI – par l’UE.  L’Union européenne a refusé d’obéir, se moquant de l’état de droit.  Et le Département d’Etat américain refuse de retirer l’OMPI de sa liste en collant à des allégations éculées qui remontent à plus de trente ans en arrière.  La raison : Comme l’a dit un haut diplomate britannique, retirer l’étiquette de terroriste de l’OMPI enverrait au régime iranien le signal que l’Occident recherche un changement de régime en Iran. 

L’idée que les mollahs joueraient le jeu s’il en valait la chandelle, n’est rien d’autre qu’une chimère. Comme le disait l’ayatollah Khomeiny de son vivant : « Un pas en arrière et tout l’édifice s’effondrera. » Le château de cartes des mollahs ne peut supporter le moindre pas en arrière dans sa quête insatiable d’armes nucléaires, de son ingérence en Irak et de son hostilité à la paix au Proche-Orient. Paradoxalement, en fondant sa théocratie sur la doctrine du Velayat-e-faghih (la suprématie absolue du religieux), Khomeiny a planté en sont sein la graine de sa propre destruction : Son incapacité à changer.

La question évidente est donc de savoir quelle est la meilleure option ? Comme l’a souligné la figure de proue de l’opposition iranienne Maryam Radjavi, ce n’est ni la guerre ni la complaisance, mais un changement démocratique par les Iraniens et leur résistance organisée.

Il est temps que l’occident ouvre les yeux sur cette réalité.

(Ali Safavi du mouvement d’opposition, le Conseil national de la Résistance iranienne, est président de Near East Policy Research, un cabinet d’analyses politiques à Washington.)

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