lundi, novembre 28, 2022
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Paris veut durcir les sanctions contre l’Iran

Par Alain Barluet

Le Figaro – En brandissant le "scénario du pire", la France pousse l’idée de mesures européennes contre Téhéran, hors du cadre de l’ONU.
 
« On ne peut pas faire plus pacifique que moi » : de Moscou où il se trouvait en visite hier, Bernard Kouchner s’est employé à atténuer l’onde de choc suscitée par ses déclarations, dimanche, selon lesquelles le monde devait « se préparer au pire », c’est-à-dire à la « guerre » avec l’Iran.

« Il n’y a pas de menace de guerre, en tout cas de la France », a dit hier le ministre des Affaires étrangères en qualifiant de « manipulation » l’interprétation belliqueuse de ses propos. « Il faut négocier, négocier sans relâche, sans crainte des rebuffades », a-t-il poursuivi. Cela étant dit, « il ne faut pas se voiler la face » – là réside l’essentiel du message que Bernard Kouchner, à la suite de Nicolas Sarkozy, s’attache à transmettre. « Il y a un scénario catastrophe qui avance à vive allure et que nous voulons éviter », expliquait-on hier au Quai d’Orsay. « Désormais, ajoutait-on, tous les risques sont sur la table : il faut agir vite et fort pour éviter ces risques. » Selon un haut diplomate, « il y a un sentiment d’urgence qui n’est pas seulement du côté de la France mais qui est de plus en plus partagé ».
 
L’hésitation allemande
 
Dans ces circonstances, Paris plaide pour un durcissement des sanctions, y compris à travers des mesures contraignantes mises au point par les pays de l’Union européenne, hors du cadre de l’ONU. Une démarche visant à démontrer à l’Iran la détermination de la communauté internationale et à pousser ce pays à renoncer à son programme d’enrichissement d’uranium. « Il s’agit de montrer tout le sérieux que nous attachons au processus de sanctions », relève-t-on. Ces mesures devraient viser des institutions financières, de crédit et d’assurances afin d’empêcher leurs activités, précise-t-on au ministère des Affaires étrangères. Paris a entrepris ses partenaires européens sur ce projet, mais les discussions seraient encore au stade liminaire.

 « Je ne vais pas répondre à une question qui n’est pas sur la table », a d’ailleurs répliqué hier le haut représentant de l’UE pour la politique étrangère, Javier Solana, à une question portant sur la perspective de sanctions hors ONU. Les Pays-Bas se sont exprimés favorablement. Le sujet est aussi évoqué avec Berlin, dont l’aval serait déterminant. Mais les Allemands, qui ont d’importants intérêts économiques en Iran, ne sont pas en pointe sur cette affaire, indiquait-on hier, en usant d’un euphémisme, au Quai d’Orsay. « Nous essayons de les convaincre, ils ne veulent pas apparaître comme ceux qui feraient obstacle à des sanctions », déclarait Nicolas Sarkozy, vendredi dernier.
 
Hier, Moscou a clairement signifié son opposition. « Si nous nous sommes mis d’accord pour travailler collectivement, dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU, à quoi bon des sanctions unilatérales ? » a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, après avoir reçu Bernard Kouchner.
 
Des consignes aux entreprises

 
À Paris, on fait valoir que des sanctions européennes ne seraient en rien contradictoires avec les sanctions votées, à deux reprises à l’unanimité, par le Conseil de sécurité. Le projet d’une troisième résolution doit être discuté vendredi à New York par les Six (les cinq membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne), en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. On relève également, côté français, que les pressions unilatérales exercées, avec succès, par les États-Unis sur de grands groupes et des institutions financières, n’ont pas suscité de critiques des Russes ni des Chinois. Des consignes ont aussi été passées aux entreprises françaises. On récuse toutefois la notion de « pressions ». « La France n’a pas conseillé aux entreprises françaises de cesser leurs activités en Iran mais de ne plus soumissionner en vue de nouveaux contrats », précise-t-on au Quai d’Orsay.

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