Ahmadinejad a les négociations directes quil voulait.
The Wall Street Journal, page déditorial, 1er juin Lorsque le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a remis publiquement une longue lettre insultante demandant des discussions directes avec les Etats-Unis le mois dernier, le président Bush la rejetée considérant quil ne valait pas la peine dy répondre. Mais hier, la secrétaire dEtat Condoleezza Rice a rendu la vraie réponse américaine : oui.
Dans un surprenant revirement de politique, Mme Rice a proposé de négocier directement avec les mollahs dIran sils suspendaient dabord toutes leurs activités denrichissement duranium et coopéraient avec les inspecteurs en armes des Nations Unies. La secrétaire dEtat semble avoir convaincu M. Bush, au détriment des doutes du vice président Cheney et des autres, que cétait la seule manière dempêcher les USA de sisoler puisque les alliés européens courent se mettre à labri et la Russie résiste à des sanctions de lONU. La façon dont cette nouvelle concession américaine va impressionner les mollahs et les soumettre est désormais de la responsabilité de Mme Rice. Bonne chance.
Il est vrai que cette offre présente un grand avantage : mettre fin à trois années de comédie où les « 3E » (la Grande-Bretagne, la France et lAllemagne) navaient aucune chance de freiner les ambitions nucléaires de lIran. Maintes et maintes fois, les trois Grands, pas si grands que ça, ont menacé de « conséquences » si lIran continuait denrichir de luranium, tout ça pour reculer et faire de nouvelles concessions, de la part de Washington cette fois. Les mollahs ont toujours voulu dialoguer directement avec les USA pour la reconnaissance implicite que ces discussions feraient naître, et maintenant leur rêve est devenu réalité.
En théorie, la ruse de Condi pourrait permettre dexposer les intentions réelles de lIran sil refusait de négocier sérieusement. En théorie aussi, une Amérique déterminée pourrait se servir de ces discussions directes afin dinsister pour que Téhéran entreprenne le démantèlement de ses sites nucléaires, comme la fait la Libye, assorti dinspections inopinées et importunes. Mais la proposition dhier ne requiert rien daussi important, et la Russie et la Chine sopposent toujours à des sanctions potentielles soi-disant en cours de négociation. Il nest même pas fait allusion à la sanction ultime de la force militaire, et encore moins dans les débats.
Au vu des concessions quil a déjà obtenues en refusant de coopérer, M. Ahmadinejad ne va pas se précipiter pour se soumettre maintenant. Déjà hier, lIran parlait de ces négociations directes en exigeant quil ny ait « aucune condition préalable ». Ceci était complètement prévisible et on peut parier que cette nouvelle requête de lIran sera bientôt répétée à Paris, à Moscou et dans une trop grande partie de Washington.
Il était bon dentendre le porte-parole du président Tony Snow parler de la condition préalable relative à lenrichissement comme de la « pierre angulaire » de la nouvelle proposition américaine. Mais est-ce que Mme Rice et son principal allié dans cette nouvelle orientation stratégique, le sous-secrétaire dEtat Nicholas Burns, vont bientôt faire pression sur M. Bush pour quil fasse aussi cette concession ?
Ce nest pas comme si lIran navais jamais soulevé dinquiétude, ne serait-ce quun peu, à propos de son programme nucléaire. Le Conseil de Sécurité de lONU a déjà demandé à lIran de suspendre lenrichissement duranium. Mais la réponse de lIran au délai fixé en avril a été dannoncer quil avait enrichi de luranium à un degré utilisé dans les réacteurs et quil développait des centrifugeuses sophistiquées pour en obtenir probablement 3000 avant la fin de cette année.
De plus, le président Ahmadinejad continue de nier que lholocauste a eu lieu, menace de rayer Israël de la surface de la Terre, se moque de M. Bush au sujet de la chute prochaine de la démocratie dans le monde, encourage le meurtre dAméricains en Irak, soutient le terrorisme au Liban et ailleurs, et parle plus généralement dun conflit imminent dans lequel la majorité des hommes vont périr. Nous supposons que cela apprendra à M. Burns de vouloir négocier avec ce fanatique, sauf que le département dEtat entier semble être presque aussi fanatique dans la quête dun accord quel quil soit.
Nous voudrions être plus optimistes mais une chose que na pas évoquée Mme Rice hier, cest le délai pour que lIran accepte loffre. Téhéran va certainement tenter de retarder léchéance le plus possible, lui donnant du temps pour fabriquer plus de centrifugeuses et avancer dans ses activités nucléaires. M. Burns pourrait bientôt discuter avec un Le Duc Tho iranien au sujet de la forme de la table des négociations de Genève.
La partie la plus désolante probablement de cette nouvelle diplomatie est limage quelle va renvoyer à lopposition interne en Iran. Le régime est largement impopulaire, mais il va se servir de cette reconnaissance implicite des USA pour montrer quil a gagné le respect du monde. Il va également exiger que les Etats-Unis cessent de soutenir les démocrates à lintérieur du pays, et faire la même chose en Europe et ailleurs. Nous espérons que M. Bush est absolument opposé à ce type dapaisement. Nous espérons aussi quil continuera à faire pression sur les mollahs en interdisant le financement du terrorisme par les Iraniens et la navigation en vertu de lInitiative de sécurité contre la prolifération, quand cela est justifié.
Lambition implacable de lIran pour larme nucléaire est un problème délicat, et peut-être Mme Rice a-t-elle raison de penser que la diplomatie directe est essentielle pour exposer les objectifs réels de lIran. Mais étant donné les antécédents de lIran, nous sommes tentés de croire que la secrétaire a fait prendre des risques à son président qui va bientôt subir une pression pour que de nouvelles concessions soient faites. Si cette ruse échoue, elle aura principalement réussi à donner aux mollahs plus de temps pour devenir une puissance terroriste nucléaire.

