AccueilActualitésActualités: NucléaireL’impasse nucléaire de Téhéran s’aggrave : rejet international et divisions internes

L’impasse nucléaire de Téhéran s’aggrave : rejet international et divisions internes

L’impasse nucléaire de Téhéran s’aggrave : rejet international et divisions internes
Une cascade de centrifugeuses sur le site nucléaire de Natanz, au centre de l’Iran

Une nouvelle manœuvre de Téhéran pour gagner du temps face aux pressions internationales n’a fait qu’accentuer son isolement. Le 10 septembre 2025, les puissances européennes et les États-Unis ont balayé d’un revers de main l’« arrangement » annoncé entre Rafael Grossi, directeur général de l’AIEA, et le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, le qualifiant de simple tactique dilatoire. En parallèle, l’accord a déclenché une violente querelle au sein de l’appareil politique iranien, révélant de profondes fissures dans la structure du pouvoir.

L’Occident rejette une « manœuvre dilatoire »

À Vienne, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne ont rappelé que, depuis le 13 juin 2025, l’Iran avait « pratiquement cessé toute coopération avec l’AIEA », laissant son stock d’uranium enrichi sans contrôle depuis plus de deux mois. Selon eux, Téhéran détient désormais 48 fois la limite autorisée par l’accord de 2015 (JCPOA), dont plus de 440 kilos enrichis à 60 % — une quantité « sans justification civile crédible ».

Les Européens ont rejeté toute tentative de négociations parallèles, soulignant que l’Iran « n’a pas besoin d’arrangements séparés » et que toute mesure doit s’inscrire dans le cadre de l’accord de garanties globales du TNP. Ils ont averti que, faute de rétablir une coopération complète avant la prochaine réunion du conseil de l’AIEA, celui-ci devrait tenir l’Iran pour responsable.

L’Union européenne a confirmé cette position, jugeant que la suspension de coopération « ne peut en aucun cas être justifiée », et exhortant Téhéran à reprendre immédiatement ses obligations, fournir des déclarations vérifiables sur ses stocks et autoriser l’accès à tous ses sites nucléaires.

Washington est allé plus loin : Howard Solomon, envoyé spécial par intérim, a dénoncé le fait que l’Iran ait cessé de respecter « les obligations les plus basiques et fondamentales » de son accord de garanties, estimant que le conseil devait être « extrêmement préoccupé par cette perte quasi totale et prolongée d’informations et d’accès ».

À deux semaines de l’échéance du mécanisme de « snapback », le régime iranien voit ses marges de manœuvre se réduire drastiquement.

La double rhétorique d’Araghchi

Si certains responsables du régime ont d’abord présenté l’annonce de Vienne comme une victoire diplomatique, Abbas Araghchi a rapidement infléchi son discours face au risque d’une réaction intérieure. Sur la télévision d’État, il a assuré que l’AIEA avait accepté les conditions de l’Iran : contrôles soumis à la loi parlementaire, demandes d’accès validées par le Conseil suprême de sécurité nationale, et sites nucléaires bombardés restant inaccessibles.

Il est allé plus loin, affirmant que l’accord reconnaissait les « préoccupations sécuritaires » de l’Iran, prévenant qu’en cas de sanctions automatiques, « cet accord n’aurait plus de validité ». Ce rétropédalage trahit la crainte du régime de paraître faible face à ses propres factions radicales et à l’appareil sécuritaire, dont la loyauté est cruciale pour la répression interne.

Le Parlement souffle sur les braises

Le Majlis (Parlement) a amplifié la discorde. Ahmad Bakhshayesh Ardestani, membre de la commission de la sécurité nationale, a lâché : « Nous aurions dû construire la bombe depuis longtemps. Nous en avons déjà payé le prix. » Une déclaration qui sape des années de propagande officielle sur un programme prétendument « pacifique ».

D’autres députés sont allés à l’offensive : Javad Hosseini-Kia a menacé d’arrêter Grossi s’il venait en Iran. Hamid Rasaee a accusé le gouvernement de « dissimulation », qualifiant le directeur de l’AIEA d’« espion ». Le quotidien Kayhan, proche du Guide suprême Ali Khamenei, a dénoncé un « nouveau leurre » comparable à l’accord de 2015, accusant les négociateurs de contourner le Parlement.

Dans le même temps, des figures liées aux Gardiens de la révolution, comme Amir Hayat-Moqaddam, ont averti qu’en cas de retour des sanctions onusiennes, l’Iran pourrait se retirer purement et simplement du TNP.

Entre propagande et colère des ultras

Coincé entre le rejet occidental et la fureur des radicaux, le gouvernement tente un équilibre précaire. Le porte-parole du président Masoud Pezeshkian a défendu l’accord tout en évoquant la possibilité de se retirer du TNP — une stratégie double : défier l’étranger tout en amadouant les factions extrémistes.

Cette cacophonie révèle un régime incapable de tenir une ligne cohérente. À l’extérieur, il tente d’afficher de la modération pour repousser les sanctions; à l’intérieur, il joue la surenchère pour satisfaire une base ultraradicale qui considère tout compromis comme une trahison.

Un régime acculé

La contradiction est flagrante. D’un côté, Téhéran cherche à tromper l’Occident avec des « arrangements » dénués de transparence. De l’autre, ses responsables se vantent de vouloir la bombe, menacent d’emprisonner les inspecteurs de l’AIEA et accusent Grossi d’être un agent israélien.

Ces discours irréconciliables soulignent la vulnérabilité du pouvoir : céder à l’étranger risque de provoquer une rupture interne, notamment au sein des forces de sécurité censées défendre le système.

La crise nucléaire iranienne franchit ainsi un nouveau seuil. La patience internationale s’épuise, les factions domestiques s’entredéchirent, et l’ombre du « snapback » menace d’asphyxier les exportations de pétrole et les circuits financiers. L’accord Grossi-Araghchi devait offrir un répit. Il n’a fait qu’exposer l’impasse d’un régime paralysé — pris entre isolement mondial et une société explosive qui voit de plus en plus ses rodomontades comme du vent.