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Les dirigeants religieux iraniens sont confrontés à des crises économiques de plus en plus profondes, à des divisions politiques croissantes et à des craintes croissantes de troubles publics. Le 9 septembre 2025, le Parlement du régime a tenu une séance à huis clos avec son président Massoud Pezeshkian, son cabinet et de hauts responsables financiers afin de faire face à l’inflation galopante, au creusement des déficits budgétaires et à la dégradation des conditions de vie. Au lieu de trouver des solutions, la séance a révélé un leadership paralysé par des divisions internes et incapable de gérer les crises.
Échec de la séance à huis clos du Parlement
Cette réunion de deux heures et demie a porté sur la flambée des prix, l’effondrement des services publics et l’incapacité du gouvernement à stabiliser l’approvisionnement énergétique. Malgré l’urgence de la situation, les législateurs sont sortis frustrés. Mostafa Pourdehghan, député d’Ardakan, a qualifié la session de « vide et inutile », déclarant à Tabnak qu’elle « ne méritait même pas d’être rendue publique ».
Il a déclaré que les députés s’étaient interrogés à plusieurs reprises sur les raisons pour lesquelles « tant d’institutions irresponsables épuisent le budget », mais que Pezeshkian et ses ministres « n’avaient proposé aucun plan, aucune feuille de route, aucune réponse ».
Ali Nikzad, vice-président du Parlement, a annoncé après la session que le Parlement suspendrait ses travaux pendant 18 jours. Pour un gouvernement confronté à un effondrement monétaire et à des pénuries nationales, cette pause prolongée témoigne de l’incapacité de ses dirigeants à agir.
Un budget qui s’effondre
La situation budgétaire de l’Iran a atteint un point de rupture. Des sources gouvernementales estiment le déficit budgétaire à 800 000 milliards de tomans, tandis que le Fonds monétaire international prévoit qu’il pourrait atteindre 1,8 quadrillion de tomans – un déficit sans précédent qui limite la capacité du régime à financer les services essentiels.
Au cours de la session, le directeur de l’Organisation du budget et de la planification a reconnu son incapacité à mettre en œuvre des réformes, déclarant : « Partout où nous touchons, certains groupes crient.» Les députés ont interprété cela comme la preuve que de puissantes factions de l’élite bloquent toute restructuration sérieuse.
Pourdehghan a insisté sur les raisons pour lesquelles, « avec toutes les recettes pétrolières et fiscales », le gouvernement « ne parvient toujours pas à maîtriser ses dépenses ». Les législateurs ont averti que « si cela continue, la situation du pays s’aggravera considérablement ».
Nucléaire : stratégie de la corde raide et luttes intestines entre les élites
Par ailleurs, Ahmad Bakhshayesh Ardestani, membre de la Commission de sécurité nationale du Parlement, a déclaré dans une allocution distincte : « Nous aurions dû fabriquer la bombe il y a longtemps. Nous en avons déjà payé le prix.» Sa déclaration souligne les pressions croissantes exercées sur le régime pour qu’il abandonne les limites nucléaires, dans un contexte de crises nationales et internationales croissantes.
Après la guerre de 12 jours, les parlementaires du régime ont débattu du retrait du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), le présentant comme une mesure de représailles contre les gouvernements européens suite aux menaces de nouvelles sanctions.
De plus, Abbas Araghchi, ministre des Affaires étrangères du régime, a été la cible d’attaques féroces. Plusieurs députés l’ont accusé de « brader les intérêts nationaux » et ont averti qu’il préparait un « nouveau Turkmenchay » – une référence au traité humiliant de 1828 avec la Russie. Hosseinikia, un autre député, a averti : « Le ministère des Affaires étrangères et M. Araghchi doivent savoir qu’ils ne peuvent pas abandonner nos intérêts nationaux aux traîtres européens. S’il outrepasse ses limites, le Parlement le destituera et le traduira en justice. »
Ces affrontements coïncident avec la décision parlementaire de suspendre la coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), accusant le directeur général Rafael Grossi d’avoir « trahi l’Iran » en « transmettant des données nucléaires classifiées aux États-Unis et à Israël ».
L’isolement international s’accentue
Les ressources économiques vitales de l’Iran continuent de se réduire sous le poids de la corruption, de la mauvaise gestion et de l’isolement diplomatique. Mohsen Ghomseri, ancien haut responsable de la Compagnie pétrolière nationale iranienne, a reconnu l’exclusion du régime des marchés mondiaux : « Il y a trente ans, tout le monde voulait savoir où se trouvait la délégation iranienne. Aujourd’hui, nous ne sommes même plus invités [aux sommets pétroliers].»
La déclaration de Ghomseri souligne le déclin de l’influence de Téhéran sur les marchés internationaux de l’énergie. Avec la réimposition des restrictions imposées par l’ONU et le renforcement de l’application de la loi, l’Iran rencontre des difficultés croissantes pour accéder aux acheteurs et obtenir des financements pour ses exportations de pétrole, ce qui accentue la pression sur une économie en déclin.
Pressions croissantes sur Pezeshkian
Massoud Pezeshkian, autrefois intronisé comme une « figure de consensus » pour gérer les tensions internes, est désormais attaqué par de multiples factions. Certains législateurs ont déjà préparé des motions de destitution contre les ministres de l’Énergie, du Travail et du Logement, les accusant d’« incompétence » et de « mauvaise gestion ».
Au Parlement, des députés extrémistes ont accusé Pezeshkian de se livrer à des « dépenses de luxe » alors que les Iraniens ordinaires luttent contre la flambée des prix alimentaires et l’effondrement des infrastructures. Abdolreza Mahmoudi, représentant de Khamenei à Chiraz, a averti que les « divisions multiformes » minaient la stabilité du régime: « Chaque micro, chaque tribune et chaque plume semant la discorde doivent être condamnés. L’unité est nécessaire, surtout en ce moment.»
Cette remarque met en évidence une panique croissante au sein du cercle proche de Khamenei, qui craint que la dissidence ouverte au sein de l’élite dirigeante n’enhardisse une opposition sociale plus large.
Peur du soulèvement
Derrière ces combats se cache une inquiétude plus profonde: l’aggravation des difficultés économiques pourrait déclencher une nouvelle vague de troubles à l’échelle nationale. Avec des coupures de courant à répétition, une inflation galopante, des salaires impayés et un chômage généralisé, l’Iran est confronté à des pressions sociales comparables aux manifestations de 2019 et 2022 qui ont ébranlé les fondements du régime.
La réponse du régime a été contradictoire : il a redoublé les efforts pour réprimer les forces de sécurité tout en affichant publiquement sa défiance envers les puissances occidentales. Les responsables continuent de proférer des menaces concernant l’enrichissement de l’uranium, les programmes de missiles et la fermeture des voies diplomatiques. Mais les analystes soulignent que cette rhétorique belliqueuse vise autant les forces de sécurité du régime que les interlocuteurs étrangers, et vise à rassurer le CGRI et le Bassij sur la fermeté de leurs dirigeants.
Alors que l’économie se contracte et que les fractures politiques se creusent, la stratégie de Khamenei repose sur le contrôle des discours officiels, la répression de la dissidence et l’image de force, alors même que son gouvernement peine à gérer les fondamentaux de la gouvernance.

