mercredi, décembre 7, 2022
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Nucléaire : Pourquoi les États-Unis ne font pas confiance à l’Iran ?

Nucléaire : Pourquoi les États-Unis ne font pas confiance à l’Iran ?The Christian Science Monitor – De Peter Grier– Quand on leur demande pourquoi ils se méfient des intentions nucléaires de l’Iran, les dirigeants américains parlent de Natanz.

Le site nucléaire iranien de Natanz est situé dans une région isolée à environ 320 km au sud de Téhéran. Les installations principales se trouvent en souterrain, des bretelles d’accès pour les véhicules étant cachées derrière des bâtiments factices. La construction sur ce site s’est poursuivie ces derniers mois malgré les négociations nucléaires de l’Iran avec l’Occident, des photos prises par satellite exposant au moins sept nouveaux bâtiments.

Les dirigeants iraniens disent depuis longtemps qu’ils mènent des recherches nucléaires dans un but pacifique. Ils prétendent vouloir uniquement savoir comment produire du combustible fissible pour des centrales électriques, comme ils ont le droit de le faire en vertu des termes du Traité de Non-prolifération.

Cette explication n’a aucun sens venant d’une nation détenant 10 pourcent des réserves mondiales en pétrole, rétorquent les dirigeants américains et certains experts indépendants. Ils affirment que le béton et l’acier qui composent les infrastructures nucléaires de l’Iran montrent les réelles intentions de Téhéran.

« Elle se construit sous nos yeux », déclare David Albright, président de l’Institut pour la science et la sécurité internationale (Institute for Science and International Security), à propos de l’usine de Natanz.

Jeudi, les États-Unis ont répété que ni eux ni leurs partenaires européens ne voulaient revenir à la table des négociations avec l’Iran. La communauté internationale est unie dans sa méfiance à l’égard de Téhéran concernant la technologie nucléaire, a déclaré la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice. « Nous avons bien fait comprendre que le moment était venu pour un renvoi de l’Iran devant le Conseil de Sécurité [de l’ONU] », a affirmé Rice à la presse avant un meeting avec le ministre des Affaires Étrangères de la Corée du Sud.

Le choix de Rice du terme « renvoi » était délibéré. Si l’Iran faisait seulement l’objet d’un « rapport » au Conseil de Sécurité, le débat manquerait de poids légal. Un « renvoi » formel est nécessaire pour que le Conseil impose des pénalités, telles que des sanctions économiques.

Les hauts responsables iraniens, pour leur part, insistent pour dire que leur programme nucléaire est pacifique. Mais ils ont gardé leur attitude de défi malgré l’intensification des critiques internationales.

Lundi, le représentant de l’Iran auprès de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA), Ali Asghar Soltanieh, a déclaré que Téhéran prendrait de l’avance dans son programme d’enrichissement d’uranium de grande envergure si le pays était renvoyé devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. Un tel renvoi serait une « décision hâtive », a-t-il confié à Associated Press.

Le programme nucléaire de l’Iran a débuté en 1959 lorsque le Shah a acheté aux États-Unis un réacteur de recherche.

Le Shah avait un grand projet de réseau de 23 réacteurs électriques, mais celui-ci ne constituait pas de danger aux yeux des USA, car il était un allié et ne cherchait pas de technologie servant à enrichir ou à traiter le combustible nucléaire.

Dans les années qui ont suivi la révolution iranienne, les inquiétudes des États-Unis au sujet des efforts nucléaires de l’Iran se sont concentrées sur l’aide russe dans le projet de réacteur nucléaire de Bushehr. Ces craintes se sont accentuées en 2002, lorsqu’un groupe dissident iranien, le Conseil National de la Résistance Iranienne, a exposé au grand jour les sites nucléaires secrets de Natanz et d’Arak.

Cette révélation a forcé l’Iran à déclarer ces usines auprès de l’AIEA, puisque Téhéran fait partie des signataires du Traité de Non-prolifération. Ce n’est pas juste ce secret qui a préoccupé les États-Unis, mais la nature de ces sites fraîchement mis à jour, et en particulier Natanz.

Le site de Natanz de 100000 mètres carrés abrite une usine pilote d’enrichissement d’uranium par centrifugeuses, ainsi qu’une future usine de centrifugeuses à échelle industrielle. Si l’Iran parvient à maîtriser la technologie de l’enrichissement, le pays sera capable de produire sa propre matière fissile, y compris d’éventuels matériaux pour la fabrication de bombes, et il aura franchi l’obstacle le plus ardu sur la voie de l’accession au statut de puissance atomique.

Le 10 janvier, l’Iran a levé les scellés de l’AIEA placés à Natanz et sur d’autres installations qui garantissaient la suspension du travail. Les centrifugeuses, qui enrichissent l’uranium sous forme de gaz en tournant à une vitesse extrêmement élevée, sont difficiles d’utilisation et l’Iran pourrait avoir des difficultés à redémarrer son usine pilote de centrifugeuses.

« Ce ne sont pas encore tout à fait des vieilleries, mais cela demandera beaucoup d’efforts pour les remettre en état de marche et les faire fonctionner », a affirmé Charles Ferguson, expert en science et technologie nucléaires au Conseil des relations étrangères.

Combien d’années pour produire une bombe ? Une fois que les centrifugeuses fonctionneront, le compte à rebours sera lancé pour les estimations de l’Occident afin de déterminer quand l’Iran aura suffisamment de matière fissile pour une arme nucléaire. Les services de renseignements israéliens affirment que l’Iran n’est qu’à deux années de la bombe, mais d’autres pensent que cela prendra plus de temps.

Samedi, Israël a répété qu’ils n’accepteraient en aucun cas un Iran nucléaire. Dimanche, l’Iran a déclaré qu’Israël commettrait une « erreur fatale » s’ils entreprenaient une action militaire contre le programme nucléaire de Téhéran et a rejeté les menaces de l’État juif les qualifiant de « jeu puéril ».

L’Institut pour la science et la sécurité internationale, qui a montré la semaine dernière les photos satellite de Natanz, a avancé que l’Iran pourrait avoir sa première arme nucléaire d’ici 2009.

Mais pourquoi l’Iran ne veut-il pas utiliser les centrifugeuses pour produire de l’uranium moins enrichi pour des réacteurs électriques ? C’est ce que Téhéran affirme vouloir faire.

Les services de renseignements américains répondent que l’Iran a caché les usines à l’AIEA, acte pour le moins suspect. Téhéran n’a pas non plus raconté d’où lui viennent les centrifugeuses, bien que les experts pensent qu’elles proviennent du Pakistan.

De plus, l’investissement de l’Iran dans le cycle du combustible nucléaire n’a aucun sens d’un point de vue civil, déclarent les USA. L’Iran manque de gisement d’uranium naturel lui permettant de se suffire à lui-même dans un programme d’énergie nucléaire civil, d’après une analyse du ministère de l’Énergie réalisée en 2005. Celui-ci a annoncé que les infrastructures nucléaires de l’Iran sont de taille appropriée pour l’armement nucléaire, comparé au programme d’une autre nation, le Pakistan vraisemblablement.

« Il est difficile d’échapper à la conclusion selon laquelle l’Iran cherche à se procurer des armes nucléaires », souligne l’analyse du ministère.

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