vendredi, décembre 9, 2022
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Mir Hossein Moussavi, l’autre face du khomeinisme

"en raison du massacre de 1988, Mir Hossein Moussavi est condamné par le tribunal du peuple" dit la bannière brandie par les étudiants dans un discours de MoussaviPar Mohammad Amine*

CNRI – Pour les Iraniens,  Mir Hossein Moussavi porte un nom qui à la fois le rattache au poste officiel le plus important du régime des mollahs et cadre sa pensée : « le premier ministre de Khomeiny pendant la guerre ». Les Iraniens lui reprochent d’avoir mené cette guerre meurtrière de huit ans, alors qu’il était possible de signer la paix dès les premières années.

"En raison du massacre de 1988, Mir Hossein Moussavi est condamné par le tribunal du peuple" dit la bannière brandie par les étudiants dans un discours de Moussavi

Par Mohammad Amine*

CNRI – Pour les Iraniens,  Mir Hossein Moussavi porte un nom qui à la fois le rattache au poste officiel le plus important du régime des mollahs et cadre sa pensée : « le premier ministre de Khomeiny pendant la guerre ». Les Iraniens lui reprochent d’avoir mené cette guerre meurtrière de huit ans, alors qu’il était possible de signer la paix dès les premières années.

Moussavi est né en 1941 dans une petite ville du nord-ouest de l’Iran. Il n’était pas connu avant la révolution de 1979, ni dans les milieux intellectuels, ni dans les milieux opposés à la dictature. Mais quand les mollahs au pouvoir ont créé le Parti de la république islamique, il s’y est très vite fait remarquer. Soumis à des luttes d’influences internes, les têtes du parti ont décidé de s’unir pour faire face au mouvement démocratique, aux libéraux et aux Kurdes autonomistes. Un parti qui à cause de son idéologie fascisante et de ses groupes de pression, a été baptisé par l’opinion publique le « parti des matraqueurs » et a rapidement focalisé l’aversion générale.

Parce qu’il théorisait les actions des groupes de pression, Moussavi sous des allures intellectuelles, a attiré l’attention de Behechti (un mollah très influent et proche de Khomeiny). Il est alors devenu directeur du quotidien « Djomhouri Eslami », journal qui tient le rôle de Völkischer Beobachter du parti nazi.

De 1979 à 1980, ce journal est chargé de mobiliser les intégristes contre le parti libéral de Bazargan (premier chef du gouvernement post-révolutionnaire) et la principale opposition à Khomeiny, les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). L’organe va ensuite devenir celui de la propagande de guerre des gardiens de la révolution.

En 1980, Moussavi accède au poste de  ministre des Affaires étrangères. A l’époque où les frictions dans les cercles dirigeants deviennent monnaie courante, il adhère à la « la ligne de l’imam », un courant extrémiste partisan du développement de la guerre avec l’Irak et de l’utilisation de méthodes cruelles pour réprimer les opposants.

Son soutien sans faille à l’exécution de plusieurs milliers d’opposants politiques durant l’été 1981 lui donne une réputation d’ultra fidèle de Khomeiny. En automne 1981, son mentor le nomme au poste de Premier ministre. Personne ne croyait que le Moussavi sans turban tiendrait longtemps à ce poste. Or il y reste huit ans parce qu’il respectait à la lettre et les yeux fermés tout ce que lui disait Khomeiny. C’est pourquoi il était son favori. Dans ses désaccords avec Khamenei (l’actuel guide suprême à l’époqe président de la République), Khomeiny apportait un soutien unilatéral à Moussavi.

Au cours de ces huit ans, Moussavi a été un porte-drapeau de la « Ligne de l’imam », pour la poursuite de la guerre, les services illimités rendus aux gardiens de la révolution et ses positions anti-impérialistes. A cette époque, il avait bien expliqué l’utilité de faire usage des slogans hostiles à « l’impérialisme américain » : « scander « Mort à l’Amérique » (…) était le meilleur instrument pour contrer les groupes [d’opposition]. Ce slogan a joué un rôle bien plus efficace dans l’élimination des groupes que l’appareil de renseignement » (journal Djomhouri Eslami, 3 septembre 1988).

En tant que Premier ministre des années 1980, Moussavi compte au nombre des responsable du massacre de plus de 30.000 prisonniers politiques de 1988. L’ensemble de ses meetings électoraux sont actuellement perturbés par les Iraniens qui le somment d’avouer ses crimes pendant ces années de plomb.

La mort de Khomeiny en 1989 fait de lui un orphelin politique. Elle le plonge dans un silence de 20 années, parce que celui qui est devenu guide le tient en disgrâce.

Mais quand en 2009, Khatami se porte candidat à la présidence, le guide suprême voit en Moussavi le moyen idéal pour écarter Khatami. Il lui donne son feu vert et exerce en même temps des pressions sur Khatami pour le mettre hors jeu, d’autant plus que ce dernier avait promis de se retirer en cas de candidature de Moussavi. L’ancien premier ministre le savait. En se portant candidat il a du coup contraint son allié et ami à déclarer forfait.

Dans sa profession de foi de candidat, outre son allégeance et sa fidélité à Khomeiny et au caractère sacré de la guerre de huit ans contre l’Irak, il a insisté sur deux principes essentiels des mollahs :

– La poursuite du projet d’armement atomique, de sorte qu’ « aucun gouvernement n’osera reculer dans ce domaine ».
– l’opposition à tout changement dans la constitution du guide suprême.

Moussavi ne se considère pas comme un réformateur, mais comme un fidèle conservateur de l’héritage du khomeinisme.

* Mohammad Amine est un expert en affaires politiques iraniennes publié dans la presse internationale

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