mercredi, décembre 7, 2022
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L’émouvant témoignage de Marzieh l’immolée

Par Valérie Mahaut

Le Parisien, 16 octobre – De ses mains détruites, elle réajuste son foulard. Le tissu glisse sur sa chevelure incomplète, les brûlures ont empêché la repousse. Ses doigts ne sont que des cicatrices, mais son regard est vif. Après plus de quatre ans, Marzieh sort du silence.

 

Cette iranienne de 45 ans, une des trois « immolées de la rue Nelaton », témoignera aujourd’hui au procès de deux de ses compatriotes, compagnons de résistance au régime islamiste iranien, soupçonnés d’avoir incité au sacrifice dans les flammes. « A travers ce procès, je ressens que c’est moi que l’on juge. On ne me reconnaît pas le droit de choisir mon destin », assène Marzieh la courageuse, comme la définissent ses amis. Elle « ne regrette rien » et assume cette « décision pas simple », qui consiste à se brûler vive : « je n’avais plus que ma propre existence pour parler. »

Le 18 juin 2003, Marzieh est « sous le choc ». Elle ne comprend pas « la rafle », cette énorme descente dans la communauté iranienne d’Auvers-sur-Oise (Val d’Oise). Plus de mille policiers arrêtent 164 réfugiés politiques membres de l’organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI) dont certains furent suspectés de fomenter des actes terroristes. « Mes amis étaient en garde à vue. J’ai pris le RER jusqu’à Paris, seule, pour aller à la DST. Il y avait quelques Iraniens sur la place.  A ses amies d’écoles. « Tout m’est revenu », dit-elle. Elle « prend sa décision J’ai passé la nuit là-bas. »

Pendant son trajet, Marzieh est assaillie pas ses souvenirs : « les pendaisons », « l’assassinat » de ses frères, « les tortures » infligées à ses amies d’école. « Tout m’est revenu », dit-elle. Elle « prend sa décision » dans une sorte de fulgurance, vingt-quatre heures après les arrestations. « Je suis allée chercher ce qu’il faut, avec cette conviction que je devais agir. J’ai aspergé l’essence, j’ai mis le feu. Mon corps s’est enflammé et puis… je ne sais plus. » C’est elle qui s’immole la première, deux autres en font autant, dont une qui mourra. Plongée dans le coma, Marzieh se réveille six mois plus tard. « Je ne savais pas où j’étais. Je croyais être en Iran et qu’on allait me torturer. » Aujourd’hui, cette « femme de conviction » au corps brûlé à 47% a subi des dizaines d’opérations et vit  discrètement dans le Val d’Oise. Elle se repose, reçoit ses amies. Mais son invalidité ne l’empêche pas de poursuivre ses « activités. Rencontrer un amoureux, avoir des enfants ? « J’ai des objectifs préalables », sourit Marzieh : voir « l’Iran libre ».

 

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