mercredi, février 8, 2023
AccueilActualitésActualités: Iran & MondeL'ONU appelée à durcir les sanctions contre l'Iran

L’ONU appelée à durcir les sanctions contre l’Iran

De notre correspondant à New York, Jean-Louis Turlin.

Le Figaro – Les Occidentaux voudraient accentuer la pression sur Téhéran à l’aide d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité. 
 
Le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été accueilli sans surprise au siège des Nations unies, où le dossier du nucléaire iranien va fatalement revenir. Pour l’ambassadeur français Jean-Marc de La Sablière, sa lecture « montre que l’Iran ne s’est pas conformé aux demandes du Conseil de sécurité. Je crois qu’il va aider à convaincre les autres membres du Conseil qu’une deuxième résolution est nécessaire ».

Le commentaire s’adresse indirectement à la Chine et à la Russie, qui s’étaient laissé convaincre de voter un premier texte de sanctions, le 23 décembre, donnant 60 jours à Téhéran pour suspendre ses activités d’enrichissement de l’uranium. Au terme de ce délai, c’est le constat, par l’AIEA, du refus iranien d’obtempérer, qui ouvre la voie à de nouvelles mesures contraignantes.
 
Mais c’est d’abord à Londres que va se dessiner, lundi, au niveau des directeurs politiques des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, le projet de la nouvelle résolution. Les Occidentaux (États-Unis, France et Grande-Bretagne) veulent faire monter d’un cran la pression politique sur le régime de Mahmoud Ahmadinejad, en élargissant le champ des sanctions aux transferts de technologie sensible, à une interdiction éventuelle de voyage à l’étranger pour certains officiels, voire à un gel d’avoirs financiers.
 
Moscou, cependant, ne semble pas disposé à aller plus loin dans la voie des sanctions. « Nous ne devrions pas perdre de vue l’objectif (…) qui est de parvenir à une issue politique », a déclaré jeudi l’ambassadeur russe Vitaly Churkin. Pour cela, il faudrait faire revenir les Iraniens à la table des négociations. Dans ce but, Paris continue de proposer la « double suspension », c’est-à-dire de suspendre les sanctions si Téhéran cède face à l’exigence de l’ONU et cesse d’enrichir l’uranium.
 
Washington, de son côté, paraît jouer sur deux tableaux. Tout en réaffirmant que l’envoi récent d’un deuxième porte-avions dans le Golfe ne préjuge pas d’intentions guerrières, l’Administration Bush serait prête à soutenir une deuxième résolution modérée, qui aurait l’avantage de maintenir l’unité du Conseil de sécurité et de lui épargner un nouvel accrochage avec Moscou. Cette position, rapportée par le Washington Post, répond à l’impératif stratégique que rappelle un diplomate européen à New York : une décision partagée par les cinq puissances nucléaires du Conseil de sécurité.
 
Le gouvernement iranien désarçonné
 
L’engagement unanime des Cinq, qui a permis l’accord du 23 décembre, a en effet été la clé de l’impact ressenti à Téhéran. « Il y a des gens en Iran qui reconnaissent que la voie dans laquelle ils se sont engagés n’est pas constructive », a estimé cette semaine la secrétaire d’État Condoleezza Rice. Son adjoint, Nicholas Burns, a pour sa part admis au New York Times que les États-Unis n’avaient pas « pleinement anticipé la force de l’impact » de la résolution de décembre, qui « a divisé le gouvernement à Téhéran et l’a franchement désarçonné ».
 
Autrement dit, Washington est convaincu de l’efficacité de la voie diplomatique. Restera à trouver le bon dosage pour rendre les sanctions plus gênantes pour Téhéran, tout en les rendant acceptables par Moscou et Pékin, afin d’aller, comme l’a dit le ministre des Affaires étrangères britanniques, Margaret Beckett, « vers un plus grand isolement de l’Iran ». Aucun texte n’est pour l’heure encore en chantier. La prochaine étape est la réunion du conseil des gouverneurs de l’AIEA, le 6 mars.