ُThe Associated Press, Bruxelles, 11 juin : le gouvernement iranien tente de gagner l’appui de la France afin de maintenir un important groupe d’opposition en exil sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne, a affirmé le groupe mercredi.
L’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran affirme que Téhéran concentre ses efforts sur la France suite au jugement du mois dernier de la Cour d’Appel de Londres invalidant la décision britannique. La décision de l’UE en 2002 d’inscrire le groupe sur sa liste noire, était fondée sur celle de la Grande-Bretagne.
L’Iran a dénoncé la décision de la Cour britannique. Les diplomates européens craignent que le fait de retirer le groupe de la liste ne provoque une réaction furieuse de la part de Téhéran, ce qui ferait dérailler les négociations sur le programme nucléaire de l’Iran, que le chef de la diplomatie européenne Javier Solana espère relancer avec une visite à Téhéran ce weekend.
Si le jugement de la Cour impose au gouvernement britannique de retirer sa plainte initiale, l’UE devra elle aussi enlever les Moudjahidine du peuple de sa liste, à moins qu’un autre gouvernement européen introduise une nouvelle demande pour son inclusion, a dit Jean-Pierre Spitzer, l’avocat français du groupe.
Les partisans des Moudjahidine du peuple affirment qu’ils ont la preuve que les Iraniens ont rencontré à plusieurs reprises des diplomates français afin de persuader Paris de déposer une demande pour maintenir le groupe sur la liste.
« Le gouvernement français a été la cible principale de Téhéran,» a précisé Mohammad Mohadessine, le président de la commission des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance iranienne, coalition de l’opposition incluant les Moudjahidine du Peuple.
Un responsable français à Paris a refusé tout commentaire sur cette affaire, en affirmant que la décision de maintenir ou non le groupe sur la liste est l’affaire de tous les gouvernements européens, qui discutent régulièrement de cette liste en catimini. Le responsable français a souhaité maintenir son anonymat en raison des procédures en cours.
Suite au jugement britannique du 7 mai, les Moudjahidine du peuple avaient espéré que l’UE les retirerait de la liste ce mois-ci à l’occasion d’une revue semi-annuelle. Cependant, Spitzer a confié lors d’une conférence de presse, qu’il craignait que l’UE n’utilise les délais en cours du Parlement britannique confirmant la décision légale, pour maintenir le groupe sur la liste durant encore six mois afin d’éviter de contrarier Téhéran.
Mohadessine a par ailleurs affirmé que l’Iran avait mis en garde contre des conséquences néfastes pour les intérêts français au Liban si Paris n’essayait pas de faire en sorte que les Moudjahidine du peuple soient maintenus sur la liste. L’Iran constitue un soutien majeur du groupe militant du Hezbollah au Liban.
La première visite depuis deux ans de Solana à Téhéran doit intervenir ce weekend afin de présenter à l’Iran un paquet de mesures incitatives internationales pour que l’Iran suspende son programme d’enrichissement nucléaire.
Mohadessine a ajouté qu’il était confiant sur le fait que les États-Unis allaient décider de retirer les Moudjahidine du Peuple de leur liste à l’occasion d’une révision de leur liste en octobre. Le groupe est présent sur la liste des organisations terroristes du Département d’Etat américain depuis 1997.
Le groupe dit avoir renoncé à la violence en 2001.

