mardi, novembre 29, 2022

L’Iran et la ruse de Condi

L’Iran et la ruse de Condi Ahmadinejad a les négociations directes qu’il voulait.

The Wall Street Journal, page d’éditorial, 1er juin – Lorsque le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a remis publiquement une longue lettre insultante demandant des discussions directes avec les Etats-Unis le mois dernier, le président Bush l’a rejetée considérant qu’il ne valait pas la peine d’y répondre. Mais hier, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice a rendu la vraie réponse américaine : oui.

Dans un surprenant revirement de politique, Mme Rice a proposé de négocier directement avec les mollahs d’Iran s’ils suspendaient d’abord toutes leurs activités d’enrichissement d’uranium et coopéraient avec les inspecteurs en armes des Nations Unies. La secrétaire d’Etat semble avoir convaincu M. Bush, au détriment des doutes du vice président Cheney et des autres, que c’était la seule manière d’empêcher les USA de s’isoler puisque les alliés européens courent se mettre à l’abri et la Russie résiste à des sanctions de l’ONU. La façon dont cette nouvelle concession américaine va impressionner les mollahs et les soumettre est désormais de la responsabilité de Mme Rice. Bonne chance.

Il est vrai que cette offre présente un grand avantage : mettre fin à trois années de comédie où les « 3E » (la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne) n’avaient aucune chance de freiner les ambitions nucléaires de l’Iran. Maintes et maintes fois, les trois Grands, pas si grands que ça, ont menacé de « conséquences » si l’Iran continuait d’enrichir de l’uranium, tout ça pour reculer et faire de nouvelles concessions, de la part de Washington cette fois. Les mollahs ont toujours voulu dialoguer directement avec les USA pour la reconnaissance implicite que ces discussions feraient naître, et maintenant leur rêve est devenu réalité.

En théorie, la ruse de Condi pourrait permettre d’exposer les intentions réelles de l’Iran s’il refusait de négocier sérieusement. En théorie aussi, une Amérique déterminée pourrait se servir de ces discussions directes afin d’insister pour que Téhéran entreprenne le démantèlement de ses sites nucléaires, comme l’a fait la Libye, assorti d’inspections inopinées et importunes. Mais la proposition d’hier ne requiert rien d’aussi important, et la Russie et la Chine s’opposent toujours à des sanctions potentielles soi-disant en cours de négociation. Il n’est même pas fait allusion à la sanction ultime de la force militaire, et encore moins dans les débats.

Au vu des concessions qu’il a déjà obtenues en refusant de coopérer, M. Ahmadinejad ne va pas se précipiter pour se soumettre maintenant. Déjà hier, l’Iran parlait de ces négociations directes en exigeant qu’il n’y ait « aucune condition préalable ». Ceci était complètement prévisible et on peut parier que cette nouvelle requête de l’Iran sera bientôt répétée à Paris, à Moscou et dans une trop grande partie de Washington.

Il était bon d’entendre le porte-parole du président Tony Snow parler de la condition préalable relative à l’enrichissement comme de la « pierre angulaire » de la nouvelle proposition américaine. Mais est-ce que Mme Rice et son principal allié dans cette nouvelle orientation stratégique, le sous-secrétaire d’Etat Nicholas Burns, vont bientôt faire pression sur M. Bush pour qu’il fasse aussi cette concession ?

Ce n’est pas comme si l’Iran n’avais jamais soulevé d’inquiétude, ne serait-ce qu’un peu, à propos de son programme nucléaire. Le Conseil de Sécurité de l’ONU a déjà demandé à l’Iran de suspendre l’enrichissement d’uranium. Mais la réponse de l’Iran au délai fixé en avril a été d’annoncer qu’il avait enrichi de l’uranium à un degré utilisé dans les réacteurs et qu’il développait des centrifugeuses sophistiquées pour en obtenir probablement 3000 avant la fin de cette année.

De plus, le président Ahmadinejad continue de nier que l’holocauste a eu lieu, menace de rayer Israël de la surface de la Terre, se moque de M. Bush au sujet de la chute prochaine de la démocratie dans le monde, encourage le meurtre d’Américains en Irak, soutient le terrorisme au Liban et ailleurs, et parle plus généralement d’un conflit imminent dans lequel la majorité des hommes vont périr. Nous supposons que cela apprendra à M. Burns de vouloir négocier avec ce fanatique, sauf que le département d’Etat entier semble être presque aussi fanatique dans la quête d’un accord quel qu’il soit.

Nous voudrions être plus optimistes mais une chose que n’a pas évoquée Mme Rice hier, c’est le délai pour que l’Iran accepte l’offre. Téhéran va certainement tenter de retarder l’échéance le plus possible, lui donnant du temps pour fabriquer plus de centrifugeuses et avancer dans ses activités nucléaires. M. Burns pourrait bientôt discuter avec un Le Duc Tho iranien au sujet de la forme de la table des négociations de Genève.

La partie la plus désolante probablement de cette nouvelle diplomatie est l’image qu’elle va renvoyer à l’opposition interne en Iran. Le régime est largement impopulaire, mais il va se servir de cette reconnaissance implicite des USA pour montrer qu’il a gagné le respect du monde. Il va également exiger que les Etats-Unis cessent de soutenir les démocrates à l’intérieur du pays, et faire la même chose en Europe et ailleurs. Nous espérons que M. Bush est absolument opposé à ce type d’apaisement. Nous espérons aussi qu’il continuera à faire pression sur les mollahs en interdisant le financement du terrorisme par les Iraniens et la navigation en vertu de l’Initiative de sécurité contre la prolifération, quand cela est justifié.

L’ambition implacable de l’Iran pour l’arme nucléaire est un problème délicat, et peut-être Mme Rice a-t-elle raison de penser que la diplomatie directe est essentielle pour exposer les objectifs réels de l’Iran. Mais étant donné les antécédents de l’Iran, nous sommes tentés de croire que la secrétaire a fait prendre des risques à son président qui va bientôt subir une pression pour que de nouvelles concessions soient faites. Si cette ruse échoue, elle aura principalement réussi à donner aux mollahs plus de temps pour devenir une puissance terroriste nucléaire. 
 

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