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L’Irak dans le chaos – L’héritage de l’intervention occidentale

par Struan Stevenson

publicserviceeurope.com, 4 septembre – L’aide économique occidentale à l’Irak devrait être fermement liée à une bonne gouvernance et des sanctions devraient être prises si les violations des droits de l’homme et la corruption persévèrent – estime l’eurodéputé.

Le monde civilisé semble avoir été frappé de mutisme. Des violations répétées des droits de l’homme, des arrestations arbitraires, des prisons secrètes, la torture et une série d’exécutions en Irak ne sont même pas parvenus à soulever un murmure en Occident. La semaine dernière 21 personnes, dont trois femmes, ont été exécutées en une seule journée en Irak. Deux jours plus tard, cinq autres personnes ont été pendues. Il y a eu 96 exécutions jusqu’à présent cette année. 196 prisonniers sont condamnés à mort et attendent leur exécution. Les Irakiens disent que la plupart, sinon tous, ont été reconnus coupables de terrorisme. Mais il semble que les confessions aient été, dans de nombreux cas, obtenues sous la torture.

Des informations fréquentes parviennent sur des procès inéquitables ne répondant pas aux normes internationales. De maigres renseignements sont rendus disponibles sur les noms des condamnés, les crimes dont ils sont accusés et s’ils ont eu accès à une représentation légale. Mais pour la plupart des Irakiens ordinaires – le spectacle de prisonniers cassés, torturés, traînés devant les caméras de presse et défilant sur le site officiel de la télévision Al Iraqiya, est devenu un quasi spectacle quotidien.

Quand les Américains ont fini par quitter l’Irak à la fin de l’an dernier, ils ont laissé derrière eux un gouvernement qui ne fonctionnait pas et une économie dévastée. Nouri Al Maliki a été reconduit dans ses fonctions de Premier ministre après les élections de 2010, en dépit du fait qu’il avait effectivement perdu l’élection par deux sièges face à son concurrent plus laïque Iyad Allaoui. Mais les mollahs, les voisins iraniens n’auraient pas toléré M. Allaoui, comme premier ministre irakien. Ils ont cajolé leurs troupes comme Moqtada Al-Sadr et Amar al-Hakim, afin d’unir leurs forces à celles d’al-Maliki pour former une coalition. En conséquence, le gouvernement prévu d’union nationale n’a jamais vu le jour et les engagements pris pour relier les chiites, les sunnites et les Kurdes n’ont jamais été mis en œuvre. Trois ministères clés – la sécurité, la défense et l’intérieur – restent vacants, avec tous leurs pouvoirs assumés par le bureau du Premier Ministre Al Maliki – qui exerce maintenant une immense autorité.

La corruption en série qui en résulte et les violations endémiques des droits de l’homme sont devenues une réalité de vie en Irak. Le pays est cinglé. Bagdad est toujours une zone de guerre. Les rues sont ensevelies dans du béton armé. Des chars ou des blindés sont postés à chaque coin de rue. Des mitraillettes sont plantées derrière des tas de sacs en sable. Les bunkers en béton et les miradors abondent. Les politiciens se déplacent en ville dans des voitures à 4 roues motrices, lourdement blindées et extrêmement chères. Une vague d’attentats-suicides et des fusillades ont attisé les flammes de l’insurrection, qui pourrait de nouveau s’embraser dans un conflit interne de grande envergure.

Alors, pourquoi l’Occident reste-t-il silencieux ? Eh bien, la réponse devrait être évidente. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont encore sous le coup de leur culpabilité collective d’avoir pris part à ce qui équivalait à une guerre illégale et à l’occupation de l’Irak. L’insurrection et le carnage, qui en résultent ont coûté la vie à des dizaines de milliers de civils irakiens innocents. Mais les Américains étaient déterminés à montrer qu’ils avaient laissé derrière eux une démocratie qui fonctionne ; après l’énorme prix qu’ils avaient payé en sang et en argent, ils ne pouvaient rien faire de moins. Ils se sont donc réjoui de la ré-investiture d’Al-Maliki comme Premier ministre et ont, depuis, joué aux aveugles face à tous les abus qu’il commet.

Lorsque cinq divisions de troupes irakiennes lourdement armées de chars et de blindés ont fauché des centaines de demandeurs d’asile iraniens désarmés dans une attaque violente au camp d’Achraf dans le nord de Bagdad, le 8 avril 2011, ça a marqué une nouvelle dépression dans la spirale d’abus et de déclin du pays. Quelques 35 hommes et femmes innocents ont été tués, d’autres sont morts de leurs blessures épouvantables. Plutôt que de tenir Al-Maliki pour qu’il rende compte de ce massacre odieux, les Américains n’ont rien dit.

Lorsque les survivants du massacre se sont mis à migrer vers un nouveau site ressemblant à une prison près de l’aéroport de Bagdad, ironiquement appelé camp Liberty, les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations Unies n’ont rien dit non plus quand un commandant du massacre – le colonel Sadeq – a été nommé par Maliki pour diriger le nouveau site. Honteusement, le département d’Etat américain s’est même associé à une tentative de faire visiter le Parlement européen au colonel Sadeq, plus tôt cette année. Maintenant, plus de 2400 réfugiés sont pris au piège au camp Liberty. Ils sont privés de liberté de circulation, d’accès à des avocats, des visites d’amis ou de la famille ou même des politiciens – tandis que les mielleux fonctionnaires américains et onusiens font les louanges du régime brutal de Maliki.

L’Occident devrait baisser la tête dans un sentiment de honte collective. Il ne doit pas rester les bras croisés alors que la répression, la torture et les exécutions vont bon train en Irak. Publier des communiqués de presse lourds de reproches depuis Bruxelles, Washington et de Londres, ça ne suffit pas. Maliki doit être mis au pas. L’aide économique en faveur de l’Irak doit être fermement liée à la bonne gouvernance et des sanctions doivent être prises si les atteintes aux droits humains et la corruption persévèrent.

Struan Stevenson est un eurodéputé européen du Parti conservateur écossais. Il est également président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak.

Pour en savoir plus : http://www.publicserviceeurope.com/article/2404/iraq-in-chaos-the-legacy-of-western-intervention#ixzz25XZPxtE6