dimanche, décembre 4, 2022
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L’intervention flagrante et cachée de l’Iran en Irak

Par Ma’ad Fayad

Asharq Al-Awsat (grand quotidien arabe publié à Londres) – Vingt kilomètres au sud de Bagdad se trouve la ville de Tisfoun, qui est le nom persan pour ce qui fut autrefois la capitale de l’empire perse avant sa libération par Saad Ibn Abi Waqqas dans la bataille de Qadissiyah. C’est là où le Palais de Kisra s’élevait, et dont il ne reste qu’un arc (Taq-i Kisra) et les ruines de la cour du palais (Iwan).

Par Ma’ad Fayad

Asharq Al-Awsat (grand quotidien arabe publié à Londres) 19 mai – Vingt kilomètres au sud de Bagdad se trouve la ville de Tisfoun, qui est le nom persan pour ce qui fut autrefois la capitale de l’empire perse avant sa libération par Saad Ibn Abi Waqqas dans la bataille de Qadissiyah. C’est là où le Palais de Kisra s’élevait, et dont il ne reste qu’un arc (Taq-i Kisra) et les ruines de la cour du palais (Iwan).

Cet arc avait été mis sous la tutelle de l’Autorité irakienne des Antiquités d’État jusqu’au début des années 1980. Après le déclenchement de la guerre Iran-Irak, le président irakien d’alors, Saddam Hussein, avait ordonné qu’il soit négligé et entouré d’une barrière pour empêcher les visites, estimant qu’il s’agissait d’un symbole de la domination iranienne sur le territoire irakien. Et en effet, des sections importantes, particulièrement les ailes du palais, ont commencé à s’effondrer inquiétant les archéologues universitaires qui considéraient ce monument architectural comme un témoignage de civilisation humaine.

Certains des résidents des villes visées et attaqués par des milices armées confessionnelles disent que l’on cherche à vider le secteur de ses habitants sunnites pour que les Iraniens puissent prendre le contrôle des villes et reconstituer Taq-i Kisra – sur l’idée que le monument persan antique atteste de leur ancienne gloire historique.

A l’inverse, des factions iraniennes ont cherché à démolir « Qaws al Nasr »  [l’Arc de la Victoire à Bagdad], construit par Saddam Hussein en 1981 sur la Place Ihtifalat, qui se trouve près du quartier de Harithiya. Ce monument est fait de deux bras armés gigantesques qui sont la réplique exacte des bras du président irakien décédé portant deux sorte d’épées arabes qui se croisent, tandis que sur le terrain alentour sont dispersés 5.000 casques iraniens [venus des champs de bataille de la guerre Iran-Irak]. Les casques sont un témoignage de la victoire de « Qadisiyah » de Saddam, comme l’on  disait officiellement et populairement à l’époque. Aujourd’hui, les casques restent collés dans l’asphalte de la rue Mar sous l’Arc de la Victoire.

Une décision gouvernementale a failli être adoptée pour détruire l’arc et enlever les casques iraniens du sol, en partie pour apaiser l’Iran, mais aussi parce que la construction rappelait l’ancien régime. Sans les efforts de Kadhimiy Al-Mustafa, un membre majeur de la Fondation de la Mémoire de l’Irak fondée par l’universitaire irakien Kanan Makiya, le monument aurait été démoli. Ils en réussi en se basant sur la revendication de la fondation comme quoi la zone de la Place Al-Ihtifalat appartient à la fondation.

Mais si une certaine influence iranienne en Irak est dissimulée et opère dans l’ombre, il y a une présence beaucoup plus prononcée qui se manifeste dans les divers aspects de la vie irakienne. Asharq Al-Awsat a récemment contrôlé la présence iranienne en Irak seulement pour découvrir que c’était très concret. Sur les marchés irakiens, les marchandises iraniennes s’étalent dans les vitrines et les échoppes. Les marchandises portent des étiquettes en persan et proposent des produits alimentaires, des produits pharmaceutiques et de l’équipement électronique. En entrant dans n’importe quelle pharmacie de Bagdad à la recherche de n’importe quel médicament, le pharmacien vous demandera « voulez-vous le produit iranien, jordanien, ou occidental ? » En général les Irakiens optent pour la version iranienne du médicament, car c’est la moins chère. Cela s’applique aussi à quelques produits électriques et des pièces mécaniques de base.
 
Pendant des siècles, le célèbre et historique marché d’Al-Shorga a toujours fourni des produits alimentaires et des biens de consommation, dont tous étaient des produits iraniens vendus à prix de gros imbattable. De plus, les Irakiens sont habitués à la présence de marchands iraniens parlant dans leur langue maternelle. En fait, on entend généralement parler persan en Irak tandis que les Rials et les Toman iraniens et [chaque Toman vaut dix Rials iraniens] circulent largement sur les marchés de Bagdad, Karbala et Bassora. Un docteur irakien de Bassora a dit à Asharq Al-Awsat, « Nous sommes obligés d’apprendre le persan pour d’être capable de communiquer avec les gens », a-t-il dit.

Mais les Irakiens se rappellent encore du député qui avait demandé à l’ancienne Assemblée nationale de prendre en compte la nationalité persane, sur la base du fait que c’était la quatrième nationalité en Irak après les Arabes, les Kurde et les Turkmènes. La suggestion avait rencontré une forte censure de la majorité de députés – dont beaucoup n’hésitent pas à échanger des mots en persan avec leurs collègues lors des réunions parlementaires.

La présence physique d’Iraniens en tant que peuple est évidente dans les villes de Karbala, Najaf et Bassora. Mais si leur présence dans Karbala et Najaf est justifiée par leurs visites des lieux saints de l’Imam Ali et de ses fils les Imams Hussein et Abbas, ce qui est un devoir pour les croyants chi’ites, leur présence à Bassora est imposée, comme certains le croient.

C’est à Karbala où la présence des Iraniens est la plus visible. On peut voir des centaines de touristes iraniens autour des hôtels, des marchés et dans les rues, cependant cette présence est considérablement réduite à Nadjaf, dont les résidents sont inflexibles pour empêcher un afflux iranien dans la ville bien qu’il ait un effet positif sur l’économie.

"Notre économie est en hausse chaque fois que nous avons des vagues de visiteurs iraniens. Cependant, la plupart préfèrent retourner à Karbala et s’installer là-bas malgré les nombreux hôtels que nous avons ici," dit Abbas al Machadi qui possède un magasin de confection dans la Rue Al-Rassoul, près du Mausolée de l’Imam Ali, le lieu saint de Najaf. « Les marchands de Najaf font leurs transactions en persan et utilisent la monnaie iranienne pour les encourager [les visiteurs]", ajoutent-ils.

Dans les villes de Najaf et Kerbala, il y a diverses librairies modernes qui font la promotion d’ouvrages iraniens. De plus, les portraits des Imams, que l’on peut voir dans toute la ville, sont imprimés en Iran et portent des textes en persan. Si l’on regarde de plus près les mausolées des Imams, là où les visiteurs font des dons d’argent comme le veut la tradition lors des visites, on peut voir des dizaines de milliers de billets de Rial iraniens portant l’image du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeiny, parmi les billets irakiens et d’autres devises. De plus, tous les bureaux de changes dans les deux villes ont de la monnaie iranienne bien en vue visible sur toutes les vitrines.

Et pourtant malgré la relance économique que la présence iranienne génère à Karbala, la majorité des habitants du cru se plaignent de cette présence. Parmi les aspects négatifs que Hussein Al-Khafagi, un enseignant retraité, énumère, il y a "la drogue. Cette présence iranienne a apporté avec elle des drogues que nous ne connaissions pas auparavant. Ici vous pouvez voir du haschisch vendu presque publiquement. Les forces de sécurité irakiennes ont arrêté des familles iraniennes entières en train de vendre du haschisch. La situation est telle que ceux qui cherchent du haschisch viennent de Bagdad et d’autres villes irakiennes pour acheter ce poison ici à Karbala », a-t-il dit.

« Mutaa’ ou le mariage provisoire [basé sur la consommation] s’est répandu parmi les Iraniennes », a ajouté Al-Khafagi. « En tant que chi’ite en Irak, nous n’approuvons pas ce type de mariage. Cela n’existait que pour une petite minorité, mais maintenant ça s’est généralisé à Karbala et ces mariages mutaa’ sont répandu entre les Iraniennes et les Irakiens. Mais c’est devenu pire ; nous voyons maintenant des Irakiennes s’offrir pour le mariage mutaa’ afin de subevnir à leurs situations économiques difficiles. Je ne parle pas de ce groupe particulier et ce que permet ou interdit notre jurisprudence – je ne suis pas un religieux. Cependant, j’ai passé des années à éduquer et instruire des générations d’enfants et je ne veux pas les voir dévier aujourd’hui en courant derrière du haschisch et des mariages avec des Iraniennes ou des Irakiennes qui durent une heure ou deux. Cela les éloigne des mariages à long terme avec l’intention de bâtir des familles stables », dit-il.

Mais le plus pertinent c’est l’infiltration de la culture iranienne dans la jeunesse irakienne, particulièrement dans les villes de Bassora, de Karbala et de Najaf où une génération de jeunes Irakiens, filles et garçons, se met à apprendre et à employer le persan. Le persan est utilisé à la place de l’anglais, qui était la deuxième langue qui prévalait et qui était obligatoire dans l’enseignement de cette génération. Au lieu des variations arabes des formules de salutation que l’on entendait, chez cette génération on entend maintenant des salutations en persan. De plus, les jeunes, rejetant les chansons arabes, mettent à fond de la musique iranienne dans leurs voitures tandis que la majorité des femmes dans les trois villes mentionnées ci-dessus porte le tchador. »

"Le tchador iranien moderne convient bien mieux à l’esprit de notre époque. Les couleurs disponibles sont à la mode et il donne aussi aux filles plus de liberté de mouvement que hijab traditionnel fait," dit une étudiante de l’Université de Babylone dans la ville de Hilla [à 100 kilomètres au sud de Bagdad]. Elle ajoute que "le tchador reflète la féminité d’une femme en lui permettant de révéler quelques mèches de cheveux, ou un peu plus  selon la liberté de la femme et son désir de le faire, tandis que le Hijab arabe prive les femmes de cette féminité."

Mais s’il s’agit là de l’influence iranienne populaire et visible dans les rues irakiennes, ce sont les politiciens irakiens qui laissent présager une présence beaucoup plus dangereuse sur le terrain, qu’ils considèrent comme ayant un impact sur « le centre nerveux » de la vie irakienne.

Quant aux manifestations de la présence iranienne en Irak, le parlementaire irakien, Iyad Jamal Al-Din, qui est le leader d’un courant de pensée islamique libérale et membre de la Liste nationale irakienne, dirigée par Iyad Allawi, déclare : "On voit des signes de cette présence sur le plan économique, culturel, sécuritaire, politique et religieux."

Parlant à Asharq Al-Awsat, il ajoute que "d’un point de vue économique, l’Iran domine le marché irakien par les exportations de fruits, de légumes et de produits de qualité moyenne en Irak. Les marchands iraniens ont le monopole total du marché irakien. Quant à la dimension culturelle, tous ceux qui visitent une ville ou un village en Irak ne peuvent pas éviter les bibliothèques et les centres culturels iraniens, tous financés par l’Iran. Ces centres et bibliothèques ont été établis et sont financés par l’Iran dans des buts stratégiques et pour accomplir des objectifs politiques spécifiques », explique Jamal Al-Din.

En outre, il affirme que "la présence des renseignements iraniens est la plus évidente dans l’arène politique irakienne, commençant par l’ingérence iranienne dans la formation du gouvernement irakien jusqu’à l’intervention dans la nomination de figures clés – même au point d’intervenir dans les relations entre les partis politiques irakiens."

Le député irakien a révélé qu’il y avait une ingérence iranienne, « à un niveau religieux, qui se fait par leur pénétration des chi’ites irakiens. Nos marja’a religieux [littéralement source de référence, l’échelon le plus élevé du clergé chi’ite] à Najaf renforcent avec prudence leurs méthodes en éduquant les gens en matière de religion sans imposer de politique sur la religion. Cela va au contraire du concept iranien du « Velayat-e-Faqih » [la Tutelle du Juriste], dans lequel les chi’ites irakiens et leur marja’a ne croient pas. De plus, les Iraniens essayent « d’idéologiser »  le chi’isme en Irak, ce qui est une question urgente auxquels les chi’ites irakiens sont confrontés », dit-il.

Il met en garde contre « la menace que la présence iranienne pose en Irak et qui est due à l’absence de force pour s’y opposer, à eux et à leurs plans. L’Iran soutient financièrement les partis politiques chiites, indépendamment de s’ils sont grands et célèbres ou petits et obscurs. Des millions de dollars sont déversés dans les médias et les mouvement de ces partis, en plus de fournir à leurs milices des armes et de l’argent."

Le député de la Liste nationale irakienne ajoute que "l’Iran invite des centaines d’Irakiens à visiter les lieux saints toutes les semaines. Cela prend la forme de tourisme gratuit où ils restent pendant trois semaines durant lesquelles les Iraniens organisent des cours et des réunions avec des responsables de la sécurité, des représentants gouvernementaux et des professionnels."

Mithal al Alussi, secrétaire général du Parti de la Nation irakienne et député irakien, voit la présence iranienne en Irak comme un danger clair et présent. "Nous entrons dans de nouvelles étapes de la présence iranienne en Irak, dit-il. Autrefois c’était la présence de leurs services secrets et leur fourniture d’armes et d’argent aux milices seulement, mais aujourd’hui ils ont pénétré profondément dans nos vies en contrôlant l’énergie, l’économie et la communication. »

"L’Irak importe toutes ses ressources d’énergie de l’Iran, comme le carburant, le gaz naturel et l’électricité. Comme tel, l’Iran peut jouer avec le destin des Irakiens par le contrôle de cette énergie « le centre nerveux ». Si nous devions découvrir que l’Iran importait du pétrole, ou Dieu nous en garde, s’il devait jamais connaître une crise, cela nous mettrait dans une situation incroyablement mauvaise", dit Al-Alusi.

, "l’Iran s’efforce sérieusement et constamment de saisir le contrôle de l’énergie et des ressources vitales en Irak, déclare le secrétaire général à Asharq Al-Awsat. L’exemple le plus en vue est la communication par téléphone portable. Il y a une clause dans les contrats de communications qui s’oppose à l’octroi au gouvernement irakien de n’importe quels contrats d’opérateur mobiles. Le gouvernement irakien a récemment été d’accord avec la condition de paver la voie au gouvernement iranien pour saisir le contrôle de tous les réseaux de communication de téléphone portable, ce qui signifie que le gouvernement iranien sera capable de contrôler tous les réseaux de communication par le réseau des téléphones portables et nous savons la gravité et le danger que cela pose en termes de sécurité et sur la vie en général. Les communications doivent être entre des mains irakiennes dignes de confiance ou bien nous le soumettons à une friction potentielle. Si cela arrive et que le gouvernement accorde ce marché à l’Iran, alors cela signifiera aussi que 10.000 salariés perdront leurs emplois. "

L’autre aspect important qu’Al-Alusi considère comme une menace posée par l’ingérence iranienne, c’est la publication de livres scolaires irakiens. Il explique que "le Ministère de l’Education nationale sur l’insistance du Ministre de l’Education nationale [Khudayr al Khuzai], a passé des contrats contrefaits avec des maisons d’édition iraniennes pour imprimer des manuels scolaires parce que le coût est moindre qu’à Bagdad. C’est un fait connu parce que le gouvernement iranien offre des prix meilleur marché pour le papier par opposition à ce que des maisons d’édition irakiennes exigeraient depuis le dernier achat de papier à des prix exorbitants et du fait qu’elles ne peuvent rivaliser avec des maisons d’édition iraniennes en matière de prix. C’est aussi la raison pour laquelle des propriétaires et des salariés des maisons d’édition sont devenus une armée superflue avec plus de 5,000 professionnels sont au chômage. "

Il a ajouté qu’il y avait eu des discussions innombrables et des tentatives de changer la décision du Ministre de l’Education nationale pour trouver une solution avec laquelle on pouvait donner les contrats de manuels scolaires à des maisons d’édition irakiennes, mais en vain. Al-Alusi a aussi parlé de manoeuvres iraniennes sournoises dans l’intention "de saboter l’économie irakienne". Il a expliqué que c’était par "la contrebande de pétrole vers l’Iran depuis Bassora" et a déclaré que "le gouvernement et les services de renseignement iraniens sont impliqués dans l’encouragement à la contrebande de pétrole irakien vers l’Iran. Si l’Iran fermait ses frontières et ses ports contre ces opérations de contrebande, ils seraient capables de les arrêter complètement, mais le gouvernement iranien veut vider l’Irak de tout son argent et y exercer un contrôle absolu."

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