mardi, décembre 6, 2022

L’ingérence iranienne en Irak

 Par Lord Corbett

Lord Corbett de Castle Vale préside le Comité parlementaire britannique pour la liberté en Iran. Il a été président de la Commission des Affaires de politique intérieure à la Chambre des Communes.

Asharq Al-Awsat – Le Royaume-Uni n'est pas le seul à envisager l'avenir de l'Irak, maintenant que nos troupes ont officiellement transféré la responsabilité de Bassora, la semaine dernière. Juste à côté, l'Iran chi’ite travaille sur ses prochaines interventions. Téhéran a longtemps été le chef des fauteurs de trouble dans ce pays, faisant usage de bombes de bord de route dans l'espoir d’infliger davantage de pertes à la Coalition pour voir un départ plus rapide des troupes étrangères.

Mais l'Iran a subi un revers majeur. Dans les élections provinciales de janvier, ses alliés ont échoué dans toutes les provinces, même dans le sud, où l’on pensait qu'il avait le plus de partisans chi’ites.

C’est dû en partie au Premier ministre Nouri Al-Maliki, qui a réussi à maitriser les milices de voyous et à une décision des dirigeants sunnites de mettre fin à leur boycott du scrutin. (En 2005, les urnes ont été largement désertées par les sunnites qui estimaient que tout vote sous l’occupation était illégitime.)

Cruellement divisé par des querelles de factions, les sunnites et même des nationalistes laïques et les partis démocratiques se sont rassemblés de façon inattendue grâce à l'aide du principal groupe d'opposition iranien, l'organisation des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI) qui est basée au camp d’Achraf dans la province irakienne de Diyala depuis plus de deux décennies.

Sachant par expérience ce qu’il advient lorsque les forces intégriste s’emparent du contrôle de leur propre pays, les membres de l’OMPI travaillent d'arrache-pied depuis l'invasion de 2003 pour convaincre les Irakiens que leur principal ennemi ne sont pas les États-Unis ou leurs alliés, mais la théocratie intégriste de l'Iran.

Après le coup funeste reçu lors des élections de janvier, le Guide suprême iranien Ali Khamenei cherche à éliminer l’OMPI avant que les élections législatives de décembre en Irak ne remodèlent la composition politique du gouvernement irakien.

À la fin de février, Khamenei a déclaré au président irakien Jalal Talabani en visite à Téhéran : « L'accord bilatéral sur l'expulsion de l’OMPI d'Irak doit être mis en œuvre». Cela a préparé la voie aux éléments pro-iraniens du gouvernement irakien pour accentuer la pression sur les résidents du camp d’Achraf et tenter de les expulser.

Le conseiller irakien à la sécurité nationale Mowaffagh al-Roba’i a dit en mars : « Ces personnes ont été endoctrinées, et nous devons les libérer de ce poison. Quand on effectue un processus de désintoxication, si cette hypothèse est correcte, cette action sera d'abord douloureuse. Il n'y a pas d'autre alternative que de commencer cet acte douloureux. »

Le mois dernier, Al-Roba’i a ordonné aux forces irakiennes, qui ont reçu des Américains au début de l'année la responsabilité de protéger Achraf, d’empêcher le transfert des produits de base, y compris des médicaments et du carburant à Achraf. Ces trois dernières semaines, des proches des membres de l’OMPI, des médecins irakiens et des journalistes étrangers se sont vu refuser l'accès au camp. Il semble que, sous la pression iranienne, les Irakiens soient en train de créer un Guantanamo à eux. Cela ne peut certainement pas être l'héritage que nous laisserons derrière nous en quittant l'Irak.

Depuis 2004, la Coalition a reconnu tous les résidents d’Achraf comme des «personnes protégées» en vertu de la quatrième Convention de Genève. Le Comité international de la Croix-Rouge affirme que les résidents sont également protégés par le principe de non-refoulement en vertu du droit international qui interdit à Bagdad de les extrader.

Si Al-Roba’i est autorisé à exécuter son plan, le Royaume-Uni devra partager le blâme en ne faisant rien alors que survient une tragédie humanitaire. Une expulsion supprimerait le groupe qui est une forte barrière à l'expansion de l’intégrisme des mollahs dans cette démocratie naissante, permettant à l'Iran de renverser la plupart des progrès réalisés.

Des dirigeants sunnites irakiens, comme Saleh Mutlaq, qui dirige le Front du dialogue national au Parlement irakien, et même certains chi’ites puissants comme l'ayatollah Ayad Jamaleddine, qui siège au Parlement irakien à la commission des affaires étrangères, ont suggéré que les forces américaines reprennent la responsabilité de la protection d’Achraf car cela supprimerait certaines pressions de Téhéran sur le gouvernement irakien pour réprimer le groupe.

Comme l'un des principaux partenaires de la Coalition dans la guerre en Irak, le gouvernement britannique a le devoir de faire cette proposition à l'administration Obama. M. Gordon Brown peut utiliser les «relations spéciales» de la Grande-Bretagne pour obtenir l’oreille du Président Obama.

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