jeudi, février 9, 2023
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«Il s’est mis la corde autour du cou» : Un scientifique raconte son expérience de la prison en Iran

le Dr Rashid AlievCNRI – Un physicien d’Azerbaïdjan, se spécialisant dans la technologie laser, a passé un an et demi dans les prisons iraniennes. Il vient d’être libéré et extradé vers son pays natal où il a dénoncé son expérience dans les prisons du régime iranien et les tactiques pour le retenir captif.

Dans un entretien le 31 août sur Radio Farda, le Dr Rashid Aliev s’est dit surpris par « les procès arbitraires et les violations des droits des détenus en Iran ». Il a ajouté qu’il avait été inspiré par le moral élevé, la persistance et la vision du monde des prisonniers politiques de la section 209 de la prison d’Evine de Téhéran.

«Je suis toujours inquiets pour leur avenir », a déclaré M. Aliev. « Même s’ils ont été condamnés à mort, ils ont un moral incroyablement élevé et continuent de s’engager dans des conversations politiques. C’est comme si on ne pouvait effacer leur détermination à apporter des changements dans leur société. »

« On peut prendre par exemple Farhad Vakili. Quelques jours avant sa pendaison, nous avons eu une discussion politique intéressante. Plus tard, j’ai entendu dire par son ami qu’au moment de son exécution, ce prisonnier politique s’est mis lui-même la corde autour du cou. »

M. Aliev a déclaré qu’il travaillait à l’Université de Bakou et à l’Académie des Sciences comme physicien spécialisé dans la technologie laser jusqu’en 2006 quand il a été pressenti par la société Sazan Electronics en Iran.

«Quand j’ai été confronté au système juridique iranien, j’ai été choqué. Après un an et quatre mois de prison, ils ont publié une condamnation par contumace sans permettre au prévenu d’avoir un avocat. Ils ont aussi déformé et fabriqué des preuves. L’interrogateur m’a dit de dessiner le matériel sur lequel je travaillais. Je lui ai dit que les équipements étaient disponibles dans le laboratoire. Mais il a insisté pour que je les dessine sur du papier et je l’ai fait. »

« Plus tard, ils ont apporté ces dessins comme une preuve au tribunal, prétendant que je les avais volés avec l’intention de les sortir clandestinement du pays. En haut de la page ils avaient écrit : “J’avoue que je voulais faire sortir ces documents du pays”. Sur le bas de la page, il y avait ma signature, là où ils m’avaient dit de signer après avoir fait les schémas. »

Aliev a ajouté: «J’ai été choqué par cette fabrication et cette tromperie. Je leur ai dit que j’avais moi-même construit le laboratoire avec une technologie datant de 30 ans, que j’avais moi-même importée en Iran. Pourquoi aurais-je voulu le voler ? »

Racontant son expérience en prison, il a dit que « je devenais fou à cause du stress. J’ai passé 50 jours en isolement cellulaire et j’ai entamé une grève de la faim de cinq jours. J’ai souhaité la mort tous les jours. J’ai vécu dans ma propre tombe en isolement. »

« Pour un homme de 57 ans comme moi, un an équivaut à 20 ans. Il y avait à la fois des tortures physiques et psychologiques dans les sections 209 et 350 [d’Evine], en particulier dans la dernière. Les prisonniers ne reçoivent pas de nourriture ou de fruits et l’humidité vous pénètre jusqu’aux os. Les médecins ne donnaient pas de soins sérieux. Les lettres des prisonniers n’arrivaient jamais à destination. »

« Je veux dire aux [responsables du régime] iranien qu’aucune force n’est en mesure de bloquer le chemin de l’évolution. La force n’est pas la réponse et ne produit aucun résultat », a-t-il ajouté.