CNRI – « Derrière les confrontations pour une meilleure situation, pour l’eau, pour la nourriture, pour une situation sanitaire normale, les enjeux sont politiques. Et au lieu de se tenir à distance de la confrontation, l’ONU actuellement joue le jeu de l’Irak et donc de l’Iran », affirmait Christiane Perregaux le 19 septembre à Genève dans une réunion à l’ONU organisée par des ONG, notamment le MRAP et France Libertés. Il s’agissait de défendre les droits des Achrafiens au camp Liberty en Irak.
Voici l’intervention de la co-présidente de l’assemblée constituante de Genève :
C’est un moment grave, ce moment où nous devons montrer une nouvelle fois notre soutien aux Achrafiens et aux habitants de Liberty. En fait, j’aimerais d’abord remercier toutes les organisations non gouvernementales qui inlassablement interviennent sur cette scandaleuse affaire d’Achraf. Oui je dis bien scandaleuse tant elle met en évidence le ralliement des forces onusiennes aux projets mortifères du premier ministre irakien.
Voila plus d’une année que la fermeture d’Achraf est l’objectif du gouvernement irakien et iranien. Et l’OMPI depuis l’an dernier, accepte malgré les promesses non tenues, les violations des droits des Achrafiens et acceptent le déplacement d’Achraf à Liberty. Pourquoi ? En geste de bonne volonté. Et il faut le préciser aussi qu’il y a une forme de chantage faite par le gouvernement américain pour que les Achrafiens partent pour Liberty sous condition, tout cela est bien flou, que L’OMPI soit biffée de la liste terroriste des Etats unis.
Un déplacement tout à fait arbitraire qui n’a comme objectif que de rendre plus vulnérable les refugiés d’Achraf et les laisser à la merci du premier ministre irakien Maliki lui-même sous influence iranienne. Je le disais la situation est grave.
J’aimerais remercier ici le courage et l’honnêteté de l’ancien conseiller de l’envoyé spécial de Ban Ki Moon en Irak, M. Tahar Boumedra qui a démissionné de son poste le 5 mai dernier. Monsieur Boumedra ne pouvait plus couvrir les actes de son chef onusien. M. Boumedra met en évidence la partialité de la force onusienne, la MANUI qui est devenue, dit-il, un instrument pour fermer Achraf.
M. Boumedra lui-même était en charge d’Achraf, il a été d’ailleurs le premier à visiter le camp Liberty et a tout de suite signalé que ce camp entièrement saccagé en décembre 2011, était un véritable camp de concentration. Et, ajoute-il quand il y a déplacement de refugiés d’un camp à l’autre, c’est parce qu’il y a amélioration de la situation. Alors que c’est le contraire qui se passe ici entre Achraf et Liberty. M. Boumedra a témoigné ici a Genève le 28 aout dernier, devant le groupe de travail sur les détentions arbitraires de ce qu’il a vécu et de ce qu’il a vu. Il a aussi témoigné des conditions de vie à Liberty le 13 septembre, donc la semaine dernière, devant la sous commission de la surveillance et des enquêtes de la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants des Etats-Unis. J’ai rencontre M. Boumedra a Genève, son témoignage est impressionnant. En fait, je le disais tout a l’heure l’objectif du premier ministre Maliki et de ses amis iraniens est d’affaiblir, de terroriser les Achrafiens. Puis ensuite de faire partir d’Irak celles et ceux qui auront obtenus le statut de réfugiés. Et pour les autres, quel sera leur sort ? Leur renvoi en Iran où ils seront emprisonnés, torturés ou tués ?
Voyez ce qui s’est passé lors des déplacements vers Liberty, tout dernièrement, lors du 6ème convoi de résidents plus de 20 personnes ont été battues par les forces de sécurité irakiennes qui étaient en train de piller les affaires personnelles des résidents. Beaucoup d’entre eux ont été blessés, ont eu plusieurs fractures.
Et voilà que les Etats-Unis annoncent, on pourrait presque dire triomphalement, que le 6ème convoie est arrivé à bon port, mort ou vif, pourvu qu’il ne soit plus à Achraf. Dans cette situation, l’ONU a perdu le sens et l’esprit de sa charte. Ce n’est malheureusement pas la première fois, mais ceci est extrêmement grave.
Pourquoi cette acharnement sur ces 3400 Achrafiens, ces 3400 refugiés qui cherchent aujourd’hui à partir d’Irak ? Pour comprendre cet acharnement, il faut revenir à M. Boumedra qui a bien analysé la situation et qui a dit à Genève, nous l’avons lu dans la tribune de Genève : l’ONU aide à briser les dissidents iraniens.
C’est très grave comme accusation, mais il ajoute parce qu’il a une analyse et il a des faits sur cette question : « Officiellement le transfert est censé n’être qu’une étape pour les gens d’Achraf avant de recevoir l’asile dans d’autres pays. Mais cet objectif humanitaire dissimule mal la volonté de briser les Moudjahidine du peuple et d’isoler ces dissidents iraniens ». Les autorités irakiennes ont émis des mandats d’arrêt pour certains d’entre eux et l’Iran demande leur extradition. Or, le premier ministre Maliki doit tout à Téhéran. Les gens d’Achraf ne peuvent pas faire confiance à Bagdad. Imaginez d’ailleurs qu’un officier irakien impliqué dans les massacres de 2009 et 2011 à Achraf, que vient de rappeler M Fatorini, c’est cet officier qui a été chargé de gérer le camp Liberty.
Nous sommes ici pour dénoncer les violations des droits de l’homme liées au déplacement d’Achraf à Liberty. Et bien sûr que nous ne sommes pas naïfs comme nous l’avons vu derrière ces déplacements, c’est bien de politique dont il s’agit. Derrière les confrontations pour une meilleure situation, pour l’eau, pour la nourriture, pour une situation sanitaire normale, les enjeux sont politiques. Et au lieu de se tenir à distance de la confrontation, l’ONU actuellement joue le jeu de l’Irak et donc de l’Iran.
Chers amis,
Nous avons aujourd’hui à soutenir à la fois les derniers résidents qui sont à Ashraf et ceux qui sont aujourd’hui à Liberty. Nous devons pour leur protection, continuer à leurs donner une visibilité internationale. Comme le font par exemple les participants au sit-in ici qui sont à Genève tout près d’ici. Je crois que c’est le 510e ou le 520e jour aujourd’hui de ce sit-in. Nous devons continuer à dénoncer les violations des droits de l’homme, à nous indigner comme le dit si bien Stéphane Hessel. Mais que notre indignation soit le levier de notre engagement continu pour les Achrafiens.

