vendredi, décembre 2, 2022
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Dans la crise d’Achraf, c’est la raison d’être de l’ONU qui est en jeu – Odile Schwertz-Favrat

CNRI – « Face à la bonne volonté des réfugiés d’Achraf, le gouvernement irakien déploie une énergie démentielle pour leur rendre la vie insupportable, en multipliant les causes de souffrance. Il est révoltant de constater le silence et malheureusement l’appui que lui apporte la MANUI, indigne représentante de l’ONU », a regretté Odile Schwertz-Favrat. La présidente de la FASTI s’exprimait dans une réunion à l’ONU le 19 septembre à Genève, organisée par des ONG comme le MRAP ou France Libertés. Il s’agissait de défendre les droits des Achrafiens au camp Liberty.

Voici l’intervention d’Odile Schwertz-Favrat :

Je suis contente de me trouver aujourd’hui parmi vous à Genève pour cette nouvelle étape de la lutte de la résistance iranienne en quête des droits fondamentaux, des droits humains, malheureusement reconnus dans toutes les conventions internationales et toujours à ce jour bafoués.

A mon arrivée à Genève devant le bâtiment onusien, j’ai été attirée par un panneau suspendu qui rappelle cette parole d’un grand philosophe français du siècle des Lumières, traitant de l’illégalité : « c’est de l’homme que j’ai à parler » et assurément c’est bien de l’humain qu’il s’agit,  aujourd’hui, trois siècles plus tard, de l’humanité dans ces violations les plus graves totalement révoltantes, celle perpétrées par le régime de Téhéran et ceux qui de près ou de loin le soutiennent.

Pour rappel général, rapidement, un survol : 120.000 exécutions, nombre d’exécutions multiplié par deux pour la seule année de 2011 selon le rapport d’Amnesty International, répression qui frappe d’ailleurs au-delà des militants politiques, des jeunes, des femmes, les intellectuels, les minorités ethniques et religieuses. Le camp de réfugiés d’Achraf, pour aborder la répression spécifique que nous dénonçons aujourd’hui une énième fois, a subi de graves atteintes, elles ont été évoquées tout à l’heure, en 2009, en 2011. En 2011, elles ont tué 47 personnes et blessé plus d’un millier d’entre elles, des résistants et des résistantes.

Fin 2011 un accord est conclu entre les Nations unies et le gouvernement irakien pour déplacer les résistants d’Achraf dans un autre camp, étape transitoire, est-il assuré alors, Avant leur transfert dans d’autre pays où il ferrait valoir leur statut de réfugié statutaire. Jugeant cette solution intermédiaire comme une chance, peut-être, de résolution pacifique, les résidents d’Achraf ont accepté leur transfert au camp Liberty, renonçant à un droit qu’ils avaient de rester à Achraf.

Il faut à ce propos saluer la confiance, la bonne volonté et le courage de ces résistants pour assurer un règlement pacifique de la crise d’Achraf. Dommage qu’ils aient été les seuls à respecter la parole donnée. Les constats sont aujourd’hui accablants. Je vais détailler un peu plus toutes ces violations qui sont perpétrées au camp Liberty : Aucune norme minimale de sécurité de respect des droits humains n’y est respectée, la présence militaire irakienne, totalement supervisée, y compris par des tortionnaires cela été dit, insupportable dans un camp trop petit, infrastructures élémentaires déficientes ou absentes.

Ce constat accablant est dénoncé par toutes les forces progressistes iraniennes et aussi il faut le rappeler, par 355 Irakiens qui après avoir accueilli sur leur sol ces réfugiés pendant plus d’un quart de siècle, ne supportent pas les violations des droits humains qui sont perpétrés et qui accusent, qui dénoncent les conditions carcérales subies par ces réfugiés dans le camp.

Face à cette bonne volonté des réfugiés, le gouvernement irakien déploie une énergie démentielle pour leur rendre la vie insupportable, en multipliant les causes de souffrance. Il est révoltant de constater le silence et malheureusement l’appui que lui apporte la MANUI indigne représentante de l’ONU. Le camp liberty est d’une surface restreinte et depuis dimanche dernier, surpeuplée. Les conditions de vie n’y sont tout simplement plus possible. La MANUI s’est félicitée de voir ainsi parquer les Achrafiens mais elle garde le silence sur toutes les privations qui leur sont imposées, privations du minimum de normes humanitaires, que l’ONU s’était pourtant engagée à respecter.

Quelques exemples de ces dénis de droits répétés : problème d’eau. Il n’y a toujours pas d’eau courante à Liberty, ni d’eau potable, malgré le matériel acheté à prix d’or pour pomper l’eau d’un canal qui se trouve à 500m. Le gouvernement irakien a multiplié les obstacles millimètre par millimètre pour retarder au maximum le raccordement de l’eau au camp.  L’Odyssée des camions citernes hors d’usage se poursuit au rythme de 10 h de trajet pour parcourir 12 km, remplir les réservoirs à un seul robinet et franchir toutes les épreuves que les forces irakiennes ont savamment disposées sur leur parcour.

L’électricité est l’autre grande absente du camp. Quand les résidents parviennent à avoir cette indispensable source d’énergie, elle dévore littéralement l’eau si chèrement acquise et le carburant payé aussi à prix d’or, car les groupes électrogènes de Liberty sont si vétustes qu’il faut sans cesse les arroser pour éviter l’incendie et que leurs pièces défectueuses avalent deux ou trois fois plus de carburant que la normale — l’électricité est totalement indispensable pour le fonctionnement des chambres froides qui permettent la conservation des denrées alimentaire, pour faire tourner aussi les climatiseurs par des températures de 50 degrés et enfin pour assurer le minimum de confort aux nombreux blessés et handicapés. Rappelons à leurs sujets que le transport des fauteuils roulants ou autres accessoires indispensables aux handicapés a été entravé ou interdit. 

Brimades et harcèlements y sont le lot quotidien : Les habitants du camp doivent décharger à dos d’homme et sous un soleil brûlant des tonnes de cargaisons de denrées périssables. Les forces irakiennes pensent ainsi réduire leurs rations alimentaires de survie, leur faire perdre de l’argent et leur briser les reins. C’est la raison invoqué par le gouvernement irakien pour refuser le transfert des chariots élévateurs soi-disant pour assurer la sécurité. Dans un pays où les attentats à la bombe quotidiens génèrent des centaines de victimes, un chariot élévateur constituerait un danger pour le gouvernement de Bagdad ? De qui se moque-t-on ?

Un autre exemple : les plantes. Les soldats surveillent à l’entrée du camp la croissance des arbustes ou des plants de haricots. Ils sont chargés d’éradiquer toute végétation e dépassant 1,5 m. Veut-on priver d’ombre et d’un environnement naturel, une population épuisée à laquelle elle pourrait portant apporter un peu de répit.

Ce sont des exemples, mais ils sont révélateurs de tout un état d’esprit et d’une volonté d’entraver tout les possibilités de libération des personnes.  Brimer, rendre la vie impossible à la population du camp Liberty, voici la principale préoccupation. Les conditions de vie difficiles entrainent des dépenses vertigineuses, privant en même temps les habitants de la possibilité qu’ils auraient d’assurer leur autonomie. Si l’on voulait réduire ces résistants à la misère, les condamner à la faim, à la soif, à la maladie, s’y prendrait-on autrement ?

Pourtant cette énergie de destruction phénoménale, démesurée face à 3400 personnes n’est que des enjeux politiques, face à cette énergie de destruction, notre admiration est forcée de voir la ténacité de résidents d’Achraf. A main nue, avec un bâton ou une pelle, ils ont nettoyé, réparé, aménagé et même fleuri le camp Liberty ; et si ce camp n’a pas aujourd’hui l’aspect infernal du début c’est uniquement grâce à ces résidents.

Il faut le dire, car, comble de l’imposture, le gouvernement irakien a récupéré cette transformation du camp à son profit pour s’en arroger le mérite dans un vaste show médiatique, ventant son ouverture, ses largesses et sa diplomatie. Il l’a fait devant les diplomates étrangers, devant une presse médusée, surtout devant une mission de l’ONU, enlisée dans un silence dangereux. Un silence qui accuse. Nous ne pouvons pas fouler au pied tant des principes fondamentaux, aussi les ONG aujourd’hui encore demandent des comptes. Elles sont là pour tirer la sonnette d’alarme, pour faire connaitre la vérité, la vérité non seulement sur les conditions de détentions quasiment concentrationnaires imposées à une population de réfugiés, mais aussi la vérité sur les tractations sordides entre Bagdad et Téhéran. Tractations pourtant encensées par la MANUI, pour emprisonner des personnes dont il convient de rappeler sans cesse qu’elles sont avant tout protégées par la 4eme convention de Genève.

Chacun, chacune aura compris que c’est l’état de droit qui est en jeu, que c’est la raison d’être même de l’ONU qui est en jeu.

 

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