The Toronto Star Par Raheel Raza Au plus fort de la controverse danoise sur les caricatures, les médias canadiens ont exclusivement interviewé des leaders musulmans masculins, sans se préoccuper den chercher dautres parmi les femmes musulmanes. Cest un fait bien connu que les leaders musulmans sont des hommes, barbus de préférence.
Haideh Moghissi, professeur de sociologie à lUniversité de York, a déclaré que les voix rigides, impitoyables et sexistes étaient considérées comme les seules voix valables par les médias occidentaux. Lorsquune femme musulmane sexprime et assume un rôle de meneuse, on la prend pour une militante.
Toutefois, la lutte pour légalité des sexes et les postes à responsabilités pour les femmes musulmanes gagne du terrain à travers le monde.
LUniversité dHarvard a récemment organisé un séminaire intitulé « Formes émergentes du leadership chez les femmes musulmanes ».
Parmi les invités se trouvait Sarah Eltantawi, jeune musulmane candidate au doctorat à luniversité et commentatrice dans les médias sur les Affaires américano musulmanes et la politique au Moyen Orient qui écrit sur le contre-terrorisme pour Upfront et le New York Times.
Elle a évoqué limportance dun dialogue des civilisations en tant que participante au dialogue USA-Islam au Qatar.
Le dialogue sest poursuivi au Union Theological Seminary à lUniversité de Colombia à New York où un panel divers de femmes musulmanes se sont exprimées à propos du leadership.
Parmi elles, Aisha al-Adawiya, musulmane africaine américaine qui a fondé lorganisation des Femmes dans lIslam Inc., Shaipe Malushi, poète soufie et écrivain du Kosovo et Nureen Qureshi, jeune présentatrice de télévision et chasseur de têtes en informatique de Mississauga. Ces femmes sont des personnages influents travaillant à la base du phénomène, instaurant le dialogue et créant des espaces sécurisés pour les autres femmes musulmanes.
Elles pensent que si les hommes privent les musulmanes de leurs droits, alors lIslam les leur accordera ; tout ce quelles doivent faire, cest réclamer ce qui leur a été donné à lorigine par le prophète Mahomet.
Ce mouvement populiste des femmes dans lIslam a également une influence en Europe. A loccasion dune Journée Internationale de la Femme, la Fédération internationale des femmes contre lintégrisme et pour légalité a organisé une conférence à Paris.
Fondée après le 11 septembre, cette organisation soutient que lintégrisme dans toutes les religions se révèle être le plus grand défi pour lhumanité. La bataille pour légalité des sexes et lémancipation ne peut être dissociée de la lutte contre lextrémisme, selon ses membres.
La conférence intitulée « Leadership des femmes : Indispensable dans la lutte contre le fondamentalisme » a été soutenue par 15 organisations européennes.
Les discussions se sont étendues de lintégrisme tel quil existe dans un grand nombre de religions aujourdhui aux défis pour le leadership des femmes, mais elles se sont principalement concentrées sur la montée de lintégrisme dans le monde musulman.
Le réseau international de solidarité Femmes sous lois musulmanes identifie les politiques anti-femmes comme des signes avertisseurs de la montée de lintégrisme.
Que ce soit linterdiction de lavortement aux Etats-Unis, lopposition au foulard en Europe ou lobligation de se voiler imposée par les Talibans, que des régimes dictatoriaux empiètent sur la liberté de mouvement des femmes ou leurs droits à léducation et au travail, les leaders de ces mouvements sont toujours des hommes, et les victimes toujours des femmes.
Cependant, les femmes insistent beaucoup pour faire entendre leurs voix.
Les orateurs à la conférence de Paris étaient de religions différentes et provenaient de pays divers: Etats-Unis, Canada, Australie, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Suisse, Italie, Pays-Bas, Grèce, Inde et Irak. Ont également participé des représentantes du Conseil national de la Résistance iranienne et des députées de plusieurs pays européens. Toutes saccordaient pour dire que le fanatisme religieux existe dans toutes les religions et que les femmes sont exploitées par les leaders religieux depuis des siècles.
Dans son discours douverture, Elizabeth Sydney, présidente de la Fédération internationale des femmes contre lIntégrisme et pour légalité a déclaré : « Légalité de sexes apporte de grands avantages elle introduit une quantité énorme de talent et dénergie dans la société. Le régime fondamentaliste prive violemment les femmes de se servir de leurs capacités. Mais la libération de 50 % du talent humain va élever le niveau général ».
Dans un message vidéo, Maryam Radjavi de la Résistance iranienne a affirmé que lintégrisme islamique était la plus grande menace au mouvement égalitaire et que, ainsi, trouver un moyen de confronter le danger imminent du fascisme religieux en Iran était un impératif urgent.
Lorsquon lui a demandé comment vaincre lintégrisme et la misogynie, Radjavi a répondu : « Nous devons éliminer la culture dominée par lhomme par le leadership des femmes comme étant une culture inhumaine. Ainsi, létablissement dune démocratie sans le rôle actif des femmes dans la gestion de la société est impossible ou au mieux fragile ».
Apportant leur contribution à la conférence, le Professeur Carole Fontaine de lAndover Newton Theological School de Boston a qualifié le « patriarcat intégriste » de maladie ; Sushma Dilip-Pankule, représentante de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en Inde, a insisté sur le rôle majeur que joue lintégrisme dans linfanticide féminin, le mariage des enfants et le sati qui continuent en dépit des restrictions imposées par le gouvernement ; Anissa Boumedienne, avocate, écrivain et femme du feu président algérien Houari Boumedienne, a fermement défendu léducation des femmes ; la députée suisse Salika Wenger, a déclaré quil était courant chez les hommes politiques de discuter de lintégrisme sans rien faire pour lutter contre ; et Hoda Shaker Maarouf Al-Naimi, professeur de sciences politiques en Irak, a évoqué « la souffrance des Irakiennes dans un contexte de domination intégriste et en absence de tolérance».
Des Canadiennes musulmanes se sont également exprimées le week-end dernier dans une conférence à lUniversité du Michigan intitulée « Islam et les femmes : changement social et diversité culturelle dans les communautés musulmanes ».
Jasmin Zine faisait partie des organisatrices. Elle est maître assistant en sociologie à lUniversité Wilfried Laurier. Elle a soulevé la question de lidentité ainsi que celle de léducation des jeunes filles musulmanes au Canada, aussi bien dans les écoles islamiques que dans les écoles publiques.
Les médias occidentaux feraient bien de conserver les noms de ces femmes sous le coude pour la prochaine fois quils auront besoin de lavis dun leader musulman sur lactualité.
Raheel Raza est journaliste consultante.

