mercredi, novembre 30, 2022
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Les voix des femmes musulmanes s’élèvent partout dans le monde

Les voix des femmes musulmanes s’élèvent partout dans le mondeThe Toronto Star –  Par Raheel Raza –  Au plus fort de la controverse danoise sur les caricatures, les médias canadiens ont exclusivement interviewé des leaders musulmans masculins, sans se préoccuper d’en chercher d’autres parmi les femmes musulmanes. C’est un fait bien connu que les leaders musulmans sont des hommes, barbus de préférence.

 

Haideh Moghissi, professeur de sociologie à l’Université de York, a déclaré que les voix rigides, impitoyables et sexistes étaient considérées comme les seules voix valables par les médias occidentaux. Lorsqu’une femme musulmane s’exprime et assume un rôle de meneuse, on la prend pour une militante.

Toutefois, la lutte pour l’égalité des sexes et les postes à responsabilités pour les femmes musulmanes gagne du terrain à travers le monde.

L’Université d’Harvard a récemment organisé un séminaire intitulé « Formes émergentes du leadership chez les femmes musulmanes ».

Parmi les invités se trouvait Sarah Eltantawi, jeune musulmane candidate au doctorat à l’université et commentatrice dans les médias sur les Affaires américano musulmanes et la politique au Moyen Orient qui écrit sur le contre-terrorisme pour Upfront et le New York Times.

Elle a évoqué l’importance d’un dialogue des civilisations en tant que participante au dialogue USA-Islam au Qatar.

Le dialogue s’est poursuivi au Union Theological Seminary à l’Université de Colombia à New York où un panel divers de femmes musulmanes se sont exprimées à propos du leadership.

Parmi elles, Aisha al-Adawiya, musulmane africaine américaine qui a fondé l’organisation des Femmes dans l’Islam Inc., Shaipe Malushi, poète soufie et écrivain du Kosovo et Nureen Qureshi, jeune présentatrice de télévision et chasseur de têtes en informatique de Mississauga. Ces femmes sont des personnages influents travaillant à la base du phénomène, instaurant le dialogue et créant des espaces sécurisés pour les autres femmes musulmanes.

Elles pensent que si les hommes privent les musulmanes de leurs droits, alors l’Islam les leur accordera ; tout ce qu’elles doivent faire, c’est réclamer ce qui leur a été donné à l’origine par le prophète Mahomet.

Ce mouvement populiste des femmes dans l’Islam a également une influence en Europe. A l’occasion d’une Journée Internationale de la Femme, la Fédération internationale des femmes contre l’intégrisme et pour l’égalité a organisé une conférence à Paris.

Fondée après le 11 septembre, cette organisation soutient que l’intégrisme dans toutes les religions se révèle être le plus grand défi pour l’humanité. La bataille pour l’égalité des sexes et l’émancipation ne peut être dissociée de la lutte contre l’extrémisme, selon ses membres.

La conférence intitulée « Leadership des femmes : Indispensable dans la lutte contre le fondamentalisme » a été soutenue par 15 organisations européennes.

Les discussions se sont étendues de l’intégrisme tel qu’il existe dans un grand nombre de religions aujourd’hui aux défis pour le leadership des femmes, mais elles se sont principalement concentrées sur la montée de l’intégrisme dans le monde musulman.

Le réseau international de solidarité Femmes sous lois musulmanes identifie les politiques anti-femmes comme des signes avertisseurs de la montée de l’intégrisme.

Que ce soit l’interdiction de l’avortement aux Etats-Unis, l’opposition au foulard en Europe ou l’obligation de se voiler imposée par les Talibans, que des régimes dictatoriaux  empiètent sur la liberté de mouvement des femmes ou leurs droits à l’éducation et au travail, les leaders de ces mouvements sont toujours des hommes, et les victimes toujours des femmes.

Cependant, les femmes insistent beaucoup pour faire entendre leurs voix.

Les orateurs à la conférence de Paris étaient de religions différentes et  provenaient de pays divers: Etats-Unis, Canada, Australie, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Suisse, Italie, Pays-Bas, Grèce, Inde et Irak. Ont également participé des représentantes du Conseil national de la Résistance iranienne et des députées de plusieurs pays européens. Toutes s’accordaient pour dire que le fanatisme religieux existe dans toutes les religions et que les femmes sont exploitées par les leaders religieux depuis des siècles.

Dans son discours d’ouverture, Elizabeth Sydney, présidente de la Fédération internationale des femmes contre l’Intégrisme et pour l’égalité a déclaré : « L’égalité de sexes apporte de grands avantages… elle introduit une quantité énorme de talent et d’énergie dans la société. Le régime fondamentaliste prive violemment les femmes de se servir de leurs capacités. Mais la libération de 50 % du talent humain va élever le niveau général ».

Dans un message vidéo, Maryam Radjavi de la Résistance iranienne a affirmé que l’intégrisme islamique était la plus grande menace au mouvement égalitaire et que, ainsi, trouver un moyen de confronter le danger imminent du fascisme religieux en Iran était un impératif urgent.

Lorsqu’on lui a demandé comment vaincre l’intégrisme et la misogynie, Radjavi a répondu : « Nous devons éliminer la culture dominée par l’homme par le leadership des femmes comme étant une culture inhumaine. Ainsi, l’établissement d’une démocratie sans le rôle actif des femmes dans la gestion de la société est impossible ou au mieux fragile ».

Apportant leur contribution à la conférence, le Professeur Carole Fontaine de l’Andover Newton Theological School de Boston a qualifié le « patriarcat intégriste » de maladie ; Sushma Dilip-Pankule, représentante de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté en Inde, a insisté sur le rôle majeur que joue l’intégrisme dans l’infanticide féminin, le mariage des enfants et le sati qui continuent en dépit des restrictions imposées par le gouvernement ; Anissa Boumedienne, avocate, écrivain et femme du feu président algérien Houari Boumedienne, a fermement défendu l’éducation des femmes ; la députée suisse Salika Wenger, a déclaré qu’il était courant chez les hommes politiques de discuter de l’intégrisme sans rien faire pour lutter contre ; et Hoda Shaker Maarouf Al-Naimi, professeur de sciences politiques en Irak, a évoqué « la souffrance des Irakiennes dans un contexte de domination intégriste et en absence de tolérance».

Des Canadiennes musulmanes se sont également exprimées le week-end dernier dans une conférence à l’Université du Michigan intitulée « Islam et les femmes : changement social et diversité culturelle dans les communautés musulmanes ».

Jasmin Zine faisait partie des organisatrices. Elle est maître assistant en sociologie à l’Université Wilfried Laurier. Elle a soulevé la question de l’identité ainsi que celle de l’éducation des jeunes filles musulmanes au Canada, aussi bien dans les écoles islamiques que dans les écoles publiques.

Les médias occidentaux feraient bien de conserver les noms de ces femmes sous le coude pour la prochaine fois qu’ils auront besoin de l’avis d’un leader musulman sur l’actualité.

Raheel Raza est journaliste consultante.

 

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